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Le président du Haut conseil des collectivités territoriales, Oumarou Ag Ibrahim Haïdara, et le ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale, Moctar Ouane, ont quitté Bamako ce week-end pour Alger. Les deux personnalités sont chargées, par le président de la République, Amadou Toumani Touré, de soumettre aux autorités algériennes le Protocole d’entente signé le 3 avril à Tripoli par notre gouvernement et les insurgés de la bande à Ibrahim Ag Bahanga, et d’en apprécier avec elles le contenu.

Ce document a certes fait long feu, en raison des intransigeances du chef rebelle à voir l’armée alléger ses dispositifs dans le nord-est de Kidal, mais l’espoir qu’il a suscité demeure.
En effet, il s’articulait sur, entre autres, points essentiels, le cessez-le-feu immédiat, la libération de tous les otages, l’instauration d’un climat de confiance entre les parties.

Il faut rappeler que, c’est suite aux attaques perpétrées dans le secteur de Tinzawatène, les 19, 20 et 21 mars derniers par Ibrahim Ag Bahanga que les insurgés ont eux-mêmes sollicité, cette fois-ci, l’implication de la Libye afin de trouver une solution rapide à la nouvelle, alors que le facilitateur libyen venait juste de réussir à faire libérer les 22 derniers otages militaires que les rebelles avaient détenus pendant 8 mois.

Relancer les négociations

L’objectif de l’implication libyenne a donc été de gérer au plus vite la soudaine crise, ce que la Grande Jamahiriya a parfaitement réussi, non sans promettre, pour éviter désormais tout recours aux armes pour des questions de développement, un engagement financier et logistique conséquent de sa part.

Comme on le voit, la Libye n’a fait qu’ouvrir le cadre de négociations pour parer au plus pressé et, ce, en n’ignorant nulle part les clauses de l’Accord d’Alger du 4 juillet 2006. La voie ouverte par la Libye est donc propice à relancer les négociations entre les différents protagonistes.

Oumarou Ag Ibrahim Haïdara et Moctar Ouane s’efforceront, de concert avec l’Algérie, de la débroussailler. Du moins tel est le souhait ardent du chef de l’Etat, ATT, qui souffre que les fils du même pays soient obligés de se donner la mort pour des questions de développement, sur fond d’incompréhensions et de divergences d’approche.

Cependant, du côté algérien, il semble qu’il y a de fortes réticences à reprendre le dossier à cause de certains articles parus dans la presse malienne peu ou prou critiques contre l’Algérie. Si cette position venait à être confirmée, elle surprendrait plus d’un observateur malien et étranger.

Elle prouverait, entre autres, que la diplomatie algérienne a une sensibilité à fleur de peau et qu’elle n’a donc point mûri en 46 ans de batailles diplomatiques, si l’on ne comptait qu’à partir de l’indépendance nationale en 1962, sinon en 54 ans si l’on partait de l’insurrection algérienne qui marque le début de la guerre d’Algérie en 1954.

On se demanderait bien quelle image laisserait à la postérité le président Abdelaziz Boutéflika qui demeure une des plus grandes figures de la diplomatie africaine, pour avoir été, au temps fort de la Guerre froide qui opposait l’Est à l’Ouest, à la tête de la diplomatie algérienne de 1963 à 1979 ; 16 années pendant lesquelles il a eu à gérer des situations mille fois plus délicates et autrement plus complexes, avant de devenir président de la République en 1999, après 20 ans de retrait de la vie publique. Au Mali et certainement ailleurs, on ne jetterait pas si facilement tant d’expériences à la poubelle.


Et ces attaques de la presse algérienne ?

Il y a aussi que, depuis le coup de feu d’Ibrahim Ag Bahanga, le 23 mai 2006 qui a relancé les hostilités au nord Mali, l’Etat malien et ses autorités nationales ont constamment été pris à partie par la presse algérienne, notamment le quotidien national El Watan. Certains journaux algériens sont même allés jusqu’à traiter le Mali d’Etat voyou sans que la diplomatie malienne ait eu des réactions épidermiques.

Certains médias internationaux, notamment une certaine radio, dans l’affaire du nord Mali, ont même servi insidieusement de relais efficaces aux revendications séparatistes des groupes armés touaregs. Ces haut-parleurs de type humain ont opportunément trouvé, bien des fois, leurs supports en la personne d’un correspondant permanent d’une radio étrangère qui a su malicieusement jouer sa partition pour la cause des rebelles.

Il est tellement au courant des moindres faits et gestes d’Ibrahim Ag Bahanga et de Hassan Fagaga que les autorités maliennes auraient pu l’assimiler à un vulgaire espion pour l’expulser tout au moins. Mais non !

Il s’y ajoute que des journaux maliens, à défaut de sympathie, ont souvent manifesté de la complicité discrète à Ag Bahanga pour des raisons fort compréhensibles au regard des positionnements politiques dans notre pays. Nul n’a été inquiété. C’est qu’au Mali, il existe, depuis la Révolution de mars 1991, une totale liberté de presse.

Quant à nous, au Bi-hebdomadaire « L’Aube », nous avons fait le choix d’une ligne patriotique intransigeante. Nous tiendrons dans la presse le même rôle que nos soldats jouent sur les théâtres d’affrontements. Il n’est pas question pour nous, ni aujourd’hui, ni demain, au moment où des pyromanes ont à cœur de brûler la République, de nous défausser de notre part de responsabilité et de devoir, dans la sauvegarde de la souveraineté, de la cohésion et de l’unité du Mali, ainsi que dans la défense de l’intégrité de son territoire national.

Ali Rida

14 avril 2008.