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Depuis hier 1er juillet, la Mission internationale pour le soutien du Mali (MISMA) a changé d’appellation. En effet, de la MISMA, l’on est passé à la MINUSMA (Mission des Nations unies pour le soutien au Mali). En changeant de nom, cette force change nécessairement de mission et gagne consécutivement en renfort. On assiste à une mobilisation mondiale, rarement vue de mémoire d’homme, contre le terrorisme islamiste qui croyait avoir bien assis ses tentacules au pays de Soundiata Kéita. La provenance géographique des soldats annoncés, donne matière à réfléchir. A tout le moins, le constat est que les cinq continents ont fait leur la traque des djihadistes au Mali. Aussi loin que remonte nos souvenirs, après les deux guerres mondiales, le monde entier ne s’était pas autant mobilisé pour combattre un mal par le canon. Mais cette mobilisation spectaculaire se comprend assez aisément. La planète a pris conscience des conséquences dévastatrices du terrorisme sur tous les plans.

A tous points de vue, les récentes attaques du site gazier d’Algérie auront ouvert les yeux aux Asiatiques qui regardaient, avec beaucoup de réticence, l’Occident combattre le terrorisme en Afrique. On se souvient bien que beaucoup d’Asiatiques avaient perdu la vie au cours de ces attaques par lesquelles AQMI (Al-qaida au Maghreb islamique) entendait régler ses comptes avec les Occidentaux. Ceux qui brillaient encore par leur réticence, ont fini par comprendre que ces fous de Dieu ne connaissent ni race, ni sexe, ni âge. Cette mobilisation gigantesque a donc bien une raison : sécuriser la route du gaz, du pétrole et de l’uranium qui va d’Alger à Niamey, en passant par Bamako.

Ce sont les trois substances vitales qui nourrissent l’économie mondiale. Mais c’est le Mali et, partant, toute l’Afrique qui doivent se féliciter de cette action mondiale, car c’est d’abord un mal qui les ronge au premier plan. Bamako craint cependant que cette armée onusienne ne place, à la longue, le pays sous tutelle. Il y a lieu de se demander si cette crainte est justifiée. Beaucoup de faits concourent en effet à minimiser ce scepticisme malien. D’abord la communauté internationale semble avoir tiré toutes les leçons de ses échecs afghan et somalien dans la lutte contre le terrorisme ; ensuite, l’institution onusienne surtout s’est renforcée de ses expériences au Kossovo, au Congo et dans bien d’autres pays. Tout porte donc à croire qu’elle ne va pas au Mali pour s’éterniser et priver ainsi le pays de sa souveraineté.

Du reste, Bamako a de quoi se rassurer car la France qui a joué un rôle éminent dans cette crise, ne laisserait pas de forces étrangères occuper son pré-carré, surtout que Serval reste une force indépendante pour l’accompagner dans la reconquête de sa souveraineté. En tout état de cause, s’il y avait le choix entre être sous tutelle onusienne et être sous tutelle djihadiste, le Mali préférerait de loin, la tutelle onusienne. Bamako gagne dans ce déploiement des forces onusiennes à tous points de vue. Au-delà même de l’aspect militaire, le pays gagne aussi économiquement. Les 12 000 hommes de cette MINUSMA se nourriront, s’habilleront et, à l’heure des nouvelles technologies, dépenseront pour communiquer avec leurs parents restés au bercail. Bref, c’est l’économie malienne qui en profitera.

Il reste cependant une grosse équation à résoudre avant le déploiement de ces forces au Mali. En effet, dans les principes onusiens, comme l’a d’ailleurs dit le secrétaire général adjoint de l’ONU en charge du maintien de la paix, lors de sa visite au Mali, il n’est pas question que l’ONU équipe militairement la MISMA qui passe à la MINUSMA. Cela est du ressort des pays africains. Qui plus est, l’ONU donne à l’Afrique, ce que son SG adjoint appelle « une période de grâce de quatre mois » pour s’exécuter. On retient à nouveau son souffle, en attendant de voir si l’Afrique assurera au moins ce service minimum, elle qui, n’eût été l’intervention salutaire du Tchad, serait restée en marge de cette page de l’histoire du Mali.

Boulkindi COULDIATI

Publié le mercredi 3 juillet 2013

Source : Le pays