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Doté d’une belle détente et de prises de balle sûres, Modibo 10 a fait les beaux jours du Stade malien de Bamako et de l’équipe nationale du Mali. Il reste cet impérial gardien de but qui avait juste besoin d’être décidé pour réussir un grand match. Aujourd’hui, à l’instar de la plupart des anciens footballeurs, notamment ceux de la génération fin 1970-début 1980, Modibo Doumbia mène une vie plus ou moins précaire.

jpg_modibo_10.jpgLes différentes éditions de la Coupe d’Afrique des nations ont révélé de grands gardiens de but dont le Tunisien Sadok Sassi alias Attouga, le Ghanéen Robert Mensah, le Congolais Kazadi., les Camerounais Thomas N’Kono et Antoine Bell, l’Ivoirien Alain Gouaméné, entre autres.

Il est rare de citer le nom de Malien parmi les gardiens qui ont marqué les rendez-vous du football continental quoique feu Mamadou Kéita Capi se soit fait remarquer de la plus belle manière à la phase finale de Yaoundé 72.

Et pourtant, le pays a connu de grands portiers au nombre desquels on peut citer MBaye Elastique, Yacouba Samabally dit Calin, Abdoulaye Fané ou autres Seydou Traoré « Guatigui », « Remetter » Sory Kourouma, Bakary Traoré « Yachine », Modibo Doumbia alias Modibo 10, Moussa Bagayoko « Maier », Karamoko Diané et Ousmane Farota.

Il faudra toutefois reconnaître que l’absence du Mali aux différentes phases finales des coupes d’Afrique des nations et les contre performances de ses clubs dans les compétitions continentales, expliquent en grande partie le fait que les gardiens maliens ne sont pas cités en référence. Sinon, ce n’est pas un défaut de qualité.

Meilleur gardien de la coupe Cabral 1985

Pour la plupart d’entre eux, les différentes éditions de la coupe Amilcar Cabral étaient les meilleures occasions de se faire remarquer. Modibo Doumbia, par exemple a pu impressionner plus d’un observateur à Banjul, en Gambie, en 1985, devenant le meilleur portier de cette édition. Cette consécration était d’autant plus surprenante que l’entraîneur de l’époque, Mamadou Kéita Capi, a dû lui faire appel à la dernière minute, alors qu’il avait carrément relâché les entraînements.

« Je ne m’entraînais pas, on m’a fait quitter Bamako le dimanche matin, alors que l’équipe devait jouer à 15 h contre le Libéria dans le cadre d’un tournoi qui servait de préparation pour la coupe cabral. Quand j’arrivais à Abidjan, il était déjà 14h, j’ai dû me contenter d’une boisson et m’habiller dans le car pour honorer ma place », nous confié-t-il.

L’équipe avait pourtant fait le déplacement avec 3 portiers : Bakary Traoré, Dioman Kamissoko et Maciré Diop. Cette prestation au tournoi d’Abidjan a renforcé la confiance de l’entraîneur qui en a fait le titulaire pour le tournoi Cabral où le Mali a perdu en demi-finales contre le pays organisateur. Modibo 10 a arrêté deux penalties, mais les tireurs maliens n’étaient pas suffisamment adroits.

Homme caractériel

Il avait une grande qualité dans les tirs au but : « il faut toujours regarder le ballon, car regarder les pieds du tireur trompe facilement le portier ».

Il avait cette particularité de sortir de nulle part, alors qu’il n’est pas assidu aux séances d’entraînement pour faire honneur à sa classe. Ce fut encore le cas en 1982 lorsqu’en délicatesse avec son titulaire Bakary Traoré Yachine, Capi a été contraint de lui faire appel pour disputer la finale de la coupe du Mali contre l’AS Biton soutenue par le talent d’un certain Bréhima Guèye.

Deux années plus tard, en 1984, après avoir réussi un parcours de rêve, le Stade malien venait de perdre à Bamako le match aller de la finale de la coupe UFOA contre le New Nigerian Bank des Stephen Keshi, Okorowanta Tarila, Henry Mwosu, Edebor Humphrey.

L’entraîneur Doudou Diakité lui a fait appel pour remplacer Modibo Diakité et faire échec à Keshi et ses camarades à Lagos. Ce jour là, il a ébloui le match de son talent, surprenant les Nigérians qui ont cependant fait trembler ses filets une fois. Les frappes de Stephen Keshi qui ont fait plier Modibo Diakité à Bamako ne l’ont nullement impressionné.

« Ils ont eu un coup franc aux abords des 18 mètres, j’ai fait dégager le mur et me mettre face à Stephen Keshi et j’ai pu faire échec à sa frappe », nous raconté-t-il.

Né le 26 septembre 1949 à Bamako, Modibo Doumbia était cet emblématique gardien de but incomparable dans ses sorties aériennes. Un supporter djolibiste, certainement admirateur de ses talents, se souvient encore des ses parades en ramassage aérien. Pour lui, « Modibo était très fort dans ses prises de balles et toujours le maître absolu dans sa surface de réparation. Je l’ai beaucoup vu, mais jamais une balle ne l’a traversé, alors qu’il évoluait ».

Issue d’une génération sans couronne

Doté d’une grande souplesse et d’un grand réflexe, il avait aussi un certain sens du placement, même si lui-même reconnaît que le placement ne constituait nullement sa grande qualité. En clair, il avait tout !

Il avait une capacité d’anticipation, une relance, qu’on ne retrouve pratiquement plus. Lui-même retrouve assez facilement ses propres qualités chez l’actuel portier remplaçant du Djoliba, Abdoulaye Diakité qui a été formé au CSK. Leur différence se situe certainement au niveau de la taille.

Modibo Doumbia n’avait pas une grande taille. C’est ce qui faisait peut être aussi sa force. Pour devenir ce grand gardien, il a profité des encadrements de grands gardiens comme Yacouba Samabally et Mamadou Kéita. Le premier l’a beaucoup plus travaillé sur les balles transversales, alors que le second l’a formé dans la détente et le placement.

Modibo 10 était un bon gardien de but, avec des arrêts décisifs, capable de retarder des échéances et mettre en confiance ses coéquipiers. Le dernier rempart du Stade malien et des Aigles du Mali n’était jamais effrayé quand le ballon arrivait dans ses 18 mètres. Il le suivait si bien que le ballon venait assez facilement à lui.

Il devait même par moment faire appel à sa souplesse pour maîtriser les trajectoires délicates. Très sûr dans ses buts, Modibo reposait sa confiance sur des défenseurs avec lesquels il a partagé les beaux jours en club ou en sélection.

Au nombre de ceux-ci, Aly Ouattara, Lassine Soumaoro, Adou Kanté, Tidiani Konaté dit Konan ou Drissa Traoré Poker. A l’époque, le Stade malien regorgeait d’éléments comme Seydou Diarra (Platini), Boubacar Coulibaly (Buteur Patenté) ou Mohamed Djilla, Bréhima Guèye.

Tout comme en équipe nationale, les Bourama Traoré, Béidy Sidibé « Baraka », Abdoulaye Koumaré « Muller » qui se montraient efficaces au plan offensif. « Nous avions une génération de footballeurs exceptionnels, mais il n’y avait pas de professionnels. Nous n’avons jamais pu jouer une phase finale de coupe d’Afrique », regrette t-il.

Dans cette génération, Modibo reconnaît avoir croisé des attaquants qui lui ont souvent donné du fil à retordre, mais n’avoir jamais craint spécialement un canonnier. Cependant, il avait du mal à contenir l’efficacité du djolibiste Seyba Coulibaly qui marquait à la fois par la tête et les pieds.

En général, il était imbattable et beaucoup d’attaquants le reconnaissent. Il avait juste besoin d’être décidé et concentré pour réussir un bon match. Ses supporters se rassuraient surtout par les pratiques insolites qu’il faisait en début de partie.

« En vérité, je ne faisais rien. J’ai seulement eu la trouvaille pour intimider mes adversaires et me mettre dans les meilleures prédispositions pour réussir un match. Je regardais les deux poteaux et je revenais au milieu sans rien dire. Du moins, seulement, je demandais à Dieu de m’assister », révèle-t-il.

De l’école coranique au Stade malien

L’enfant de Missira, quartier populaire de Bamako, a embrassé la pratique du football comme la plupart des enfants de la capitale. Il s’est surtout révélé au cours des différentes rencontres interscolaires. Un jour de ses 17 ans, se souvient t-il, « je jouais milieu de terrain avec les écoles coraniques contre les écoles modernes, quand notre portier nous a abandonnés au profit du camp adverse.

Je me suis énervé et je l’ai brillamment remplacé ». C’est à cette époque qu’il a été surnommé Modibo « Dissi Ba » (grosse poitrine). Puis, le « Dissiba » devient « Dissi » (pour raccourcir) dans l’appellation populaire. Mais la pratique moderne a retenu Modibo 10.

Son admiration pour les grands portiers dont M’Baye Elastique et Calin devait beaucoup l’influencer et le pousser à s’investir pour devenir un grand dans les perches. Ainsi, Modibo 10 travaillait dur aux entraînements sur les styles de ses idoles alors qu’il évoluait encore au Santos de Missira, en compagnie de Cheick Sangaré, Edouard Samaké et du Pasteur Békou.

C’est ici qu’il a été repéré par le Stade malien de Bamako qui a dépêché Mody Sylla et Maro Traoré pour convaincre son père de le laisser jouer. On était en 1966, et dès lors, Modibo a mené, avec les Blancs de Bamako, une brillante carrière qui s’est achevée en 1987, au terme d’une rencontre contre le COB.
Les souvenirs du sexagénaire?

En vingt ans de carrière, il a connu des hauts et des bas avec son club de toujours et l’équipe nationale. Souvent peu lucide dans certaines rencontres, son principal défaut était la nervosité. Quand il arrivait au Stade, Capi était le titulaire incontesté. C’est finalement en 1974 qu’il a été titularisé dans les perches du Stade malien pour de nombreux moments de haut et de bas.

Lui-même se souvient de la finale de la coupe du Mali, en 1975, contre le Djoliba AC, la défaite (1-5) de l’équipe nationale contre l’Algérie en 1981, lors des éliminatoires de la coupe d’Afrique des nations et surtout de la finale de la coupe Cabral de 1981, perdu face à la Guinée aux tirs au but.

Ces faits l’ont plus marqué par le fait qu’il n’a pu éviter la défaite à son équipe malgré ses appréciables prestations. Encore que, contre l’Algérie, les Aigles avaient eu, au match retour les moyens de renverser la situation, s’imposant à la finale sur le score de 3-0. Le 4ème but a du être refusé par l’arbitre togolais pour une faute peu évidente sur le portier Ben Saoula.

Il se satisfait néanmoins d’avoir bien tenu l’opposition face à de grands attaquants du continent de la trempe des Guinéens Chérif Souleymane, N’jo Léa et Nabilaye Papa Camara, des Algériens Lakhdar Belloumi, Ben Saoula, Rabah Madjer, du Marocain Mery Krimau, du Gambien El Hadj Sarr « Biri Biri ». Et aussi d’avoir effectué une brillante participation aux 2èmes Jeux africains d’Alger en 1978. Le Mali qui partageait le groupe avec le Nigeria, le Cameroun, le Ghana et le Cameroun, s’est incliné en demi finale face à l’Algérie.

Des regrets ? Il en a, mais il les confesse difficilement. En fataliste, il admet ce qui lui arrive. « La vie est une question de chance. On a que ce que Dieu nous accorde. Sinon beaucoup m’ont trouvé au Stade et ont eu un meilleur traitement matériel et financier. C’est leur chance, je ne le regrette pas ».

Aujourd’hui, réparateur de motos de marque Vespa, une marque qui tend à disparaître, Modibo 10, se bat, voire se débat pour supporter la vie avec ses 5 enfants. Il profite tant bien que mal des nombreuses relations que le football lui procure.

Il encadre les gardiens de but de l’Association Sportive Omnisport de Missira (ASOM) et s’occupe du centre de formation du Stade Modibo Kéita avec Vital Ky.

Grâce à ce projet de l’Etat malien qui a permis la réinsertion d’anciens footballeurs à travers l’encadrement de centres de formation, il perçoit une rémunération mensuelle de 50 000 FCFA qui est loin de pouvoir supporter ses besoins.

Le sexagénaire espère, à travers ses encadrements, former des gardiens de talents pour le bonheur du football malien. En attendant, il ne cache pas sa fierté d’avoir déjà encadré de grands portiers comme Bakary Traoré dit Yachine (devenu plus tard son rival de club et de sélection) ou encore Ousmane Farota.


Souleymane Diallo

05 Janvier 2009