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Il affirme que l’agriculture reste l’épine dorsale de l’économie malienne et recèle un grand potentiel pour contribuer à la croissance du pays.

Le Mali est un pays agro-sylvo-pastoral. Mais l’agriculture malienne reste toujours confrontée à des difficultés. Ce domaine peut-être un élément clé pour l’économie malienne et la sécurité alimentaire au Mali voire dans la sous-région. Pour en savoir davantage sur ce secteur, nous nous entretenu avec Modibo G Coulibaly, point focal PROCASUR, coordinateur Forum des Services de Conseil Agricole et Rural du Mali FOSCAR-Mali.

  • Quelle analyse faîtes-vous de la campagne agricole passée ?

Modibo G Coulibaly : L’agriculture reste l’épine dorsale de l’économie malienne et recèle un grand potentiel pour contribuer à la croissance du pays. L’agriculture représente environ 40 pour-cent du PIB du pays et emploie environ 85 pour-cent de la main-d’œuvre. Au regard des politiques, stratégies et programmes de développement agricole du Mali, la production céréalière occupe une place de choix. Certes l’objectif officiel du Comité exécutif national de l’agriculture (CENA) pour la campagne 2019 2020 était de 11 tonnes de céréales avec l’accent mis sur la production du maïs avec plus de 3,5 millions de tonnes attendues. La campagne agricole 2019 2020 a débuté avec une installation tardive des pluies dans les régions à grande production céréalières, telles que Sikasso, Ségou, Koulikoro et une partie de Mopti, et précoces dans la région de Kayes, notamment les zones de Yelimane, Nioro et Diéma. La production et la productivité céréalière ont été diversifiées. Nous avons constaté une faible emblavure de superficies en coton sur la majeure partie du pays. Forum des Services de Conseil Agricole et Rural du Mali (FOSCAR-Mal) travaille sur la promotion de l’appui à l’amélioration de la production et la productivité en riz dans l’ensemble du pays grâce à la pratique du Système de Riziculture Intensif (SRI), l’utilisation de variétés de semences améliorées, des technologies telles que la place profonde de l’Urée (PPU) et l’utilisation de la fumure organique améliorée. Pour l’année 2020, les rendements moyens chez les producteurs ayant pratiqué le SRI sont entre 7,5 tonnes à 8 tonnes à l’hectare dans les zones à submersion contrôlée, dans les bas-fonds tels que dans la zone de Yelimane le rendement a atteint 3 tonnes 500kg à l’hectare.

  • Quelles sont les différentes difficultés que font face les paysans maliens ?

M.G.C : Les défis de la pratique du SRI dans toutes les zones sont essentiellement, la faible connaissance des producteurs sur les avantages et la pratique de la technologie du SRI. Cela a entraîné le faible accès à la main d’œuvre qualifiée pour le repiquage, surtout sur des grandes superficies, la disponibilité de motoculteurs pour la préparation des champs, l’accès aux multiplicateurs pour le placement profond de l’urée granulé. Malgré la disponibilité des fabricants d’équipements agricoles adaptés au système de riziculture intensif, peu de producteurs indiquent le pas avoir accès à ces machines adaptées à la pratique du SRI. Certains producteurs de riz dans la zone de San et Niono ont fait face à des maladies des plants de riz à l’épiaison. L’insécurité a privé plusieurs producteurs de récolter leurs parcelles de riz.

  • Que faut-il faire pour redynamiser le secteur de l’agriculture afin que le Mali puisse être le grenier de l’Afrique de l’Ouest ?

M.G.C : FOSCAR-Mali et Developing Local Extension Capacity project (DLEC) ont réalisé une étude d’analyse du secteur agricole au Mali en 2018. IL ressort de cette analyse que les exploitants agricoles du Mali sont confrontés à un certain nombre de défis pour accéder efficacement aux marchés de l’agriculture et de l’élevage, tant au niveau régional qu’international. Un intervenant clé lors de l’enquête a noté que les agriculteurs maliens sont exploités par le marché et doivent apprendre à participer plus efficacement au marché. Parmi les défis figurent le manque d’informations, les liens médiocres avec les marchés, les pertes après récolte, l’insuffisance de la technologie, manque d’accès au financement, incapacité à répondre aux variations climatiques et coûts de transaction élevés. Les obstacles spécifiques à l’entrée sur les marchés internationaux comprennent la capacité des agriculteurs à répondre aux exigences de transport, de production et d’emballage après récolte. Ces facteurs et d’autres conduisent à une productivité réduite et à des dissuasions pour l’entrée sur le marché.

Pour faire du Mali, le grenier de l’Afrique de l’Ouest avec une meilleure commercialisation des produits agricoles, le Mali doit développer un cadre de coordination des services de vulgarisation et de conseil agricole. L’élaboration de la Stratégie Nationale de Conseil Agricole en cours par la DNA est une opportunité. Elle donnera au Mali un meilleur mécanisme de réduction des inefficacités qui résultent du chevauchement des prestations des services, des différentes approches et de la fourniture d’informations conflictuelles. Elle permettra une meilleure orientation et contrôle des contenus de formation. Il faut à cet effet, réaliser une cartographie des parties prenantes et des informations sur le financement, les acquis et besoins en renforcement de capacité ; les pratiques, les résultats et les besoins de recherche etc. La nouvelle stratégie de vulgarisation et de conseil agricole doit promouvoir le dialogue politique agricole entre acteurs à tous les niveaux, (local et national), conduire à l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan national de renforcement des capacités pour l’atteinte des objectifs de la stratégie nationale. L‘utilisation des TIC pour fournir le conseil agricole participatif et intégré est indispensable. Il serait très intéressant pour mieux utiliser le secteur des TIC de conduire une étude nationale sur les TIC, créer un groupe consultatif pour documenter l’utilisation des TIC dans les domaines du conseil agricole, de l’agriculture et de la nutrition afin d’élaborer un plan national d’utilisation des TIC pour améliorer les chaînes de valeur agricole au Mali, d’où l’importance de la promotion des services de conseil agricole permettant l’Amélioration des Revenus des Producteurs et la Qualité du Marché (SCAARPQM) par l’ensemble des acteurs du conseil agricole harmonisé au Mali.

Jacques Coulibaly

@Afribone