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Le week-end du 23 au 24 février dernier a été des plus agités dans la communauté malienne de Cote d’Ivoire. Pour cause, la mission du Ministre Macalou, qualifiée ici «d’opération Kamikaze», qui consistait à imposer le Président sortant Ousmane Tanapo (il prétend être «grand frère» du Président ATT), contre la volonté populaire a failli tourner au drame. Des milliers de jeunes survoltés ont menacé d’incendier la Chancellerie et d’enlever le ministre si Tanapo était maintenu de force à la tête du Conseil des Maliens de Côte d’Ivoire.

La journée du dimanche 24 Février a été celle de tous les dangers à l’Ambassade du Mali en Côte d’Ivoire. L’heure était au renouvellement des instances du Conseil des Maliens de Côte d’Ivoire (CMCI).

De mémoire de Malien résidant dans ce pays, notre Chancellerie n’avait jamais vécu pareil déchaînement de la haine de nos compatriotes contre leurs autorités.
Au terme de trois jours de tractations, exténués, les milliers de Maliens vivant à l’intérieur du pays, invités par leurs candidats, attendaient impatiemment le résultat final qui sortirait de la salle de conférence, nichée au 1er étage de l’imposant bâtiment de l’Ambassade du Mali.

De 11 heures à 17 heures, le consensus à huis clos, demandé par le ministre sur fond de haute tension, ne donnera rien. Le Président sortant ayant adopté une position catégorique, n’acceptant aucun schéma de sortie de crise sans lui-même à la tête du CMCI, tandis que les autres candidats à savoir Hamet Diawara et Camara Mahamadou qui voulaient une sortie honorable avec un poste de Président d’honneur.

Dès lors, les positions vont se durcir entre les protagonistes et la volonté du Ministre de faire le consensus autour de Tanapo échoua lamentablement. Macalou n’obtiendra pas à huis clos ce qu’il n’a pu obtenir avec la commission qui l’attendra jusqu’à 22heures après un constat d’échec sur toute la ligne.

Malgré les différentes contributions apportées par les anciens – les jeunes étaient dans une logique du «Tout sauf Tanapo » – la mission du ministre fut un véritable fiasco. Macalou viendra lui-même confirmer à l’assistance son incapacité à repartir avec un nouveau bureau du CMCI à Bamako : il était 22h30mn.

Le dimanche de tous les dangers

Tanapo, on ne veut pas ! Vive Tanapo… ? Vive Hamet Diawara… !

C’est dans un vacarme indescriptible que les hostilités ont commencé très tôt ce Dimanche à l’Ambassade du Mali. Des minis cars débarquaient par centaines de jeunes gens partisans de différents candidats, gonflés à bloc pour influencer les débats qui n’avaient pu aboutir la veille.

Le camp du collectif des grandes structures associatives avec comme slogan « Tout sauf Tanapo », accusait la délégation ministérielle de vouloir imposer le Président sortant contre la volonté de tous. Du coté de ce dernier, les milliers de nos compatriotes transportés de l’intérieur pour valider sa mascarade ne voulaient pas se laisser faire. Mais très vite, ceux-ci seront noyés dans le flot de jeunes supporters de Diawara. Les deux camps vont jouer à se faire peur en disant : « Nous allons brûler l’Ambassade si on nous impose Tanapo. Nous voulons la peau du ministre, il est arrivé avec une idée en tête, nous ne voulons pas. S’il insiste il ne sortira pas de ce bâtiment ! », scandaient-ils.

Finalement, malgré la fracture de la porte de la salle de conférence et de celle du bureau de l’Ambassadeur, il y eut plus de peur que de mal. Le ministre lui-même qui voulait raisonner les jeunes excités a été rudoyé.

Cette mission du ministre Macalou a été vraiment une bévue, pour plusieurs raisons. De l’avis général, la première raison de son échec a été le mauvais choix de certains éléments de sa délégation, principalement la présence d’un certain Amadou Soulalé, conseiller du ministre à Abidjan. Ce dernier qui a pris fait et cause pour Tanapo, au cours de toutes les missions qu’il a conduites à Abidjan, était celui que tout le monde avait à l’œil.

C’est lui qui a organisé les élections du 2 Octobre 1997 qui ont permis à Tanapo de battre son challenger du jour Faran Diarra. C’est encore lui Soulalé qui fut désigné à plusieurs reprises après la conférence nationale, pour renouveler le Bureau du CMCI d’Abidjan sans succès. A chacune de ses missions, aux dires de la grande majorité de nos compatriotes d’ici, Tanapo lui aurait proposé, à chaque fois, son maintien contre une forte récompense.

Un proche de Soulalé qui a requis l’anonymat aurait appris du conseiller du ministre lui-même qu’il devait toucher la rondelette somme de cinq millions à partager entre lui et un fonctionnaire de l’Ambassade en cas de victoire de Tanapo lors de cette mission.

Le ministre visiblement ignorait tous ces coups fourrés de son cher conseiller, à tel point qu’il s’opposait énergiquement à tout ce qu’on lui reprochait, en disant dans la salle : «Un homme haut placé à Bamako m’a déconseillé de mettre Soulalé dans ma délégation pour Abidjan, mais j’ai refusé d’écouter ces ragots parce que je suis seul responsable de mes choix pour la composition de mes délégations… ». Etait-ce par solidarité professionnelle où par complicité ?

La deuxième raison de la déroute du ministre à Abidjan s’explique par sa méconnaissance du terrain. La Côte d’Ivoire abrite, à elle seule, plus de la moitié des Maliens vivant à l’étranger (avec environ 3 millions de nos compatriotes).

Au lieu de rester à son hôtel pendant toute la journée du vendredi 22 Févier, il allait beaucoup gagner en suivant les travaux du premier jour qui ont été très déterminants dans la suite des événements. En effet, c’est ce jour là, qu’avec la complicité de certains fonctionnaires de la chancellerie et de la délégation que Tanapo a pu valider plus de 200 associations fictives pour avoir un électorat large afin de noyer ses concurrents.

Ces raisons conjuguées à d’autres circonstances ont obligé le ministre à abdiquer sous la pression populaire.

Après son échec face à ses concurrents, le dimanche dernier, le président sortant s’est envolé pour Bamako. Il aurait confié à ses proches qu’il n’entend pas rester là. Selon ces sources, il va demander à son frère ATT de faire quelque chose pour lui éviter une sortie humiliante du fauteuil du CMCI. L’homme serait allé jusqu’à dire que même s’il faut qu’il soit maintenu par décret présidentiel, cela se fera.

Ce que les trois journées folles de la semaine dernière ont permis de voir à Abidjan donneront certainement à réfléchir avant la prise d’une quelconque décision concernant le renouvellement des instances du Conseil des Maliens de Côte d’Ivoire CMCI. Plus jamais ça à Abidjan.

De GILDAS, Correspondant à Abidjan

28 Février 2008.