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Annoncée pour le 15 mai, la mise en place des bureaux des conseils municipaux dans le District de Bamako aura finalement lieu demain. A 24 heures de ce rendez-vous, rien n’est encore joué, parce que l’argent semble rendre caduques toutes les plate-formes d’alliance signées çà et là. En effet, dans les six Communes, le constat est le même : des revirements de situation faisant que penser que chaque conseiller vaut le dollar. A croire que l’élu communal bamakois est subitement devenu une marchandise.

Par conséquent, si certains maires sortants étaient sûrs d’être réélus il y a quelques jours, ce n’est plus le cas. Les forces en présence commune par commune.

Après le vote du 26 avril 2009, les regards sont maintenant tournés vers la mise en place des différents conseils communaux au Mali. Puisque le dépouillement des résultats a permis de savoir provisoirement le score de chaque liste en compétition. Car la justice doit prochainement se prononcer sur les requêtes déposées pour annulation des résultats du vote dans telle ou telle commune. Mais en attendant, place à la mise en place des bureaux.

Cependant, cet événement se présente dans un contexte particulier à Bamako où les vainqueurs ont des problèmes. Dans certaines communes, les difficultés viennent des partis politiques ou associations adverses. Dans d’autres, l’opposition vient de l’intérieur du parti autour duquel l’alliance est formé.

Mme Konté conteste

En Commune I, l’attention est retenue par le duel entre Mme Konté Fatoumata Doumbia de l’ADEMA et Boulkassoum Touré de la CODEM. La maire sortante a la majorité au regard de la plate-forme signée entre son parti et ses alliés dans cette commune. Avec majorité ainsi fabriquée, Mme Konté devait sans problème conserver son fauteuil.

Mais aujourd’hui, les choses se semblent prendre une tournure inquiétante pour elle car, la maire sortante est contestée au sein de son propre parti. Ce sont les conseillers ADEMA qui ne veulent pas d’elle. Ils veulent un autre candidat au nom du parti au poste de maire. Ils reprochent à la dame d’injures graves à leur endroit. Pendant que le problème est en train d’être géré à l’interne de l’ADEMA, voilà qu’un collectif de listes de partis politiques et d’indépendants demande l’annulation des résultats du scrutin pour fraude.

Ce qui est sûr, de deux choses, l’une : soit la section ADEMA parvient à convaincre les élus entrés en rébellion à accepter la candidature de Mme Konté pour que le parti conserve le poste maire, soit elle maintient la candidature de la maire sortante avec le risque que tous les élus ADEMA ne voterait pas pour elle. Ce qui donne l’occasion à Boulkassoum Touré d’espérer. Entre les deux tendances, qui l’emportera alors ?


Gaoussou Ly out, l’ADEMA cherche candidat

En Commune II, le maire sortant Gaoussou Ly est muet après l’élection. En tout cas son nom n’est cité parmi les candidats sérieux. Les regards sont plutôt tournés par le PASJ. En fait si le secrétaire général de la section ADEMA, non moins ministre, M. Sékou Diakité a tout mis en oeuvre pour réaliser un bon score lors du scrutin, en revanche il ne parvient pas à trouver un candidat pour le poste de maire. Pas parce que le parti n’a pas pu trouver des alliés, mais tout simplement la tête de liste, Youssouf Coulibaly tergiverse.

En effet, il ne serait pas intéressé par le poste de maire de sa commune. Son souhait est de rester à la mairie du District. Mais il n’est pas sûr si son parti va l’aider à devenir maire du District. Mais il n’est pas sûr si son parti va l’aider à devenir maire du District. Cette hésitation de Youssouf Coulibaly agace plus d’un, tant à l’intérieur de l’ADEMA que dans les rangs des alliés.

Dans la section, la tension monte et Sékou Diakité fait l’objet de critiques acerbes fusant de toutes parts. Une réunion est attendue aujourd’hui pour décider de ce qu’il y a lieu de faire. Ce qui est sûr, c’est l’image de Sékou Diakité qui est en train de prendre un coup au niveau de sa section. Une mauvaise nouvelle pour le 2ème vice-président du Comité Exécutif. En effet, l’homme ne vient jamais aux réunions du CE s’il n’est pas sûr qu’il va les présider. C’est du moins le constat fait par beaucoup de personnes à l’ADEMA. Le parrain de l’association “Devoir de génération”, est-il au courant de ce procès qu’on lui fait ?

Kader aux prises avec Mme Djiré

En Commune II, c’est le statu quo qui est demandé par la section avec le maintien du maire sortant Abdel Kader Sidibé. Mais le maintien de Kader est sérieusement mis en cause par la 2ème sur la liste. En effet, Mme Djiré, puisqu’il s’agit d’elle, après deux mandats, veut devenir maire. Pour revendiquer ce fauteuil, celle qui veut devenir la 2ème femme élue maire dans une des communes de la capitale, après Mme Konté de la Commune I, se dit soutenue par un groupe de femmes.

Mais ses adversaires ne semblent pas prêts à jouer sa carte. Pour eux, elle n’a ni la compétence, ni la capacité pour diriger une commune si importante que la commune III. Finirait-elle par jeter l’éponge pour que Abdel Kader Sidibé reste maire de sa commune et président de l’Association des Municipalités du Mali (AMM) ?

Issa espère sur un isolement de Mara

En Commune IV, le duel Moussa Mara-Issa Guindo semble tourner à l’avantage du second. On le sait, la liste indépendante Moussa Mara a signé une plate-forme d’alliance avec certains partis politiques qui lui donnait 21 conseillers sur 41. Avec cette majorité, il a de forte chance d’être élu maire de la commune. Mais on l’accuse de dilapider cette chance en affichant son intention de mener la chasse aux sorcières. Il aurait dit à qui veut l’entendre qu’une fois élu maire, il annulera non seulement toutes les attributions de parcelles tant à l’Institut Marchoux qu’à Kalabanbougou, mais aussi et surtout poursuivrait en justice les auteurs de ces actes. Vrai ou faux?

Pour le moment personne n’a entendu un démenti officiel venant de Mara ou de son camp. Ce qui est évident, c’est qu’il aura suffi ces propos pour que la classe politique décide de se donner la main pour, dit-on, barrer la route à cet indépendant. A croire que l’histoire est en train de se répéter dan cette commune.

En rappel, lors du 2ème tour des législatives de 2007, les partis politiques avaient fait le bloc derrière la liste RPM conduite par IBK pour barrer la route à Moussa Mara. C’est ce qui a valu au jeune indépendant cette popularité aux communales de cette année. Mais il a dû mal à gérer l’après-victoire. Dans les coulisses, on apprend que certains de ces conseillers auraient été débauchés par les partis politiques.

Mais attention, ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir abattu. Puisqu’on apprend que trois des six élus ADEMA serait avec Mara. Aussi ne dit-on pas que Mara a des soutiens de taille, dont celui de son homonyme, l’ancien président de la République le Général Moussa Traoré?

Demba Fané coincé, bill arrive

Sauf miracle, Boubacar Bah dit “Bill” de l’ADEMA sera le prochain maire de la Commune V. Le sortant Demba Fané de l’URD aura tout tenté pour conserver son fauteuil, mais en vain. D’abord, le maire sortant a lancé une OPA sur les conseillers adverses en proposant une Merco 190 dédouanée plus 5 millions de F CFA à chacun de élus qui voterait pour lui. Cette offre n’ayant vraisemblablement pas eu de preneur, il a majoré la mise.

Maintenant, il met en jeu un véhicule 4X4 plus 10 millions de F CFA pour convaincre chacun des élus adverses à le rejoindre. Mais jusqu’à présent ça ne va pas toujours. Car Demba Fané a tenu une réunion dans la nuit du vendredi dernier au siège du CNID sis au centre Togola à Sabalibougou pour, dit-il, présenter sa majorité à ses amis. A cette réunion, ils seraient 13 conseillers seulement à présenter. Ce qui veut dire qu’il n’a pas tous les 14 élus URD avec lui.

Comme sur un air de fin de règne, Demba Fané avait réunion certains partisans à Sabalibougou pour leur annoncer que son ambition, c’est la mairie du District et non la Commune V. A croire qu’il prépare l’opinion par rapport à sa défaite. Pis, par personne interposée, il est en train de récupérer les motos Djakarta qu’il avait données à certains jeunes pendant la campagne. Qui sait aussi s’il ne va retirer aux conseillers les véhicules qu’il leur offre au cas où il ne serait pas réélu ?

Dagnon conteste par Koné

La Commune VI est sécouée par une crise qui mine la section ADEMA. Pour galvaniser sa troupe, le secrétaire général Yacouba Diallo avait déclaré que seuls les candidats qui gagneront dans leurs quartiers respectifs auront leur mot à dire par rapport à l’élection du maire. Mais Yacouba Diallo a oublié que les quartiers n’ont pas le même nombre de votants. Mieux, on peut être premier soit avec un nombre élevé de voix, soit avec le plus grand pourcentage.

Au sortir du vote, c’est Adama Doumbia qui se classe premier à Niamakoro avec le plus grand nombre de voix, tandis qu’Abdoulaye Koné est premier en terme de pourcentage à Sokorodji qui est un petit quartier par rapport à d’autres comme Niamakoro, Sénou, Sogoniko,…

Mais contre toute attente que Souleymane Dagnon sera retenu comme le candidat au poste de maire au grand dam de la majorité des conseillers ADEMA pour faute consensus entre les quatre prétendants. Ce statu quo devait permettre d’éviter toute cassure à la section. Malheureusement, mécontent, Abdoulaye Koné est parvenu à convaincre des élus ADEMA et de partis alliés dans le but de présenter sa candidature contre Souleymane Dagnon.

Ce revirement de situation intervient au moment où le PDG de l’ACI est au Canada. Abdoulaye Koné parviendra-t-il à se constituer une majorité capable de barrer la route à Souleymane Dagnon ? Quelle sera alors la réaction de Yacouba Diallo dès son retour à Bamako ?


Oumar SIDIBE

18 Mai 2009