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Deux hautes personnalités ont aujourd’hui la lourde responsabilité de faire revenir les autorités algériennes à de meilleurs sentiments pour qu’elles s’impliquent à fond dans la résolution de la crise au Nord-Mali. il s’agit du ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale, M. Moctar Ouane (déjà en Algérie) et du président du Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT), M. Oumarou Ag Ibrahim Haïdara, qui a quitté Bamako ce 15 Avril pour Alger.

En effet, depuis le début du round de négociation qui a eu lieu à Tripoli, en Libye, ce pays frère du Mali (l’Algérie) est en guerre froide contre Bamako.

Aussi, pour ces émissaires du Président ATT, il s’agit de soumettre, aux autorités algériennes, le Protocole d’entente signé le 3 Avril 2008 dans la capitale libyenne entre l’Etat Malien et les insurgés de Kidal, et leur faire savoir que cet Accord n’est en rien une violation de celui d’Alger, encore moins une quelconque volonté des autorités de Bamako de mettre l’Algérie “sur la touche”, dans la gestion du dossier Nord-Mali.

Avec cette mission, autant les autorités maliennes tiennent à prouver leur bonne foi envers celles de l’Alger, autant la partie algérienne a le devoir de prouver trois faits, sinon de lever trois voiles.

Se démarquer complètement des bandits armés

En effet, contrairement à certaines rumeurs qui circulent, l’Algérie doit prouver qu’elle ne soutient en rien Ibrahim Ag Bahanga et sa bande armée. Cela aurait le mérite de la crédibiliser davantage auprès d’une partie de l’opinion publique nationale et internationale qui l’accuse de soutenir Bahanga et sa clique.

Pour les autorités d’Alger, il devient donc impératif de se démarquer de ces rumeurs, car autant le criminel Bahanga donne l’impression d’une convention ou d’une entente “amoureuse“ entre sa bande et l’Algérie, autant on a du mal à percevoir le degré d’engagement de ce pays frère et ami du Mali dans la résolution de la crise du Nord-Mali.

Cela est d’autant plus vrai que le territoire algérien a toujours servi de base arrière à Bahanga et sa bande qui n’y rencontrent apparemment aucune résistance. A défaut d’arrêter cela, l’Algérie doit au moins être en mesure de prouver aux autorités maliennes, voire à l’opinion nationale et internationale, qu’elle fait de son mieux pour sécuriser sa frontière.


Prouver qu’elle n’est pas solidaire des articles incendiaires

Il est connu de tous que depuis un certain temps déjà, le quotidien national algérien s’illustre par des plaintes infondées sur les autorités et l’état maliens. Les autorités algériennes couvrent-elles cette propagande ?

Dans tous les cas, avec cette mission dépêchée à Alger sur ordre du Président Amadou Toumani Touré, l’occasion est à présent donnée au gouvernement algérien d’administrer la preuve qu’il n’a rien à voir avec ces articles algériens assénés au vitriol sur les autorités maliennes, tels ceux qui ont été publiés par la presse algérienne, dont le quotidien national El-Watan, qui traite le Mali “d’Etat voyou”.


Le Président algérien doit faire parler son expérience diplomatique

Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, doit démontrer qu’il peut jouer un rôle dans la stabilisation de l’Afrique en général, et du Sahara en particulier.

En effet, selon le confrère “ L’Aube”, Bouteflika demeure une des plus grandes figures de la diplomatie africaine, pour avoir été à la tête de la diplomatie algérienne, de 1963 à 1979, au temps les plus forts de la guerre froide qui opposait l’Est à l’Ouest.

Seize années pendant lesquelles il a eu à gérer des situations mille fois plus délicates et autrement plus complexes, avant de devenir Président de la République en 1999, après 20 ans de retrait de la vie publique.

La nécessité de trouver un point d’accord

Telle qu’elle se présente aujourd’hui, la crise du Nord-Mali n’aura d’issue heureuse, à court terme, que lorsque Maliens et Algériens se convainquent d’une chose : l’urgence de la restauration de la paix le long de leur frontière commune.

Pour cela, tout comportement de la partie algérienne consistant à saboter l’Accord de Tripoli serait assimilable à un désaveu pour la Libye qui a abrité les discussions ayant abouti au dit Accord.

Or, en acceptant que ces discussions aient lieu sur son sol, la Grande Jamahirya Arabe Libyenne a voulu éviter tout recours aux armes pour qu’il n’y ait aucune remise en cause de l’Accord d’Alger du 4 Juillet 2006 qui, jusqu’à preuve du contraire, reste le cadre de dialogue et de concertation privilégié par Bamako.

Aussi souhaite-t-on que l’Algérie comprendra tous les efforts des plus hautes autorités maliennes pour que ce pays frère reste le principal et unique médiateur dans la sortie définitive de cette crise qui secoue le Nord-Mali et qui n’a que trop duré. Il n’y a donc plus aucune place pour le dilemme: l’Algérie doit tout simplement s’assumer.

Adama S. DIALLO

16 avril 2008.