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Depuis une dizaine de jours, le peuple malien a constaté que les groupes armés rebelles ayant signé avec le gouvernement d’IBK le 20 juin 2016, un Accord dit Alger pour la paix et la réconciliation ont suspendu leur participation au Comité de Suivi de l’Accord (CSA). Si la 8 ème réunion du Comité de Suivi de l’Accord s’est achevée le 26 avril en queue de poisson, en ce qui concerne la mise en place des autorités transitoires, les mêmes groupes se sont plaints de la mauvaise foi du gouvernement le 20 mai 2016 dans sa volte-face consistant à retirer du processus le document subsidiaire fixant les modalités d’installation des autorités transitoires.
La CMA et la Plateforme constatent que la démarche consensuelle qui a prévalu au pilotage du processus de paix a été par la suite abandonnée par le gouvernement, au profit d’un pilotage unilatéral, contrairement à la convention subsidiaire signée le 11 avril 2016 par toutes les parties.
Le gouvernement est aussi accusé d’avoir pris un décret et élaboré un protocole d’entente sans associer les deux autres parties, tout en ignorant selon les rebelles les dispositions essentielles de l’Accord
Concernant ce volet, il y a eu une levée boucliers des ressortissants des régions du nord et la diaspora pour dire haut et fort que les groupes armés ne nous représentent pas et ils n’ont aucune légitimité à décider à notre place.
Par conséquent suite à ce malentendu, la CMA et la Plateforme se sont retirées du processus de paix, tout en menaçant le gouvernement de représailles, si jamais rien n’est fait pour débloquer la situation d’ici juin 2016.
Cette situation a eu comme conséquence le blocage du processus de paix, et la ruée des dirigeants rebelles vers l’Algérie jouant le rôle d’avocat pour le Mali et d’arbitre contre la souveraineté du Mali, pour de nouvelles concertations dans le but de faire plier encore le gouvernement du Mali.
Entre temps, la CMA et la Plateforme mettent leur complot en exécution, pour rendre ingouvernable les Régions du nord.
Ce week-end cinq soldats maliens et cinq casques bleus togolais de la MINUSMA sont tués, et plusieurs autres soldats blessés dans la zone d’Ansongo et d’Aguelhoc.
Le 22 mai dernier pour rappel, un convoi de la MINUSMA voyageant de Sévaré à Dioura été pris en embuscade par des hommes armés non identifiés à 22 Km au sud de Tenekou dans le Région de Mopti. En établissant le bilan des dégâts, on dénombre 180 attaques en 17 mois, 603 morts et 302 blessés entre début janvier 2015 et fin mai 2016. La stratégie est connue. On enterre des mines avant le passage des cortèges. Aussitôt après que les véhicules aient explosé sur les dites mines, il s’en suit des fusillades de la part des assaillants embusqués, ou c’est Ag Yad qui revendique ces attaques.
Le 11 mai 2016, un Colonel de l’armée malien a été tué par l’explosion d’une mine, suivie de fusillade après Hombori. Le nord devient par conséquent sanglant, comme annoncer par les rebelles.
Ouvrons bien les yeux et ayons le courage de la dire : si la CMA veut bien s’inscrire dans la logique d’une paix durable en rejetant toute idée de séparation ou de revendication maximaliste, le problème du Nord du Mali sera résolu. Mais ses rapports supposés ou réels avec son ancien leader Iyad risquent de compliquer ses relations avec tous ses partenaires qui ne manqueront pas de la suspecter quelle que soit sa bonne foi. Autre constat non moins anodin ; les vrais leaders de la CMA ne s’affichent jamais quand il s’agit de prendre des décisions à caractère solennel et qui les engagent devant leurs compatriotes.
Ils ne signent jamais, ils ne se prononcent jamais en public sur des questions d’ordre national ou international. Ils en laissent toujours le soin à leurs affidés et autres partenaires de circonstance qui sont bien dans leur rôle de seconds couteaux.
C’est à l’aune d’une hypothétique et franche posture de la CMA que la communauté internationale et tous les Maliens épris de paix auront le temps de faire face à un ennemi commun qui se manifeste dangereusement sur le terrain et sous tous les visages. Le manque de concertations nationales sur la question a été une mauvaise chose pour le régime d’IBK. Il provoque aujourd’hui un blocage pour la mise en œuvre de l’Accord d’Alger.
Et si des concertations nationales avaient été organisées pour baliser le terrain des négociations d’Alger, comme réclamer par l’opposition républicaine le gouvernement allait partir à Alger requinqué par le soutien national et dicter sa loi sinon à défaut fixer des lignes rouges à ne pas dépasser.
Lorsqu’il était président de l’Assemblée Nationale (de 2002 à 2007), I.B.K a eu le courage de critiquer le premier accord d’Alger conclu en 2006 entre le gouvernement du Mali et la rébellion touareg dirigée alors par un certain Ibrahim Ag Bahanga. Il a été la seule autorité malienne à rejeter cet accord du fait que, selon lui, il fait trop de faveurs aux rebelles.
Les Maliens ont très bien apprécié cette prise de position de leur président de l’AN d’alors, même si ce dernier ne pouvait que se conformer à la position du Président de la République d’alors qui n’a pas trouvé à redire sur la teneur dudit accord. Ce son-là, autant d’actes qui ont forgé l’estime d’I.B.K auprès de ses compatriotes. Mais malheureusement, depuis son accession à la magistrature suprême de l’Etat en 2013, IBK semble donner aux maliens l’image d’un tout autre homme que celui qu’ils ont connu et qu’ils ont bien apprécié dans un passé très récent. En effet, depuis l’avènement d’IBK au pouvoir, le Mali est plongé dans une impasse qui ne dit pas son nom et de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer les errements du pouvoir d’Etat. La déception des Maliens va crescendo de jour en jour au rythme des scandales financiers, de la gabegie budgétaire, du népotisme qui éclaboussent régulièrement nos autorités. « L’honneur du Mali et le bonheur des Maliens » que le candidat Ibrahim Boubacar KEITA avait promis au peuple lors de la campagne électorale tardent à pointer à l’horizon, et franchement les Maliens n’y croient plus.
Les ressortissants des régions de Gao, Tombouctou et Mopti de toutes les communautés tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, ne peuvent plus s’accommoder de l’accord issu du processus d’Alger qui serait tout sauf inclusif. C’est l’adoption par l’Assemblée Nationale, de la loi pour la mise en place des autorités intérimaires qui a mis à nu, l’intention des pouvoirs publics de confier aux ex-rebelles la gestion politique des territoires du nord qu’ils ont conquis par le bout du fusil, et même là où la résistance a été plus forte que ces groupes armés. Au-delà de sa condamnation avec la dernière énergie de « la loi scélérate et anticonstitutionnelle votée le 31 mars 2016, instaurant des autorités intérimaires dans le nord du pays en faveur de groupes armés, qui sont allés jusqu’à renier leur nationalité malienne au profit de leur chimérique République de l’Azawad », le collectif des ressortissants des régions du nord a rejeté l’Accord à l’élaboration duquel ils n’ont été « associés ni de près ni de loin, ni consultés sur sa mise en œuvre. Ils l’ont rejeté donc en bloc ». Le collectif demande l’abrogation de la « loi scélérate » sur les autorités intérimaires et de « maintenir les Délégations Spéciales actuelles jusqu’aux prochaines élections ». Dans une lettre ouverte en date du 3 mars 2016, adressée au Président de l’Assemblée Nationale, et publiée par Malijet, les ressortissants des régions de Gao, de Tombouctou et de Mopti s’élèvent contre la nouvelle loi instituant des « autorités intérimaires » dans les régions du nord-Mali.
L’application de l’Accord d’Alger ressemble à la marche du caméléon, qui fait un pas en avant, puis prend du temps pour faire le second pour une question de prudence.
La plainte des ressortissants du nord a-t-elle été entendue par IBK ?
IBK aurait pu prendre son courage à deux mains et moins paniquer face aux français pour qu’il rentre honorablement dans l’histoire sur le bon pied. Malheureusement à cause de l’Accord, il rentrera dans l’histoire sur le mauvais pied.
Seydou DIARRA