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L’opposition a fait preuve de sagesse en évitant des tiraillements sans fin pour la mise en place de la Commission électorale nationale indépendante. Elle occupera 3 sièges au sein de la structure et la majorité 7. La décision a été prise, hier, après 4 heures et demi de débats, dans la salle de conférence du ministère de l’Administration territoriale et des collectivités locales (MATCL).

Visiblement ennuyé par ce débat et contraint de parer au plus pressé, à cause des délais, le général Kafougouna Koné était arrivé dans la salle avec la ferme volonté de débloquer la crise de la mise en place de la CENI. De ce fait, il a fait une brève genèse qui expliquait pourquoi, en 2004, dans une période de consensus au cours de laquelle, selon lui, l’opposition n’existait pas et que la classe politique était fondue dans la mouvance présidentielle, le mot égalité qui figurait dans la loi électorale a été remplacé par le mot équité pour la répartition des postes à la CENI.

Il en a donc déduit qu’équitable ne signifiait pas égalité. Confirmant que la méthode des quotas arbitraires n’était pas équitable, il a proposé la règle de trois consistant à fixer le quota de chaque regroupement conformément à son poids politique. Il y avait 59 chefs de partis présents au MATCL, dont une cinquantaine se réclamait de la majorité.

Si on appliquait cette méthode, la majorité raflait, compte tenu de son poids, les 2/3 des postes de la CENI. La méthode a été ressentie comme un grand piège pour l’opposition car elle était pire que la proposition de la majorité. L’opposition, avec ce calcul, a indiqué Abdoulaye Macko, président du RAMAT (mouvance présidentielle), risquait de se retrouver avec 2 postes contre 8 pour la majorité. Cette proposition a vite été battue en brèche par les représentants de l’opposition qui ont fait savoir au ministre que la méthode n’était pas légale puisque la règle de trois ne figure nulle part dans la loi électorale.

En outre, dictionnaire à l’appui, Me Mamadou Gakou, président de la COPP, a lu la traduction du mot équité qui voulait, aussi, dire égalité. Très gêné, Kafougouna Koné a soutenu : “je ne suis pas un littéraire, je sais que si on a remplacé équité par égalité, c’est parce que ce n’est pas pareil. C’est navrant, concernant la CENI qui est une structure des partis politiques pour la transparence des élections, que le volet majorité /opposition joue sur la composition de la CENI et risque même de jouer sur son fonctionnement. J’assure la tutelle des partis politiques, je ne supporte aucune tendance et je ne suis influencé par aucune tendance”.

Nancouma Kéita, qui représentait le RPM a tenu à faire savoir qu’au gré des intérêts, le droit et la morale politique sont déformés et de ce fait, a-t-il ajouté, la mission de la CENI est dénaturée. “ Nous tenons à ce que vous nous promettiez que plus que jamais la règle de trois ne sera proposée”, a-t-il rétorqué à Kafougouna Koné, en faisant remarquer qu’il fallait opter pour les dispositions qui prouvent que le consensus entre partis est possible, en pareil cas.

Le Bara accuse le FDR

Face à l’inflexibilité de la majorité qui ne voulait céder aucun poste, des représentants de l’opposition, en l’occurrence, celui du BARA, en ont rajouté à la tension en accusant le FDR d’avoir torpillé leur unité pour avoir envoyé à l’administration territoriale une liste de 5 représentants de la CENI faisant partie du FDR et de SADI. Ce qui a contribué à fragiliser le camp de l’opposition. Une pause de 15 minutes a été observée pour permettre aux représentants des partis de se concerter.

Dès la reprise des débats, l’opposition, qui avait réussi à aplanir ses divergences, a proposé de maintenir un quota de 4 représentants et d’en accepter 6 pour la majorité.

La majorité s’est campée sur son quota de 7 membres, après s’être délectée, pendant la pause, de la tension née au sein de l’opposition. Finalement, l’opposition, comme nous l’a confirmé un de ses représentants, a tenu à faire preuve de sagesse, pour privilégier le bon fonctionnement des institutions de la République.

Elle a accepté la proposition de la majorité. Les réunions pour désigner les membres de la CENI auront lieu demain, au siège du Parena, pour l’opposition et celui de l’Adéma-Pasj, pour la majorité. Un chef de parti politique de l’opposition nous a affirmé qu’à la fin de la réunion au MATCL, Boubacar Sow, le directeur de l’intérieur lui a confié : “ vous nous avez délivrés”.

Baba Dembélé

24 Septembre 2008