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Dans un entretien qu’elle a bien voulu nous accorder après la cérémonie de clôture des Assisses Nationales sur le Nord, Mme Seck Oumou Sall, Maire de Goundam et participante à travers la Commission Réconciliation nous fait part de sa satisfaction. Mais aussi, propose des pistes de solutions à la crise du nord. Lisez plutôt.

Vous avez pris part aux assises sur le nord, quelles sont vos impressions?

Je suis satisfaite, seulement on attend de voir comment les choses vont se passer.

Moi je faisais partie de la commission réconciliation, une thématique qui m’intéresse beaucoup et pour laquelle je me suis beaucoup investie depuis longtemps.

Les débats étaient très houleux, francs et transparents. Cela est un motif de satisfaction car chacun a pu dire ce qu’il pense de la situation et ce qu’il avait sur le cœur. Cela est très important.

Le premier jour, c’était très houleux mais peu à peu, on sentait que les gens étaient un peu apaisés. Même si en trois jours, on ne peut pas tout dire, on ne peut pas débattre de tout.

Comme j’avais dit dans mon intervention, c’est le démarrage, le coup d’envoi de la locomotive. Moi je vois en ces assises le point de départ de la locomotive.

En fait, avec une locomotive, il y a beaucoup d’acteurs. Il peut s’arrêter, avoir des pannes. Mais ce qui est important, c’est que chacun de nous fasse partie de cette locomotive en apportant sa pierre.

Car, l’essentiel est que chacun joue sa partition en faisant partie de cette locomotive, notamment le gouvernement, la société civile, les leaders religieux, les chefs traditionnels, la jeunesse, les femmes, etc.

Je pense que chacun d’entre nous doit y prendre part car on a tous un rôle à y jouer pour que cette réconciliation nationale devienne enfin une réalité.

C’est un processus de long terme mais, l’essentiel est de ne pas hésiter à poser les premiers actes. Et c’est ce qui vient d’être fait avec la tenue de ces assises sur le nord.

En tant qu’élu du nord, qu’avez-vous demandé pour votre commune ?

Moi je ne suis pas dans une logique de commune. Pour moi, c’est le Mali et on ne peut pas parler de réconciliation nationale en se focalisant sur une commune particulière. J’ai plutôt parlé d’un ensemble quand j’intervenais.

J’avais annoncé que je parlais plutôt en tant que trait d’union, fruit de la diversité culturelle au Mali. Et j’ai mis l’accent sur mes propres expériences en la matière pour m’exprimer.

J’ai dit à tous ceux qui étaient dans la salle d’avoir à l’idée que partout au Mali, il y a le fruit de cette diversité culturelle. Cette diversité culturelle n’est pas seulement le métissage entre un blanc et un noir.
Mais, il faut noter que le métissage, c’est aussi chaque fois que deux cultures différentes se confondent ou se retrouvent. Et qu’il y a une naissance, on est déjà métissé.

Quand un Dogon est marié à un Sénoufo, j’avoue que ce n’est pas la même culture, quand un arabe est marié à un peul, ce n’est pas la même culture.

Et donc, si on va vers cela, on aura sûrement la solution à notre problème.

En tant qu’élue, quelles solutions préconisez-vous ?

Dans mon intervention, j’ai surtout mis l’accent sur l’identité car je crois que la crise que traverse le Mali est une crise identitaire.

Si nous gérons cette crise identitaire, je pense que le problème aura sa solution. Quand j’entendais les gens parler en disant, je suis Bèllah, Arabe, Peulh,… il ya un problème.

Tous ceux-ci sont des Maliens, ils ont cohabité, ils ont vecu ensemble, et donc si aujourd’hui chacun d’entre nous se met dans la tête qu’il est Malien et que nous sommes tous Maliens, je pense qu’on va se retrouver. Et je crois aussi qu’on pourra se pardonner.

Mais, il ya des choses amères qu’il faut qu’on se dise. Ce qui a été fait lors de ces assises.

Et que le gouvernement aussi prenne ses responsabilités pour permettre l’équité dans le partage des ressources, de la justice, la bonne gouvernance et d’autres choses.

Propos recueillis par Dieudonné

05 Novembre 2013