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Hier jeudi, 27 septembre, l’on a appris la démission sans surprise du Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga. Le départ de celui – ci est la suite logique de la mise en place des organes de l’Assemblée nationale: bureau, groupes parlementaires, commissions de travail. La nomination d’un nouveau Premier ministre devrait marquer le couronnement du processus électoral qui aura vu la reconduction du président ATT à la magistrature suprême pour un second mandat de cinq ans et la désignation des 147 députés pour la quatrième législature de la troisième République malienne.

Si l’on s’en tient à la logique constitutionnelle, le Premier ministre attendu devrait sortir des rangs de la majorité à l’Assemblée nationale. En d’autres termes, c’est le couple ADEMA – URD, qui réunit à lui tout seul la majorité absolue des 73 députés, qui devrait fournir le nom du successeur de Pinochet ou, dans le pire des cas, soumettre une liste de premiers ministrables au président de la République pour lui permettre d’opérer un choix.

Légitimant ainsi la volonté exprimée par les électeurs et donnant tout son sens au processus électoral. Car, dans l’esprit et même la lettre de la Constitution, le gouvernement doit refléter la configuration de l’Assemblée nationale. Ce qui, en plus du respect des principes démocratiques et de la forme républicaine de l’Etat, a pour avantage d’instaurer la confiance, voire une certaine harmonie dans les rapports entre l’exécutif et le législatif.

Mais la pratique politique au Mali nous a habitués à toute autre chose. Bien que la Constitution de 1992 opère une nette distinction entre la fonction de président de la République et celle de Premier ministre, on observe, dans les faits, une confusion des deux, le président de la République s’arrogeant les prérogatives dévolues au «Premier ministre, chef du gouvernement» selon la loi fondamentale.

Alors que celle-ci stipule, en son article 53 que « le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation et dispose de l’administration et de la force armée« , on constate au quotidien que cette prérogative primordiale est exercée par le président de la République. Souvenons-nous de la Lettre de cadrage imposée par ATT à ses premiers ministres comme un carcan ou au Projet de développement économique et social (PDES) qu’il entend mettre en oeuvre au cours des cinq prochaines années.

A son tour, l’article 55 stipule que « le Premier ministre est le chef du gouvernement et qu’à ce titre, il dirige et coordonne l’action gouvernementale« . Dans la pratique on remarque, là aussi, que le vrai chef du gouvernement est le président de la République qui désigne les ministres qu’il veut et les révoque quand il le veut. Les ministres ne sont même pas responsables devant le Premier ministre, mais devant le président de la République auprès de qui ils prennent directement des instructions et à qui ils peuvent rendre compte par-dessus la tête du chef du gouvernement.

Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que le nom de Modibo Sidibé circule avec insistance dans le landern au politique comme futur Premier ministre. L’homme n’appartient à aucune coterie politique, ce qui ne devrait pas constituer un handicap pour lui, la réalité du pouvoir, comme nous venons de le montrer, n’étant pas détenue par la mojorité parlementaire mais par le seul chef de l’Etat. Pour le reste, il a le profil de l’emploi. Juriste de formation, spécialisé en criminologie, il possède un parcours universitaire respectable.

Inspecteur général de police, on ne lui connaît aucune frasque qui aurait pu entacher sa carrière. L’insurrection populaire du 26 mars 1991 a propulsé ce personnage d’ordinaire effacé au devant de la scène politique. Directeur de cabinet du président Amadou Toumani Touré, sous la Transition (mars 1991 – juin 1992), il entrera au premier gouvernement du président Alpha Oumar Konaré comme ministre de la Santé et des Affaires sociales. Puis il deviendra ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale jusqu’au terme du second quinquennat du président Konaré. Au retour de ATT au pouvoir en juin 2002, le voici promu Ministre Secrétaire général de la présidence de la République, poste qu’il aura occupé jusqu’à sa nomination comme Premier ministre, si celle – ci est confirmée.

Car d’autres noms sont cités, toutefois loin derrière celui de Modibo Sidibé. On évoque notamment celui de Mohamed Alhousseïni Touré, ancien chef de la diplomatie sous Alpha Oumar Konaré, avant d’être appelé à la Banque Mondiale. On parle aussi de Youssouf Samaké, un très proche de ATT. Cet éminent économiste et juriste a longtemps exercé à la Banque Africaine de Développement (BAD) à Abidjan avant de venir prêter ses talents à ATT comme conseiller chargé des banques et assurances.

Un autre qui pourrait créer la surprise, c’est Moctar Ouane, l’actuel ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération internationale, qui conduit actuellement la délégation malienne à la 62 è session annuelle de l’Assemblée générale des Nations – Unies à New York.

Au delà du choix du Premier ministre, le prochain gouvernement devrait être marqué par l’entrée de personnalités réputées pour «leur compétence, leur rigueur et leur intégrité dans la gestion des affaires publiques» ainsi que le président de la République a tenu à le souligner dans son message à l’occasion du 22 septembre dernier.

Dans les milieux bien informés, on s’attend, sauf difficulté majeure qui pourrait surgir du côté des partis politiques dans le choix de leurs représentants au gouvernement, à la mise en place de celui-ci ce week-end, au plus tard la semaine prochaine.

Saouti Haïdara

28 septembre 2007.