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La démolition de concessions se poursuit à Missabougou. Les victimes, qui ne savent plus à quel saint se vouer, continuent de pleurer leurs malheurs sous le soleil et la pluie.

En principe, il est du devoir de l’Etat de secourir les sinistrés. Au Mali, c’est tout le contraire. En tout cas, à Missabougou en Commune VI,le déguerpissement, à travers la démolition des concessions illégales, se fait au moment de l’annonce de l’hivernage, exposant aux intempéries des populations, pour la plupart, démunies.

« Le pauvre ne peut rien. Nous sommes sous le soleil et la pluie depuis le samedi. Je suis un chef de famille qui vit avec sa mère et ses frères. Si on me propose de payer un autre terrain, de construire ensuite, je ne le pourrais. Je n’ai pas d’arme sinon, j’allais sacrifier mon âme », pleure Madou Diarra. Chauffeur mécanicien dans son état, il ajoute que c’est le chef du village qui lui avait vendu le terrain en complicité avec des maires. « Il m’a dit de construire vite ».

« Je n’ai rien qu’une maison qui a été démolie. Je veux que les autorités aient pitié de nous. Qu’elles nous donnent au moins un endroit où loger. Si je parle plus, je vais pleurer. Que les autorités aient au moins pitié de nous les pauvres », implore Mamou Diawara, une vieille dame, qui s’est débrouillée à se faire loger sous un hagard avec ses deux petits-fils, âgés de 5 ans.

La colère de cette vieille dame n’est apparemment rien à côté de celle de Moussa Sacko, menuisier dans son état qui, après des années de durs labeurs en Côte d’Ivoire, est venu investir toutes ses économies dans une maison à Missaboubou. Il y vivait avec sa femme et ses six enfants jusqu’à samedi dernier où sa maison a été démolie.

« J’ai acheté la parcelle à 600 000 F CFA avec l’argent que j’ai gagné. C’est un agent de la mairie qui me l’a vendu et j’ai ensuite construit cinq chambres sur la parcelle. Aucun responsable de la mairie n’est venu nous soutenir même moralement à plus forte raison nous proposer une zone de recasement. Ma famille est logée maintenant par un voisin », explique M. Sacko.

Avec la flambée des prix, M. Sacko a du mal à nourrir sa famille a fortiori louer un local. C’est pour cette raison qu’il est resté dehors avec sa famille après l’anéantissement de sa concession. « Je ne suis qu’un simple menuisier, quand est-ce que j’aurai l’argent pour construire une autre maison pour ma famille ? » s’est-il interrogé.

Des voleurs s’en mêlent

Au Mali, les pauvres ont toujours tort. Sinon, la responsabilité de l’occupation de la zone de Missabougou ne relève pas des seuls citoyens dont les maisons sont en train d’être démolies. Alassane Diarra, chauffeur : « On dit qu’on a occupé inégalement la zone alors que nous ne nous sommes jamais cachés pour construire nos maisons. Mon terrain m’a été vendu en 2001 par le chef du village.

Nous avons acheté nos parcelles sur la base d’un plan de lotissement du maire. Avant la démolition, nous avons été recensés à la mairie. Lors du recensement, le maire nous avait dit que nous ne serions pas concernés par la démolition, hélas ! »

En voyant le Bulldozer entrer sans rémission dans leurs maisons sous leurs yeux, beaucoup de personnes ont piqué une crise. D’autres sont tombés malades et demeurent jusqu’à présent hospitalisés, affirment des sources.
« Là où nous sommes c’est grave. Je ne sais pas si je pourrais supporter le coup. Je loge encore chez moi car mon tour n’est pas encore arrivé.

Cette maison de quatre chambres a été construite par mon fils qui est un handicapé physique et orphelin. Le chef du village lui a vendu la parcelle sans lui donner de papier. Il s’est débrouillé à construire une maison. J’ai aménagé dans la maison le 22 septembre dernier. Si je quitte ici, je ne pourrais pas prendre une maison en location.

Comment vais-je payer cela ? Je serai alors obligé de rester dehors avec mon fils. En plus de la pauvreté, des maladies, nous voilà sans abris. Je veux que les autorités aient pitié des pauvres. On n’a pas d’autre moyen de construire », se lamente Coumba Koné, une vieille dame, âgée de plus de 60 ans.

L’opération démolition a ouvert un marché aux voleurs à Missabougou. Les tôles des personnes, qui ont quitté leurs maisons pour laisser place aux engins de destruction, sont volées avant qu’ils aient le temps de les ôter. Les larcins se multiplient à l’infini… En plus des déceptions, les délogés de Missabougou font face à l’insécurité.


Sidiki Doumbia

et Sètè Traoré

(stagiaires)

15 Mai 2008