Partager

Soir de Bamako : Demain, vous allez accueillir les Premières dames d’Afrique et de France, quels sont les sentiments qui vous animent ?

Mme Touré Lobbo Traoré : Je voudrai tout d’abord vous remercier de cette opportunité que vous m’offrez en cette veille du 23eme sommet Afrique-France où je m’apprête à accueillir mes sœurs d’Afrique et de France.
Pour en venir à votre question, je dirai que c’est un sentiment de joie, de fierté et de reconnaissance qui m’anime en recevant ici à Bamako, au bord du fleuve Djoliba, en terre africaine du Mali, mes sœurs Premières dames d’Afrique. Leur présence dénote de l’intérêt qu’elles portent aux questions touchant les femmes et les enfants du monde en général, et ceux de notre continent en particulier.

Soir de Bamako : Sous quel signe placez-vous cette rencontre d’évaluation à mi-parcours de la Vision 2010 ?

Mme Touré Lobbo Traoré : Je place cette rencontre sous le signe de l’engagement des hommes et des femmes, pour la réduction de la mortalité maternelle et néonatale.

Soir de Bamako : Qu’est-ce qui vous amenée à prendre à bras le corps les questions liées à la santé de la mère et de l’enfant ?

Mme Touré Lobbo Traoré : Les questions liées à la santé de la mère et de l’enfant me préoccupent très sincèrement. En ma qualité de femme, de mère, et souvenez-vous, je suis sage-femme de profession, j’ai été témoin des souffrances des femmes et des enfants, mais aussi de l’angoisse des parents, une fois que leur épouse, fille, tante… est en grossesse ou sur le point d’accoucher ! Combien de femmes ont perdu la vie des suites de complications liées à la grossesse et à l’accouchement ? Voilà entre autres des raisons qui m’ont amenée à axer mes efforts sur la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale et toutes les questions liées à la santé de la mère et de l’enfant.

Soir de Bamako : Quelle est la finalité du combat que vous menez au Mali et en Afrique avec les autres Premières dames ?

Mme Touré Lobbo Traoré : La finalité de notre combat ? C’est bien sûr la réduction du taux de mortalité maternelle et néonatale, comme l’a recommandé le Forum 2010 tenu ici même à Bamako en 2001, sous l’égide de ma sœur, la présidente Mme Adame Bâ Konaré et comme le souhaitent toutes les Premières dames d’Afrique. Dans ce sens, les actions que nous menons viennent en complément de celles de nos différents gouvernements. Nous pensons que cette question est un problème de santé publique qui interpelle chacun de nous. C’est pourquoi je suis convaincue qu’avec plus de solidarité, grâce aux personnes de bonne volonté, à tous nos partenaires, nous pourrons relever le défi afin qu’aucune femme ne meure en donnant la vie. Le ton a déjà été donné par le gouvernement de la République du Mali, avec la gratuité de la césarienne. Cette importante décision contribue à réduire le taux de mortalité maternelle et infanto-juvenile.

Soir de Bamako : Le 1er décembre est consacré par les autorités du Mali mois de la lutte contre le SIDA. Les personnes vivant avec le VIH/SIDA continuent d’être victimes de discrimination et de stigmatisation. Comment percevez-vous cette situation ? Que comptez-vous faire pour que ces personnes infectées et/ou affectées se sentent heureuses ?

Mme Touré Lobbo Traoré : Effectivement au Mali, le mois de décembre est consacré par le gouvernement mois de la lutte contre le VIH/SIDA. Cela est effectif depuis plusieurs années. Au Mali, le fait d’avoir consacré un mois à cette maladie, justifie à lui seul, la détermination des autorités de notre pays à lutter contre l’exclusion et la stigmatisation envers les malades du Sida. Je rappelle que chez nous, la solidarité et l’entraide restent des valeurs ancrées dans la mentalité des citoyens. En ce qui concerne la Fondation pour l’Enfance que je dirige, nous procédons à la prise en charge totale de certains enfants infectés par le VIH/SIDA, au niveau d’un centre créé, à cet effet. Nous disposons d’un centre, d’un projet de transmission mère-enfant du VIH/SIDA. Le projet est logé à l’Hôpital mère-enfant, le Luxembourg.
Au Mali, avec la gratuité des soins décidés par le gouvernement, je pense que les populations viendront se faire dépister. Aussi, ceux qui sont infectés, pourront recevoir des produits gratuitement. Tout cela pourrait contribuer à réduire la transmission mère-enfant du VIH/Sida. Ce volet me paraît très important. Car il est question de pertes en vies, notamment de la mère et de l’enfant.
Je vois que toutes les Premières dames de toutes les zones de notre Continent se battent pour la réduction de la mortalité maternelle et néonatale. C’est le lieu pour moi de leur rendre un hommage mérité, de les encourager pour les actions qu’elles ne cessent d’entreprendre pour sauver la vie de l’enfant et de la mère. Je n’oublie pas la société civile, les personnes de bonne volonté, tous nos partenaires notamment la Fondation Luxembourgeoise Raoul Follereau, Plan-Mali, l’UNICEF, le FNUAP, l’UNESCO, l’USAID. Ces structures nous accompagnent avec promptitude et mettent à notre disposition des ressources humaines matérielles, techniques et financières. Je sais compter sur elles. Qu’elles en soient fortement remerciées.
En prélude à notre rencontre d’évaluation à mi-parcours de la Vision 2010 qui va s’ouvrir dans quelques heures, je souhaite la bienvenue à mes soeurs Premières dames d’Afrique et de France.
Entretien réalisé par

Tiémoko TRAORE

1er novembre 2005.