Partager

L’entrepreneuriat jeune reste toujours confronter à de nombreuses difficultés au Mali. Malgré cette situation, il y a des centres d’accompagnement des startups qui font leur possible afin de mieux les jeunes entrepreneurs au Mali. Mme Doumbia Ramata N’Diaye, directrice associée à Impact Hub Bamako, en charge des programmes et des partenariats, nous a accordé un entretien au cours duquel elle nous donne plus d’informations sur ledit secteur. 

– Quelle analyse faites-vous du secteur de l’entrepreneuriat malien ? 

DRN: L’entrepreneuriat au Mali, souvent, c’est une piste qui est envisagée en second plan. Généralement, on devient entrepreneur par dépit parce qu’on n’a pas trouvé de travail. J’ai un cousin qui fait de l’aviculture, ça marche pour lui, sans aucune expérience et connaissance (background) du secteur d’activités, on se lance. Et souvent, c’est un échec parce qu’on n’avait pas toutes les informations au départ. On se retrouve entrepreneur par dépit, on est découragé et on abandonne. Malheureusement, c’était le schéma classique, mais de plus en plus le secteur est redynamisé avec l’apparition des centres d’accompagnement dont Impact Hub Bamako. Nous nous sommes en activité depuis 2016. Nous appartenons à la faîtière des incubateurs, qui regroupent à son sein toutes les structures d’accompagnement du Mali. On appartient à un réseau international qui est Impact Hub global, considéré comme le plus réseau mondial d’incubateurs d’entreprises sociales. 


Quelle est la particularité de votre structure pour l’épanouissement du secteur entrepreneurial au Mali ? 

DRN: Notre valeur ajoutée pour le développement de l’écosystème entrepreneurial malien, c’est tout d’abord notre réseau. Nous sommes la toute première implantation du réseau Impact Hub Global. Rien qu’en Afrique, il y a Impact Hub Dakar, Kigali, Johannesburg, Abidjan, et dans beaucoup d’autre pays. À travers le monde entier, on a plus de 100 Hub et plus de 17 mille membres actifs. On a un réseau qui est très grand, qui permet une expansion aux entrepreneurs. Parce qu’on se rend compte que souvent quand la startup commence à se débrouiller, elle a quelques marches. Mais elle est souvent confrontée à ce qu’on appelle le plafond de verre. L’entreprise produit, mais elle ne peut pas écouler sur tout le marché. Notre réseau vient compléter cela. Au-delà d’Impact Hub Global, nous appartenons au réseau Afrilab, qui est le regroupement des Hub -Tec d’Afrique. Il regroupe des incubateurs de plus 37 pays en Afrique. Et ce réseau aussi vient s’ajouter au réseau Impact Hub Global. Localement, nous appartenons à la faîtière des incubateurs. Nous avons beaucoup de collaboration avec l’Agence pour la promotion des investissements au Mali. Nous travaillons avec la chambre de commerce. Nous avons une relation très particulière avec l’organisation des jeunes patrons du Mali et le rassemblement des entrepreneurs de l’Afrique de l’Ouest (REAO). Vraiment, notre réseau fait notre valeur ajoutée. On apporte toute cette expertise aux entrepreneurs afin qu’ils puissent avoir des partenariats soit avec d’autres pairs qui font la même chose, soit des mentors, coachs, ou des investisseurs potentiels ou tout simplement des clients potentiels. Nous nous amenons les entrepreneurs à se différencier de ce qui fait déjà sur le marché en apportant une touche d’innovation. 

Selon vous, quelles sont les pistes de solutions pour mieux redynamiser le secteur ?

DRN: L’écosystème entrepreneurial malien est assez naissant. Il y a beaucoup de choses qui manquent vraiment. Il n’y a pas les régulations qu’il faut. L’Etat a commencé à mettre en place des initiatives de plus en plus dans ce sens. Par exemple : on sait que l’Etat malien a voté startup Act, une loi qui a été co-créée par tous les acteurs de l‘écosystème afin que cette loi puisse protéger les startups. Tout le monde se dit startup. On voit des entreprises qui ne sont pas forcément des startups, mais qui se disent startups. Des législations dans ce secteur peuvent non seulement aider les centres d’accompagnement de ces startups et les startups elles-mêmes. Par exemple en faisant des lois pour les impôts, la création de leur entreprise, en leur aidant à choisir le statut juridique qui leur convient. Il faut aussi des financements. C’est quelque chose qui est vraiment important, mais les banques ne prêtent pas aux startups. Par définition, ce sont des entreprises à risque, qui sont très petites, qui débutent. Et les banques ne veulent pas prendre de risque. Il y a des financements alternatifs dans beaucoup d’autres pays comme le financent participatif, qu’on appelle le craft funding, la prise de participation. Il y a beaucoup d’autres financements alternatifs dont l’entrepreneur malien lambda n’est pas au courant. Il serait bien de vulgariser ces solutions-là de telle sorte que tout le monde les sache. Et cela passe vraiment par la fréquentation de centres d’accompagnement, des centres Hub qui mettent des programmes de renforcement de capacités à la disposition de ces entrepreneurs. Des centres qui font notamment de la mise en relation afin qu’ils aient des investisseurs potentiels ou tout simplement des centres qui permettent aux entrepreneurs de tester les solutions. On les aide à avoir un prototype pour voir si cela marche. S’il y a des feedbacks positif et par la suite, on peut développer cela. 

Jacques Coulibaly

@Afribone