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Jadis quartier périphérique oublié de Bamako, Missabougou est de nos jours une zone convoitée où la spéculation foncière fait rage.
Missabougou, en Commune VI, était à l’origine un quartier spontané sans eau potable ni électricité. Il est devenu ces derniers temps un quartier huppé avec des villas cossues et le terreau fertile de la spéculation foncière. Les 95 hectares attribués aux victimes des inondations du quartier n’ont pas échappé à la furia des spéculateurs fonciers.

Le gouverneur du district, Ibrahima Féfé Koné, dont le nom est cité dans la mafia foncière dans le district de Bamako, est depuis quelque temps sur la sellette. La première autorité administrative de la capitale est accusée par les propriétaires des 95 ha d’avoir ré-attribué leurs parcelles à de plus nantis.

La décision du gouverneur a été attaquée devant le Tribunal administratif qui l’a annulée, il y a quelques jours. Cette information avait été portée à la connaissance du chef de l’Etat au cours de sa conférence de presse du 8 juin par notre confrère, Bassidiki Touré, directeur de publication du « Guido« .

ATT, au courant de la spéculation foncière à Bamako et particulièrement à Missabougou a fait remarquer que des gens font tout pour créer des litiges aux fins d’être dédommagés. Il a pris le cas de certains propriétaires fonciers qui construisent près des sites des ouvrages publics en espérant être dédommagés en cas de casses pour utilité publique.

Plus de 200 millions C FA pour un seul

La ruée sur le quartier de Missabougou et une partie de Yirimadio secteur I s’explique aujourd’hui pour deux raisons : le chantier de l’hôpital du Mali qui sera réceptionné le 22 septembre 2010 et la construction prévue de l’autoroute qui devra le relier à la voie principale du stade du 26-Mars.

A peine deux mois après la décision prise par le conseil des ministres de faire une autoroute deux fois deux voies, des chantiers ont commencé à pousser comme des champignons sur le chemin qui mène au nouvel hôpital et ses alentours immédiats. En plus des terrains nus sont proposés à la vente à des prix prohibitifs.

Les promoteurs de chantiers savent que les ouvrages qu’ils construisent sciemment dans l’emprise de la voie ne seront pas épargnés par la nouvelle route qui fera environ 30 mètres de large. Mais ils caressent le désir de gagner beaucoup d’argent avec l’Etat en agissant de la sorte.

La construction du 3e pont Mali/Chine à Missabougou a fait monter de l’eau à la bouche des populations de ce quartier. Les dédommagements pour les 83 membres du collectif des déguerpis de Missabougou ont coûté plusieurs centaines de millions de F CFA au Trésor public. Les primes de dédommagements gonflées par la complicité des agents de l’urbanisme ont atteint des sommes faramineuses. Le président du Collectif, Karim Sangaré, s’est tapé à lui seul 205 millions de F CFA.
L’appétit vient en mangeant, dit l’adage. La spéculation foncière qui est devenue un sport dans le district de Bamako a de beaux jours devant elle à Missabougou.


Abdrahamane Dicko

17 Juin 2010