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Un mois après la prise du pouvoir par les militaires, Modibo Sidibé est le seul leader politique à avoir été arrêté trois fois par la junte militaire. Aux premières heures du coup d’Etat du 22 mars, l’ancien Chef du gouvernement a été arrêté puis relâché six jours après. Le 6 avril, rebelote, Modibo Sidibé a encore été brièvement interpellé. Le 16 avril dernier, l’ancien Premier ministre a été interpellé à son domicile. Contrairement aux autres fois, ses interpellateurs étaient des hommes en cagoule qui l’ont conduit à Kati. C’est le jeudi 19 avril 2012 qu’il a été libéré en même temps que d’autres personnalités civiles et militaires. Si Modibo Sidibé a décidé de garder le silence jusque là, il a, cette fois-ci, pris la responsabilité de donner des explications sur son arrestation qui, selon lui, importe peu au regard de la situation chaotique qui prévaut dans le septentrion de notre pays.

Durant les trois jours de détention à Kati, dans quelles conditions viviez-vous ?

Modibo Sidibé : Le lundi 16 avril 2012, au delà de 23 heures, on m’a demandé de suivre une équipe de militaires de sécurité jusqu’à Kati. Nous avons été détenus pendant 2 à 3 jours. C’est-à-dire que rien ne nous a été justifié pendant ces jours de détention. Ce n’est que le dernier jour dans l’après midi que nous avons reçu une visite pour prélever nos identités et les renseignements.

Quant à moi, on m’a demandé une audition. J’ai répondu que je ne le ferai qu’en la présence de mon avocat. Donc, ça a été les renseignements d’identité. Nous n’en savons pas plus et nous avons tous été rémis en liberté le jeudi 19 avril 2012 dans la soirée.

Quelles sont les vraies raisons de votre interpellation?

Modibo Sidibé : Il m’est difficile de le dire, seulement je constate que cela fait trois fois qu’on m’interpelle. Il s’agit de la nuit du coup d’Etat où nous avons été arrêtés puis relâchés avec d’autres personnes. Quelques jours après, j’ai encore été interpellé brièvement et celle du lundi 16 avril était la troisième fois. Les deux autres fois, on m’a parlé de motif de sécurité mais cette fois j’avoue que nous n’avons pas su pourquoi ? Nous avons entendu dire des choses, nous ne savons pas pourquoi. Nous n’avons reçu aucune notification de quoi que ce soit.

Quelle analyse faites-vous de la situation actuelle de notre pays de façon générale ?

Modibo Sidibé : Je me suis déjà exprimé sur ça mais je réaffirme très fortement parce que même mes conditions de détention, les raisons pour lesquelles j’ai été interpellé ne sont rien face à ce que vit le Mali, face à ce que vit le peuple malien, notamment dans notre septentrion.

Donc, il est vraiment important qu’on apporte les solutions nécessaires, notamment à commencer par les questions humanitaires, à faire en sorte que l’on se hâte pour entamer les résolutions de ce problème. Cela figure dans les missions du gouvernement de transition, cela est également reconnu comme étant quelque chose dans laquelle la CEDEAO et la médiation pourraient s’impliquer avec la communauté internationale mais il urge d’apporter l’assistance humanitaire nécessaire aux populations du nord.

Deuxièmement, il est extrêmement important que c’est une crise grave que nous vivons, que nous puissions nous dire que c’est une épreuve et que nous avons les moyens de surmonter cette épreuve. Le peuple malien a ces moyens là, par des principes sur lesquels il est bon d’insister. Aujourd’hui, ce qui arrive, vous avez parlé de mes interpellations, il est important que les principes républicains et démocratiques en matière de liberté individuelle et publique soient respectés. C’est l’un des crédos de notre démocratie et ceci est important.

Votre mot de la fin ?

Modibo Sidibé : Je voudrais remercier tous ceux qui se sont mobilisés ici au Mali, en dehors du Mali, en Afrique, sur le continent africain, en Europe, Etats Unis, tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, se sont mobilisés pour demander la libération des personnalités détenues et pour réaffirmer les principes démocratiques qui devraient prévaloir à l’arrestation et à la détention des personnes.

Je voudrais, ici, les remercier tous pour leur mobilisation. Et espérer avec eux que notre démocratie va continuer à se consolider, que certains des principes de bases ne vont pas s’effriter. Au contraire, qu’ils puissent se consolider. Je leur dis vraiment merci, grand merci aux Maliennes et aux Maliens.

Réalisé par Kassim TRAORE

L’Indépendant du 24 avril 2012