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Les travailleurs de la caisse de micro finance Misselini et leur direction ne parlent plus le même langage. La suspension du projet de financement de 200 milliards de F CFA de Global Project Consulting, qui s’est révélée comme une grande entreprise d’escroquerie est à l’origine de ce climat délétère.

Les 88 agents de Misselini réclament la tête de leur directeur, Boubacar Diakité. Dans ce sens, ils ont adressé le 8 février 2012 une pétition à la présidente du conseil d’administration (PCA). Le mouvement d’humeur s’est durci les 13 et 14 février avec des sit-in suivis d’arrêts de travail. Les travailleurs ont même empêché le DG d’accéder à son bureau dont ils ont retiré les clés. L’intervention de la police et l’interpellation des meneurs ont évité de justesse le lynchage du directeur qui a pu prendre possession de son bureau.

C’est dans ce climat tendu à Misselini, l’une des rares caisses qui tient encore malgré quelques tensions de trésorerie, que la présidente de son conseil d’administration accompagnée de deux de ses collègues et le DG, ont rencontré la presse le samedi 18 février. L’objectif était d’expliquer les raisons de la crise.

Bamoussokoro Soumaoro, la PCA, a affirmé qu’après avoir écouté les travailleurs et leur directeur, ils sont revenus à la conclusion de ne pas démettre le DG. Les membres du conseil d’administration et le DG ont été, selon la PCA, copieusement insultés par les grévistes qui ont fini par cadenasser le bureau du DG.

Bamoussokoro Soumaoro accompagnée de Mmes Fily Traoré, Dembélé Massaran Coulibaly et le DG Boubacar Diakité ont pointé un doigt accusateur sur un certain Abraham Tony Diawara, correspondant au Mali de Global Project Consulting. Celui-ci, qui serait proche parent du chef du personnel de Misselini, s’était entendu avec les responsables de la caisse au mois de décembre 2012 pour un financement de 200 milliards de F CFA avec une contrepartie de 5 %, soit 10 milliards de F CFA à verser au préalable alors que les besoins réels de financement de Misselini s’élèvent à 3 milliards de F CFA.

Arroseurs arrosés ?

Le DG de Misselini, qui ne se doutait de rien, dit avoir fait une demande de preuve de fonds à travers une banque partenaire en France à la filiale de Global Project Consulting en Belgique. Ce contrôle a découvert le pot-aux-roses. La structure d’Abraham Tony Diawara s’est révélée une société d’escroquerie internationale avec des ramifications en Belgique. Elle avait noué des contacts avec plusieurs autres partenaires de la place et une femme opératrice économique a aussi failli mordre à l’hameçon.

Le DG de Misselini qui s’est rendu compte de la supercherie a alors refusé de verser les 10 milliards de F CFA demandés par M. Diawara malgré son insistance. Celui-ci, qui avait fait des promesses mirobolantes aux travailleurs (en leur promettant des doublements de salaires, des véhicules et maisons), a remonté ces derniers contre le DG accusé de s’être opposé à leurs intérêts et celui de Misselini.

La direction de Misselini, avec l’aval du conseil d’administration, a envisagé une autre piste de recapitalisation de la caisse. Le groupe des prêteurs constitué de toutes les banques (locales et étrangères) qui prêtent actuellement de l’argent à Misselini a préconisé un audit de portefeuille avant tout financement.

Ce travail exigeait la mise à disposition des documents comptables et financiers. Selon M. Diakité, l’audit du portefeuille s’est buté au refus du Daf et de quelques cadres opposés à cette forme de recapitalisation et mécontents de la rupture de la convention avec Global Project Consulting. La direction de Misselini n’a pu avoir les documents qu’avec l’intervention de l’Association professionnelles des institutions de microfinance (Apim).

Les femmes qui disent avoir monté de leurs propres mains Misselini, dirigé par M. Diakité depuis 2008 avec 32 caisses et plus de 30 000 sociétaires, ont renouvelé leur confiance au DG. Elles ont réservé une fin de non-recevoir à la convention de Global Project Consulting et soutenu la mission d’audit du groupe des prêteurs.

« L’audit est obligatoire pour le refinancement de Misselini qui connaît la crise », a affirmé la PCA, Mme Bamoussokoro Soumaoro.

Abdrahamane Dicko

Le 20 Février 2012