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« La presse dérange les nouvelles autorités de la transition d’où un climat de méfiance »

Aujourd’hui, la situation de la liberté d’expression tout comme la liberté de la presse au Mali mérite une réflexion profonde. Pour en savoir davantage, Modibo Fofana, président de l’Association des Professionnels de la Presse en Ligne (APPEL Mali) donne son avis. Il s’agit de la plus jeune faîtière de la presse au Mali, composée des sites d’information, des web TV, radio.

Quelle analyse faites-vous de la liberté d’expression au Mali aujourd’hui? 

Modibo Fofana : Actuellement au Mali, on peut dire que la liberté d’expression est un peu menacée. L’actualité oblige parce qu’avec les nouvelles autorités, j’ai l’impression que la presse dérange. C’est pour cela que ces autorités veulent coûte que coûte muselerla presse. La preuve,  la lettre circulaire adressée aux gouverneurs et aux préfets de contrôler les contenus médiatiques prouve à suffisance que la menace de  la liberté de la presse est réelle. Par ailleurs,   l’enlèvement du chroniqueur Ras-Bath par la Sécurité d’Etat sous le prétexte d’un complot de déstabilisation du pays nous  inquiète beaucoup. Loin de moi de défendre Ras Bath en personne mais je m’insurge contre la forme de son arrestation dans un pays de droit,  car Birama Touré notre confrère a disparu de la même manière en 2016, jusqu’à présent il ne fait pas aucun  signe de vie. Si nous voyons une telle pratique  se répète, nous sommes dans notre devoir de tirer la sonnette d’alarme. 

Bref ; Tous ces actes ont fait que la liberté de la presse a pris du coup. Actuellement, il y a un climat de méfiance entre la presse et les nouvelles autorités.

Alors qu’auparavant, le Mali était un modèle en matière de la liberté de la presse. En regardant le paysage médiatique malien, déjà nous comptons plus de deux cent journaux, quatre cent et quatre cent radios, plus d’une quarantaine de sites d’information sans compter les pages Facebook et les vidéo-mans qui donnent expriment leur opinion librement. 

Quelles sont les difficultés auxquelles la presse en ligne fait face ?

M.F : La première difficulté à laquelle la presse en ligne est confrontée est l’absence d’une loi   qui régule le secteur. Il y a un vide juridique. Du coup sur le net précisément sur les réseaux sociaux   tout le monde  s’exprime et d’autres sans formation ni se déclarent journaliste en ligne. Ce qui est dangereux car la profession journalistique est dangereuse pour les amateurs. On ne devient pas journaliste en 24 heures avec un forfait de 500 fcfa.  Mais être journaliste nécessite une formation de base. Il faut apprendre les fondamentaux du journalisme. Et  savoir collecter, vérifier les informations et en en mesure de savoir quels sont les articles à publier et à ne pas publier. Bref, il faut nécessairement maitriser l’éthique et la déontologie du journalisme. 

Aujourd’hui avec l’internet, on a vu des journalistes citoyens émerger sur la toile. Ils sont la plus part des lanceurs d’alerte autrement dit ils constituent des sources  d’information pour des journalistes qui auront le temps de vérifier l’information. Mais cela ne leurs donne pas le titre de journaliste. Au niveau d’APPEL Mali, nous ne sommes pas gendarmes ni policiers d’empêcher ces informateurs de donner l’info à leur manière car il y a aucune loi qui protège le secteur. Il est de notre devoir de les former et les orienter aussi dans la manière de donner l’information.  Autre difficulté  dans  la presse en ligne, il n’y a pas un modèle économique.  Et beaucoup de personnes se posent la question comment les promoteurs des sites d’information vivent. Surtout en cette période de Covid-19, ces petites entreprises sont frappées directement et indirectement par une crise financière. Nous avons aussi un défi à relever, c’est la formation. Beaucoup des éditeurs en ligne  ne sont pas des professionnels. Par conséquent nous assistons à des dérapages déontologiques et à certaines dérives sur les réseaux sociaux. Pour preuve pourquoi, ils sont nombreux d’être interpellés  à la Brigade d’Investigation Judiciaire (BIJ). Pire, avec la loi sur la cybercriminalité  tous ces gens interpellés sont considérés comme des cybers criminels. Alors qu’un journaliste n’est pas cyber criminel. C’est pourquoi nous nous voulons un amendement de cette loi afin que les journalistes soient épargnés.

Quels sont les mécanismes mis en place par votre organisation pour permettre à la presse en ligne de jouer pleinement son rôle ? 

M.F : Nous sommes dans un pays qui est un peu organisé en matière de la presse en ligne  grâce à la mise en place  de l’association  appelée APPEL Mali. 

Elle a été créée non seulement pour rassembler  tous les acteurs intervenant dans le secteur de la presse en ligne, mais également pour structurer ce secteur. Elle vise aussi à former et à sensibiliser les journalistes. Au niveau d’APPEL Mali, nous avons    une commission d’autorégulation qui veille sur les publications des différents sites d’information. Ensuite, nous avons élaboré une charte afin de respecter l’éthique et de la déontologie. Il s’agit de ne pas publier des articles à caractères ethnique,  xénophobes, sexiste, tribale et raciste. On est exigeant aussi par rapport au contenu de l’article. Nous demandons aux éditeurs des medias en ligne  de filtrer des commentaires à caractère injurieux.  Nous organisons également des formations à l’ endroit des promoteurs de sites d’information pour qu’ils maitrisent ce secteur. Je suis sûr et certains que le numérique est l’avenir de la presse. Tu vois déjà le numérique est entrain de bouffer les médias traditionnels. Nous nous battons pour que cette presse puisse être une presse professionnelle mais aussi patriotique tout en jouant pleinement son rôle.  

Jacques Coulibaly 

@Afribone