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Dans le silence, ils font partie de ceux qui se saignent pour que les jeunes Malien, ceux du «pays réel» sachent lire et écrire. De ces enseignants dits « de brousse », il faut compter Mme Dramé Aminata Diara. A l’appel du service, elle quitte son confort ombragé de Koulikoro ville et sa famille pour aller enseigner dans de périlleuses conditions à Cabana, commune rurale de Koula.

Ils sont nombreux, ceux, qui sans être au devant de la scène, n’en demeure pas moins des acteurs clés du processus de développement social. Ces lieux que bon nombre boudent due à la precarité environnementale qui y règne.

Mme Dramé Aminata Diarra est la directrice de l’école de Cabana (commune rurale de Koula), située à une trentaine de kilomètres de Koulikoro ville. L’école de Cabana ne compte que 3 classes pour 92 élèves dont 37 filles. Les enfants du village y suivent les cours jusqu’à la sixième année et partent poursuivre le second-cycle dans le chef lieu de Koula à trois kilomètres du village.

Être enseignante sous une paillote
A côté des deux salles de classes construites en 2014 par les habitants du village, se dresse une paillote. Des murettes construites avec des parpaings en terre (sous ladite) y ( paillote) servent de tables bancs aux ecoliers. C’est la salle qui accueillera cette année scolaire la première et la deuxième année que tiendra Mme Dramé.

Depuis son arrivée à Cabana, cette bonne mère engagée fait tout pour maintenir allumer le flambeau de l’éducation dans ce village. Elle motive, à chaque occasion, ses deux collègues qui l’assistent. Ensemble, ils font tous pour maintenir leur école en vie. «On se débrouille comme on peut, c’est la réalité », commente Mme Dramé, sans un brin de plainte. Elle ajoute que les conditions difficiles de vie et de travail sont vite oubliées avec l’assiduité des élèves aux cours. «Malgré les conditions difficiles, c’est nous-mêmes qui essayons de sensibiliser les élèves. Et quand ils viennent, nous sommes déjà contents, c’est notre objectif. Les élèves manifestent de l’engouement. Leur niveau est appréciable. Cela est une fierté pour nous».
Loin de toutes les commodités que lui offre la ville et la nostalgie de ses enfants, Mme Dramé s’est adaptée à  » sa vie de campagne. » «Ce qui me fait tenir, c’est la conscience professionnelle. Une fois qu’on a opté d’être un enseignant, il faut s’attendre à tout. Parce qu’on aime le métier, on a le devoir de travailler sinon on est grondé par sa conscience. J’aime ce que je fais ».

Un bon modèle pour la nouvelle génération

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Elle ajoute : « Je suis engagée parce que je veux soutenir l’avenir de ce village. Les enfants d’ici n’ont rien fait pour mériter cette condition. Je serais toujours là pour soutenir le village car je suis aussi le fruit du système. J’ai su surmonter les difficultés et c’est à mon tour d’aider les autres».
Selon Mamadou Fomba, un habitant du village, Mme Dramé Aminata Diarra est une enseignante courageuse. « Si vous voyez les conditions dans lesquelles elle travaille avec ses élèves et son équipe, c’est vraiment encourageant. Elle se débrouille pour maintenir les enfants dans les classe malgré les difficultés quotidiennes », rappelle-t-il.
A la question de savoir ce que pense son mari de son travail, elle répond tout en souriant:« Après avoir étudié, il faut travailler. Il a compris cela, m’encourage et me soutient. C’est lui ma première source de motivation ».

Concernant sa rétribution, ce produit du Charp (courte formation diplômante pour enseigner), elle explique qu’ils n’ont pas de problèmes particuliers, car la collectivité s’en charge.
Elle incite les autorités à plus d’investissement dans le secteur de l’éducation. «L’éducation est le moteur de développement d’un pays. Investir dans l’éducation est le meilleur des placements, car la nation la plus riche et la plus puissante au monde est celle qui regorge de plus de ressources humaines qualifiées et efficaces », indique Mme Dramé.

Sory I. Konaté
15 Septembre 2016
©AFRIBONE