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Tout en expliquant la mission fondamentale de l’Agence pour la promotion de l’emploi des jeunes (Apej) et qui porte sur le renforcement de l’employabilité des jeunes Maliens tant en milieu urbain que rural, Modibo Kadjogué, son directeur général, exhorte les jeunes déjà installés à rembourser les financements pour préserver la poule aux œufs d’or. Pleins feux sur les perspectives de l’Apej.


Les Echos : Pouvez-vous nous rappeler les missions assignées à l’Apej ?

Modibo Kadjogué : Les missions de l’Apej visent essentiellement à contribuer à la création d’opportunités d’emploi pour les jeunes. Ce sont des emplois salariés ou l’auto-emploi qui concernent des jeunes Maliens qui ont entre 15 et 40 ans du milieu rural ou urbain et sans distinction de niveau scolaire ou de sexe.

Les Echos : Comment ces missions sont-elles exécutées ?

M. K. : Nous les faisons à travers des composantes. Ces composantes sont le renforcement de l’employabilité. Il s’agit de préparer au marché de l’emploi les jeunes qui viennent de terminer leurs études. Dans cette composante, il y a le stage de qualification et le volontariat. Le volontariat se passe dans les services où l’Etat prend totalement en charge l’allocation de stage payée en fin du mois. Le stage de qualification se passe dans les entreprises privées.

Les frais d’allocations sont à moitié pris en charge par l’Etat et le reste par l’entreprise. Que ce soit le volontariat ou le stage de qualification la durée est d’un an. Les frais des allocations varient de 23 000 pour les titulaires du Cap à 43 000 F CFA pour les détenteurs de doctorat. Ce n’est pas un salaire qu’on paye, c’est juste des frais de déplacement. Le volontariat et le stage de qualification concernent les diplômés. Mais l’Apej travaille aussi dans le sens d’assurer l’employabilité de ceux qui n’ont pas été à l’école ou qui n’ont pas de diplôme.

Nous avons présentement en cours un programme pilote avec les communes du district. Nous sommes en train de former 120 jeunes dans des métiers comme la coiffure, la teinture, la transformation de produits locaux. Ce programme s’exécute en synergie avec d’autres services du ministère de l’Emploi comme l’ANPE, le Fafpa la direction nationale de l’emploi et de la formation professionnelle. Dans le même programme nous avons formé une quarantaine de formateurs.

Les Echos :Est-ce qu’il y a un suivi des jeunes volontaires ? Que deviennent les anciens jeunes volontaires ?

M. K. : Nous avons beaucoup réfléchi à la question de ce qu’ils doivent devenir. C’est le premier contingent de jeunes que nous avons sous les bras. Il y a eu certainement des difficultés car il y a des paramètres que nous ne maîtrisions pas ou qui n’étaient pas prévus. Nous avons mis en priorité les anciens volontaires sur l’ensemble de nos activités à l’Apej. Nous avons envoyé cinq volontaires à Siéngo (Ségou) sur les 57 jeunes pour s’occuper de l’agriculture. Ils ont chacun 3 hectares. Aussi, la majorité des parcelles est réservée aux jeunes qui sont proches de ces parcelles. On est passé voir les parcelles et l’on s’est rendu compte que ces jeunes ont fait un travail remarquable.

L’Apej a d’autres programmes avec d’autres partenaires. Qu’il s’agisse de compacteur pour les routes, de formation à l’entretien des engins comme les motos taxis, les volontaires sont toujours mis en avant. Nous avons également financé des volontaires. Ce volet concerne l’auto-emploi où les jeunes nous soumettent des projets pour financement. Nous en avons beaucoup reçu et beaucoup ont été financés.

Les Echos :Des anciens jeunes volontaires avaient battu le pavé en demandant leur recrutement à la fonction publique. Quel est votre jugement ?

M. K. : L’objectif du stage ce n’est pas l’intégration à la fonction publique. Le stage a pour mission de renforcer l’employabilité des jeunes. En allant vers ce que les jeunes ont demandé, on mettra fin au volontariat. Cela veut dire que chaque année, si on prend 2000 jeunes, il faut les recruter à la fonction publique. La fonction publique a un programme de recrutement suivant des besoins exprimés. L’Apej ne tient pas compte de cela en recrutant ses volontaires. Nous avons même reçu des jeunes qui voudraient créer une association dite des jeunes qui n’ont pas eu la chance d’être des volontaires.

Est-ce qu’on doit dire à ces jeunes d’attendre que les volontaires intègrent la fonction publique pour qu’on les prenne en charge ? C’est comme si on fermait les portes de la fonction publique aux autres jeunes. L’objectif c’est plutôt le renforcement des capacités. Chaque fois qu’il y a un concours de la fonction publique nous organisons des sessions de formation pour nos jeunes volontaires sur toute l’étendue du territoire. Cela nous coûte 16 millions de F CFA par session. Nous disons que c’est important car c’est pour donner plus de chance aux volontaires.

On a financé des projets, on a formé pour donner plus de chance aux volontaires. Nous avons organisé une formation pour la mobilisation des TDRL avec la mairie de la Commune IV que nous avons réservée aux volontaires. Un programme spécial « MoneyGram » a été initié avec la BMS et les volontaires étaient ciblés. Ces actions peuvent continuer à tout moment, mais quand on va dans le sens de l’intégration à la fonction publique, il y aura un blocage.

Au-delà de tout cela il y a eu beaucoup de recrutements. Tous les volontaires qui étaient en stage dans des départements ministériels (Santé, Justice, Transports, etc.) ont été recrutés. L’Apej, l’ANPE, le Fafpa en ont fait de même. Des départements en ont demandé puisqu’en réalité tous ceux qui reçoivent nos volontaires en sont satisfaits. Je n’ai pas vu une seule structure d’accueil qui soutient le contraire.


Les Echos : Vous avez beaucoup parlé de l’emploi moderne. Avez-vous un programme en direction de l’emploi rural ou agricole ?

M. K. : En matière d’emploi, le secteur rural est le plus grand gisement. Les jeunes sont les plus frappés par le chômage au Mali et la majorité vit en milieu rural. Il faut les occuper sur place, car nous pensons que l’activité agricole a de l’avenir. Si on ne les occupe pas sur place, ils vont se déplacer. Il n’y aura plus de bras valides et l’insécurité alimentaire va s’installer. Le développement de l’emploi agricole permettra de lutter contre tout ça. Il se trouve aussi que les produis de ces activités (riz, lait, viande, fruits) vont être consommés localement.


Les Echos : Quels sont les grands axes de votre programme en 2009 ?

M. K. : Nos grands axes s’articulent autour des mêmes composantes que j’ai citées plus haut. Ils sont calqués sur le Programme emploi jeune (Pej), qui est notre bréviaire. Nous allons continuer avec le renforcement de l’employabilité. Le programme de 2000 volontaires va être lancé bientôt pour l’année 2009, nous allons continuer à renforcer l’employabilité à travers les stages.

L’accent sera davantage mis sur le monde rural. Nous avons déjà réalisé 171 hectares et en 2009 nous comptons aménager 390 ha. On mettra à la disposition de chaque jeune 3 ha. Nous allons voir à l’Apej comment prendre tous les jeunes installés par l’Office du Niger et l’Office riz Ségou en termes de crédit de campagne. On va voir la même chose avec les autres projets comme le Pdiam. Avec la Bourse de l’emploi, nous comptons donner 1000 équipements (charrue, bœuf, charrette, soutien élevage). Cela va coûter 1,150 million de F CFA par jeune rural.

On veut mettre beaucoup plus l’accent sur les jeunes ruraux en 2009. L’accent sera davantage mis sur les méthodes « Haute intensité de main-d’œuvre » (Himo) à travers un de nos projets le Pejimo. En milieu urbain, il s’agira de faire du pavage comme au marché Dibida, à la rue 466 du Badialan. Cette activité crée énormément d’emplois. C’est aussi le meilleur moyen de lutter contre la pauvreté par l’emploi des matériaux locaux et de la main-d’œuvre locale. L’esthétique y est.

Il n’y a pas de sortie de devise. Nous allons initier une série de formations tant à Bamako qu’à l’intérieur du pays. Le suivi des projets fera partie de nos axes prioritaires l’année prochaine. L’Apej a financé beaucoup de projets qui font l’objet de problème de remboursement. Il faut aider les jeunes installés à nous rembourser pour que le programme puisse continuer. En notre sein, nous mettons l’accent sur le renforcement des ressources. Les activités à l’interne vont être plus décentralisées au niveau régional pour ce qui est du financement des projets jusqu’ à un certain montant.


Les Echos :Quel est le niveau des taux des remboursements ?

M. K. : Les projets financés par les banques et garantis par l’Apej, le taux de remboursement est élevé et peut atteindre plus de 60 %. Mais ceux directement financés par l’Apej sont très bas. Je préfère ne pas avancer de taux. Nous sommes en train de discuter avec le président du Conseil national de la jeunesse du Mali et nous allons entreprendre des actions de sensibilisation bientôt. Il faut rembourser l’argent de l’Etat pour ne pas tuer la poule aux œufs d’or et permettre à d’autres d’être accompagnés. Nous allons continuer à financer les projets. L’avenir du pays réside aussi dans l’émergence d’un secteur privé fort et des PME et PMI dynamiques.

Propos recueillis par

Abdrahamane Dicko

29 Septembre 2008