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Pour la couverture de sa visite à Alger et à Paris qu’il a entamée hier mardi, le chef du gouvernement malien, Cheick Modibo Diarra, a imposé à l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (ORTM) une jeune journaliste présentatrice à un journaliste expérimenté désigné par Bozola. Une première dans notre pays.

Nommé le 17 avril 2012 pour conduire le gouvernement de transition, le Premier ministre Cheick Modibo Diarra ne fait que s’emmêler les pinceaux. Depuis sa bourde après l’agression du président de la transition, le navigateur interplanétaire multiplie les maladresses. Alors que la reconquête de l’intégrité territoriale du Mali, l’organisation d’élections libres et transparentes, la relance économique sont des tâches déjà difficiles à réaliser, le Premier ministre ouvre des conflits de compétences sans en avoir l’air.

Ignorant sa feuille de route, Cheick Modibo Diarra vient de surprendre plus d’un en intervenant dans le choix du journaliste (envoyé spécial) devant couvrir sa visite à Alger et Paris. L’homme de la Nasa a quitté Bamako hier mardi dans l’après-midi pour Alger et Paris où il s’entretiendra avec les autorités de ces pays sur la crise au Mali.

Pour la couverture de l’événement, la direction de l’ORTM avait désigné un journaliste expérimenté de renom et un cameraman. Mais quelle ne fut la surprise de Bozola de recevoir des injonctions du Premier ministre d’ajouter à la mission une jeune journaliste présentatrice de son choix.

Le pot aux roses a été découvert lorsque le journaliste, envoyé spécial officiellement désigné par la direction de l’ORTM, s’est rendu lundi au consulat de la France à Bamako pour l’obtention du visa. Il lui a été signifié qu’il n’a pas son nom sur la liste. Toutefois, le nom du caméraman est resté maintenu et son problème de visa ne s’est pas posé.

Surpris, l’envoyé spécial désigné par Bozola est retourné sans piper mot. Confus par cette situation pour le moins cocasse, une grande première, l’ORTM s’est rabattu sur son ministre de tutelle (ministre de la Communication, de la Poste et des Nouvelles technologies, porte-parole du gouvernement) afin qu’il explique au Premier ministre que ce n’est pas de cette manière qu’il est procédé aux choix des envoyés spéciaux. Mieux, le ministre a fait savoir au chef du gouvernement qu’il pouvait amener la jeune présentatrice mais à titre privé ou comme invitée.

Rien n’en fit, le PM n’ayant pas reconsidéré sa position. Finalement, c’est la journaliste imposée par le Premier ministre qui est de la partie et non l’envoyé spécial désigné par l’ORTM. Quelle mouche a piqué Cheick Modibo Diarra pour tomber dans de tels travers ? N’a-t-il pas d’autres occupations que des petites considérations de ce genre ? Depuis quand une personnalité de son rang intervient dans la désignation d’un envoyé spécial du moins à visage découvert ?

Tout finira par se savoir, car même les murs ont des oreilles.

Mohamed Daou

Les Echos du 13 Juin 2012