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Les recommandations issues de la conférence-débats de samedi organisée par le Centre Djoliba et son cercle de réflexion sur le thème : « le multipartisme à la croisée des chemins » ont été nombreuses et variées. Elles vont de la restauration du « kokadjè », autrement dit la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite, la formation, l’éducation des militants, l’instauration d’une démocratie à l’interne des partis politiques, la constitution d’alliances sur des bases claires, la moralisation des élections, la limitation du nombre des partis politiques, la suspension de l’aide aux partis. Des recommandations non moins osées, explicitement la tenue d’une conférence nationale bis, voire la révision de la Constitution en vue de doter notre pays d’un régime parlementaire ont été aussi suggérées.

Contrairement à l’idée qui est généralement véhiculée, le multipartisme au Mali n’a pas commencé après mars 1991. Celui-ci remonte au temps du colonisateur, avec l’existence de plusieurs partis parmi lesquels le PSP, l’US-RDA le PDS, a expliqué Pr. Diakité dans son exposé liminaire. Plusieurs régimes se succéderont après l’indépendance à savoir : le régime de parti unique (1960-1968), le régime d’exception (1968-1979), le régime de parti unique constitutionnel (1979-1991). Le 26 mars 1991 marque une étape où le Mali devait renouer avec le multipartisme qui consacre plus de liberté collective, individuelle du respect des droits et devoirs et surtout suppose la bonne gouvernance, l’indépendance des institutions, etc.

Quinze ans après, le constat qui a été établi, au cours de la conférence-débats de samedi, est qu’un long chemin reste à parcourir pour atteindre les idéaux de mars 1991 et de l’instauration du multipartisme. Et de nos jours, la classe politique malienne est plus que jamais interpellée sur son rôle d’éducation, de formation des militants, d’animation de la vie politique et de conquête du pouvoir.

Des partis à dissoudre

De l’avis de plusieurs intervenants, la démocratie malienne est en panne et à en croire Pr., l’ex-parti majoritaire Adéma/PASJ en porte une part de responsabilité. De son avis, les cinq premières années du mandat d’Alpha Omar Konaré devraient être un prolongement de la transition. Mais, « les appétits personnels et des clans ont eu raison de l’idéal », a indiqué le conférencier, qui dit avoir cité un haut responsable du parti de l’Adéma.

Selon le conférencier et autres intervenants notamment Victor Sy qui fut membre du présidium de la conférence nationale les maux de notre démocratie ont pour origine la conférence nationale. M. Sy estime que déjà en prônant un multipartisme intégral, il y avait eu entorse. C’est ce qui explique aujourd’hui la floraison des paris politiques qui, au lieu d’être des baromètres de la vivacité de notre démocratie, sont aujourd’hui dans la pratique des coquilles vides où le débat sur les problèmes de la nation est absent au profit des intérêts personnels. Pour M. Sy, Dr. Mariko, ou encore colonel Youssouf Traoré, les partis qui ne concourent pas à l’expression des suffrages devraient être dissous.

L’idée d’un régime parlementaire a été également soulevée au cours de cette conférence-débats. Elle résulte du constat qu’a la place d’un régime semi-présidentielle, nous avons un régime présidentielle fort avec un président de la République qui a trop de pouvoirs. Pr. Diakité trouve que les soutiens qui fusent de partout pour la candidature d’ATT sont dans l’ordre des choses. Mais fustige le fait que ces soutiens sont « inconditionnels et sans réserve ».

Denis Koné

12 mars 07