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Depuis le 08 avril 2011, date de la passation de service avec mon successeur au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, je m’étais astreint à une obligation de réserve en ne m’exprimant pas sur les questions nationales d’ordre politique ou diplomatique. Ce, par loyauté envers l’État que j’ai servi du mieux que j’ai pu, sept ans durant, en ma qualité de membre du Gouvernement de la République du Mali.

Le coup d’État du 22 mars 2012 et les développements en cours dans notre pays m’obligent à me libérer de cette règle de conduite.
D’abord, pour le Mali. A cet égard, comment ne pas souligner, d’emblée, que l’ancrage démocratique de notre pays et son adhésion à de nombreux instruments juridiques régionaux et internationaux relatifs à la démocratie, à l’élaboration desquels –au demeurant – notre pays a apporté une contribution majeure, n’autorisent pas les changements de régime anticonstitutionnels?

Toutefois, face à la situation politique créée au lendemain du 22 mars 2012, nous devons prendre garde de ne pas favoriser une nouvelle césure politique qui pourrait dangereusement conduire à une autre division entre maliens alors même que la menace de la partition du pays n’est pas encore écartée.

Nous devons aujourd’hui, plus que jamais, œuvrer à traduire dans les faits la devise nationale, à savoir «Un Peuple – Un But – Une Foi»
De même, il faut agir vite et ensemble pour sauvegarder les acquis de la démocratie malienne dont l’exemplarité est unanimement saluée à travers le monde.

Ambassadeur aux Nations Unies, puis ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, j’ai pu mesurer combien était précieuse cette réputation, qui aura permis à notre diplomatie d’engranger de nombreux dividendes en faveur du développement économique et social du Mali.

Nous devons impérativement éviter à notre pays tout risque d’isolement aux plans sous-régional, continental et international.
L’autre exigence, dans les circonstances graves que vit le Mali, c’est le besoin de rassemblement des forces de progrès.
Rassembler les forces de progrès, c’est réveiller l’espoir, c’est en appeler au rassemblement des énergies, c’est mobiliser notre peuple pour conduire le progrès. C’est choisir le sursaut sur l’abandon, le courage sur la passivité.

C’est travailler pour la démocratie. Rassembler les forces de progrès, c’est aussi perpétuer et consolider la République. C’est permettre aux maliens de retrouver confiance en eux-mêmes et à notre peuple de retrouver les grandes heures de son Histoire.
Tel est le sens de mon engagement, car je demeure convaincu que nos efforts conjugués pourront contribuer à favoriser l’avènement d’un Mali nouveau qui soit gouverné dans les meilleures conditions.

Bamako, le 27 mars 2012

Moctar OUANE
Ancien ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale

L’Indépendant du 28 Mars 2012