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C’est sans grande surprise que les Maliens ont appris le départ de Mme Bah Fatoumata Néné Sy du Gouvernement par un décret présidentiel signé, vendredi 4 avril, sur proposition du Premier ministre et diffusé, le même jour, sur les ondes de l’ORTM.

En effet, la sortie de la désormais ex-ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce a été précédée pratiquement d’un lynchage médiatique, exécuté de main de maître par des journaux de la place qui n’ont eu cesse de tirer à boulets rouges sur  » l’incompétence de Mme Bah Fatoumata Néné Sy, qui ne maîtrise aucun dossier de son département « .

Plus assassins, certains n’hésitaient même pas à laisser entendre qu’elle prenait ses décisions auprès de son homologue des Finances, Abou Bakar Traoré, pourtant, dépouillé de larges prérogatives – il cumulait l’économie et les finances en sa faveur.

Cependant, à sa nomination dans le gouvernement Modibo Sidibé mis en place le 3 octobre 2007, elle jouissait d’un préjugé plutôt favorable. À en juger, en tout cas, par son CV d’où transparaissait une riche carrière dont l’essentiel s’est déroulé au siège de la Banque Mondiale, à Washington, où elle a été nommée en 2002 Conseillère au sein du Conseil d’administration et Administratrice des programmes de développement pour le Mali, avec responsabilité dans la gestion et le suivi du programme de coopération entre notre pays et l’institution de Bretton Woods. C’est, peut-être, au regard de ce profil de technocrate que Modibo Sidibé avait jeté son dévolu sur elle.

A l’ouvrage, on reconnaît l’artisan, dit l’adage. A la pratique, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’à côté de réelles difficultés de communication, Mme Bah Fatoumata Néné Sy a pu réaliser le tour de force de se faire le maximum d’ennemis autour d’elle en étalant, au passage, sa piètre connaissance des réalités maliennes. Elle aura, en fait, montré de graves carences dans la gestion des hommes.

La goutte d’eau qui aura fait certainement déborder le vase, c’est l’incapacité dont elle a fait preuve dans la mise en oeuvre des mesures destinées à amortir le choc de la cherté de vie, consécutive à la flambée mondiale des prix du pétrole et des produits de première nécessité : riz, huile, lait et sucre. Une situation qui a mis à rude épreuve plus d’un gouvernement africain avec à la clé des marches de protestation et des troubles sociaux de tous ordres : Mauritanie, Burkina, Cameroun, Sénégal, Côte d’Ivoire…

Le département de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce est, en réalité, un super ministère qui exige de la gestion, à la fois stratégique et opérationnelle. Il manage les affaires de l’industrie et du commerce, deux mondes pas du tout faciles à manœuvrer et souvent contradictoire.

Matière grise du gouvernement en matière de politique de développement, c’est ce même département qui doit être la tour de contrôle de l’économie malienne et « penser » les voies et moyens à dégager pour que l’ambition du Projet de développement économique, social (PDES) soit une réalité : faire du Mali un pays véritablement émergent à l’horizon 2012.

Le titulaire d’un tel portefeuille doit être quelqu’un qui est doté, à la fois, d’un rein solide et d’un quotient intellectuel au-dessus de la moyenne. A la lumière de sa trajectoire, nous osons faire bénéficier à son successeur, Amadou Abdoulaye Diallo, du même préjugé favorable. A lui d’apporter la preuve de sa capacité.

D’abord, en s’attaquant au problème brûlant de l’heure : la cherté de la vie. Faire preuve, ensuite, de pragmatisme et d’imagination en dotant, au-delà des équilibres macroéconomiques si chers aux institutions de Bretton Woods, l’économie malienne d’un tableau de bord, sans cesse réajusté, pour valoriser – produire et transformer – ses immenses potentialités (agricoles et minières notamment) afin de lui assurer un taux de croissance, pourquoi pas à deux chiffres. Condition sine qua non pour réduire, de façon significative, la pauvreté dans notre pays.

Yaya SIDIBE

Yayasidibe@yahoo.fr

07 avril 2008.