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Si rien n’est fait rapidement, on pourrait assister à des affrontements entre populations de certains villages de la Préfecture, cercle de Yorosso, dans la région de Sikasso. Sont en cause les agissements du Préfet par rapport à l’élection des chefs de village.

En effet, bien que le ministre Kafougouna Koné ait demandé de surseoir à toute procédure d’élection des chefs de village, après celle des conseillers villageois, le Préfet Mamadou Yéro Traoré a décidé de passer outre cette instruction. La preuve : dans certains villages, il a imposé des personnes à la tête de certains conseils de villageois.

C’est le cas à Kifosso, où il a donné les pleins pouvoirs de Chef de village au neveu contre son oncle maternel qui brigue ce poste. Du coup, de Kifosso II à Makongo, en passant par Kalédougou II, Toro III, Torosso, Wakoni et Diaramana, la tension monte entre les villageois et le Préfet.

La succession ouverte

Après le décès de Katié Dao en 2005, le village de Kifosso II, dans la préfecture de Yorosso, devait procéder à la désignation d’un nouveau Chef de village. A cette succession ainsi ouverte, on avait enregistré deux candidatures. La candidature de Kléna dit Yacouba Dao, jeune frère de feu Katié Dao. Cette candidature n’est guère une surprise, quand on sait que depuis un siècle, cette famille dirige la chefferie du village.

Mais la vraie surprise viendra de Drissa Dao, l’autre candidat. En effet, il est un Dao, tout comme Kléna. Mais seulement, au village, l’on s’étonne qu’il brigue cette chefferie en même temps que celui-là même qui est son oncle maternel. Car, la mère de Drissa, à savoir Niégoro, est l’une des petites soeurs de feu Katié.

Autrement dit, Katié et Niégoro sont de même père, mais de mères différentes. Le père de Katié et celui de Kléna sont des frères. Malgré tout, le neveu veut empêcher l’oncle de devenir Chef de village. Dans son entêtement, Drissa Dao semble avoir le soutien de l’administration locale.


Le Sous-Préfet à la manœuvre

Le Sous-Préfet sortant, Moulaye Fassery Sangaré, avait pris une note de service pour confier les fonctions de Chef de village de Kifosso II à Drissa Dao. Comme pour signifier que c’est le Sous-Préfet qui nomme le Chef de village, et non les notables qui l’élisent, comme la loi le prévoit.

En tout cas, le choix du Sous-Préfet violait la volonté des villageois. D’abord, sur les sept conseillers qui composaient le village à l’époque, quatre soutenaient la candidature de Kléna Dao. Sans oublier aussi qu’il avait bénéficié du ralliement de la famille de Bougouzié Dao, un conseiller qui avait été accusé d’avoir pris 50 000 FCFA avec Drissa Dao, contre une promesse de soutien à sa candidature, alors que sa famille soutenait plutôt Kléna Dao. Dans ce cas, Kléna obtiendrait cinq conseillers, contre deux seulement pour son adversaire. Ce qui lui permet donc d’être élu.

Par ailleurs, si l’on tenait compte aussi des carnets de famille, c’est toujours Kléna qui était en tête avec 92 carnets, contre 66 pour Drissa Dao. Mieux, les vieux et les religieux de toutes confessions confondues affirmaient leur soutien à Kléna. Mais le Sous-Préfet, Moulaye Fassery Sangaré, ne semblait pas prêt à reconnaître ce fait majoritaire. Aussi prit-il une Note de service N°07-001 en date du 25 Janvier 2007, demandant à Drissa Dao de liquider les affaires courantes du village.

Une pétition contre Moulaye

Dans une pétition datée du 5 Février 2007, un collectif de Chefs de village de Kifosso II dénonça la note du Sous-Préfet. Les 161 signataires de la pétition dénonçaient, entre autres, la fraude, la non régularité et le non respect des textes. Car la loi dit qu’un Chef de village doit être choisi ou désigné par le conseil de village et non nommé par le Sous-Préfet.

C’est pourquoi, les pétitionnaires déclaraient :Nous demandons au Sous-Préfet le retrait et l’annulation de cette note de service qui a été remise à Drissa Dao clandestinement ,sans les populations laborieuses du village. Nous disons que le Sous-Préfet est le responsable des troubles dans le village. Nous disons non et non à la nomination de Drissa Dao à la tête du village ! Une note de service ne peut et ne pourra diriger un village”.

A l’époque, le comportement du Sous-Préfet avait été perçu comme un désaveu au Général Kafougouna Koné. En effet, dans une émission radio télévisée, le ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales demandait de surseoir aux nominations et à la création de village, jusqu’à nouvel ordre.

Alors questions : le Sous-Préfet, en se comportant ainsi, bénéficiait-il de la complicité de quelqu’un de haut placé au niveau de la préfecture ? Celle du Préfet ?

Le Préfet se découvre enfin

Le séjour de Moulaye Fassery Sangaré comme Sous-Préfet dans la préfecture de Yorosso a été écourté, puisqu’il est muté dans une autre localité. C’est après son départ qu’on semble découvrir la main invisible derrière. Seulement, à la différence de Moulaye Fasséry Sangaré, le Préfet a une autre méthode pour manœuvrer.

En effet, le ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales a donné des instructions pour le renouvellement des conseils de village. C’est ainsi que des assemblées générales des Chefs de village sont tenues dans diverses localités, sous la supervision des Sous-Préfets et des Maires.

Les Chefs de famille ont participé à ces assemblées générales en qualité d’électeurs, pour élire les conseillers du village. L’élection se fait par consensus, ou à défaut, à main levée. Puisque l’objectif recherché, c’est la quiétude et la cohésion dans les villages.

Après l’élection des conseillers, on devait procéder à celle des Chefs de village, là où il n’y en avait pas. Pour éviter des problèmes à ce niveau, le ministre a demandé à ce qu’on privilégie les traditions et les coutumes. Cela se comprend si l’on sait que ces derniers temps, on assiste à l’intrusion de politiques ou de personnes qui ont de l’argent, dans le choix des Chefs de village.

C’est pourquoi, dans certains villages, on a assisté à l’élection de Chefs de village appartenant à tel ou tel parti politique. D’autres ont été imposés Chefs de village, alors qu’ils ne savent rien sur les coutumes et traditions dans les localités qu’ils dirigent.

Cependant, comme des difficultés existent çà et là, le ministre a instruit de surseoir à l’élection des Chefs de village jusqu’à nouvel ordre. C’est dire que pour le moment, les conseillers sont connus ; mais il reste les Chefs de village.

Malheureusement, malgré cette instruction donnée par le ministre, certains représentants de l’Etat mènent leur business, loin des regards du pouvoir central de Bamako. C’est le cas à Yorosso, où le Préfet veut imposer Drissa Dao, le neveu, au poste de chef de village de Kifosso II, alors que le conseil a choisi Kléna Dao, l’oncle.

Toute chose qui pose problème à Kifosso II. Car, pour tout acte que l’administration pose dans ce village, le Préfet s’adresse à Drissa Dao. Quant au Maire et les villageois, ils ont Kléna Dao comme interlocuteur. Pour le Maire, l’intérim contesté de Drissa Dao a pris fin depuis le renouvelllement du conseil dont les membres sont passés de 7 à 9.

A Kifosso II, tous sont d’accord que Kléna Dao est le nouveau Chef de village. Mais le Préfet refuse d’entériner ce choix de la majorité des chefs de famille et des conseillers favorables à Kléna. Sans compter que ce dernier est mieux imprégné des coutumes et traditions du village.

D’autres villages sont confrontés au même problème. Ceux-ci, après choisi leur Chef de village, attendent que le Préfet entérine ce choix. mai ce dernier traîne encore les pieds. Pourquoi?…

Que fera alors le ministre Kafougouna Koné pour qu’il n’y ait pas affrontement entre les villageois, dans le cercle de Yorosso ?


Oumar SIDIBE

18 Décembre 2008