Partager

Depuis de nombreuses années, le Mali vit au rythme des revendications syndicales. Une réalité qui fragile l’économie nationale et ralentisse le développement durable du pays. Modibo Mao Makalou, économiste, promoteur d’un cabinet d’intermédiation et de commerce international consulting, s’exprime sur ladite situation. Il fut également conseiller à la présidence du Mali pendant une dizaine d’années sur les questions d’investissements et de la gouvernance. 

  • Qu’est-ce qui fait que nous assistons à des grèves répétitives au Mali ?

M.M.M : Nous sommes dans l’économique. Ça veut dire que les besoins sont illimités, mais les ressources sont limitées. L’article 70 de la constitution demande que l’Etat détermine ses ressources et ses charges d’un budget d’Etat qui est lui-même composé d’un budget général, d’un budget annexe et des comptes spéciaux du trésor. C’est ce budget qui détermine les ressources et les charges de l’Etat pour une année donnée et qui exprime les priorités nationales. Par exemple, la masse salariale pendant une année donnée est déterminée dans le budget de l’Etat. Si vous avez les ressources et les charges, l’équilibre voudrait que ces ressources et charges soient égales. Depuis 1960, le Mali a un budget déficitaire. Cela veut dire que nous dépensons plus que nous avons de recettes. Ce qui manque au budget, nous devons aller le chercher ou en empruntant en augmentant la dette publique ou en ayant recours aux ressources extérieures qu’on appelle aide internationale. Généralement, à partir d’octobre, le Mali tourne sur les ressources extérieures. Dans notre budget, nous avons les salaires, les dépenses de fonctionnement et les dépenses en capital. Ce budget, qui est prioritaire, doit nous permettre de financer nos activités et surtout nos priorités nationales. Chaque ministère et institution ont un budget bien déterminé dans cette loi des finances qui déterminent le budget, les ressources et les charges de l’Etat. L’objectif, c’est d’améliorer les conditions de vie des populations. Et pour cela, il faut que les gens puissent vivre de leur revenu. Les fonctionnaires, c’est-à-dire les salariés de l’Etat, doivent subvenir à leurs besoins aux coûts de la vie. Quand vous avez plusieurs statuts dans l’administration, on est obligé de négocier. Au Mali, on a un statut général des fonctionnaires, mais on a plusieurs statuts particuliers et c’est ça la difficulté de la chose. A mon avis, il faut harmoniser tout cela et s’assure que nous avons un statut général assez équilibre. Vous aurez autant de négociations et de points d’ achoppement sachant que l’Etat ne dispose pas des ressources pour combler ces revendications catégorielles. Quand il y a ces revendications catégorielles et que l’Etat n’arrive pas à les combler, les corporations se mettent en grève. Le droit de grève existe. C’est une disposition constitutionnelle. 

  • Quel être l’impact des revendications syndicales sur la transition ? 

M.M.M : L’un des points de la charte de la transition, c’est la stabilité sociale. Il ne pourrait pas y avoir la stabilité sociale quand il y a des grèves à tout bout de champs. L’activité économique n’aime pas l’incertitude. Elle n’aime pas la violence et le bruit. Si vous voulez que les activités continuent, il faut que les gens puissent avoir un minimum de certitude et de confiance. L’Etat est chargé de maintenir la paix sociale, la sécurité sur un territoire. Donc chaque fois qu’il y a des grèves, les investisseurs et les opérateurs économiques se posent des questions. Malheureusement, notre pays est tel que nous avons un secteur privé formel embryonnaire, mais nous avons un secteur informel assez fort composé de micro-entreprise, c’est-à-dire moins de 10 emplois. 

  • Quelles peuvent être les pistes de solutions ? 

M.M.M : Il faut un grand forum, un grand dialogue social. C’est l’économique qui permet de faire le social. Le dialogue, c’est un début. C’est une vertu de chez nous. Il faut résoudre les problèmes dans leur cause, pas dans leur conséquence. Une fois qu’on s’assoie, on peut diagnostic le problème. Ça ne suffit pas, il faut trouver des solutions. Qu’est-ce que le gouvernement peut donner ? Et qu’est-ce que les travailleurs sont prêts à accepter. En tout cas, si le dialogue est sincère, franc, je pense qu’on peut trouver un juste milieu. Qu’il ait la confiance entre les équipes de négociation parce que quand les ressources n’existent pas, on ne peut pas les créer les comme ça de rien. On doit avoir une gestion consensuelle, se mettre d’accord, trouver le juste milieu pour trouver une solution franche et dans la durée. Il faut un suivi régulier de ces questions par les deux parties pour permettre d’amoindrir la tension sociale et d’amorcer cette stabilité sociale. Mais cela va demander aussi que les recettes de l’Etat puissent augmenter. Nous savons qu’en cette période de pandémie, le gouvernement connaît de très grandes difficultés. Le gouvernement connaît des difficultés, les travailleurs connaissent des difficultés, quel est la solution ? Il s’agit de s’asseoir et de discuter franchement. Le gouvernement doit aller carte sur table et dire voilà la situation. Qu’est-ce qu’on peut faire ensemble ? C’est ça le rôle de la transition. C’est une période exceptionnelle qui permet de faire des choses exceptionnelles. Si nous allons dans un régime démocratique comme ça et il sera confronté à tous ces problèmes. Il va passer tout le premier mandat à résoudre ces problèmes-là, au lieu de s’occuper de l’essentiel. Je pense que c’est à la transition de prendre à bras-le-corps ce problème de revendication sociale, de stabilité sociale et des réformes politiques et institutionnelles et des reformes conjoncturelles. 

Jacques Coulibaly 

@Afribone