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Dimanche dernier l’épouse des révolutions a tiré sa révérence. Le 9 novembre 2008 non plus n’était jour de repos pour la combattante. Elle était encore au front pour une cause juste : le soutien à Roberto Saviano, un écrivain qui ose dénoncer les agissements de la mafia Italienne. Une crise cardiaque a eu raison de la battante qui avait à ses cotés Zenzi sa petite fille initiée à la scène.

Les 76 ans de la militante ont été une succession de combats. Même qu’on la souvent confondue à Winnie Madikizela Mandela, l’ex épouse de Nelson Mandela ou encore, prise pour une révolutionnaire guinéenne. Durant le régime de ségrégation et après la démocratisation de son pays, la femme rebelle est restée digne dans la lutte.

Née à Johannesbourg le 4 mars 1932, Zenzi diminutif de Uzenzile (Miriam Makeba est son nom d’artiste) connaissait la prison quelques jours après sa naissance. Sa maman a du purgé une peine de prison de six mois pour avoir fabriqué de la bière.

Et pourtant, c’était son seul moyen de subsistance

La réalité n’échappe pas au plus jeune des noirs : le développement est « séparé » et le régime est dictatorial. La fillette prend donc rapidement conscience de la nécessite de la libération de son pays aux mains des seuls compatriotes blancs (c’est en 1947 que les nationalistes afrikaners arrivaient au pouvoir alors qu’elle a 15 ans). Quand elle aborde la vingtaine, la jeune fille est tantôt bonne d’enfants tantôt laveuse de taxis.

Zenzi ne manque pas de talent. De fil en aiguille, elle s’arme de sa vocation de chanteuse, adhère au groupe sud africain « Cuban Brothers ». Plus tard, elle se retrouve au sein de « Manhattan Brothers ». Repérée par le chanteur et chasseur de talent Harry Belafonte, ce dernier- en parrain- conduit ses pas et sa voix comme vocaliste dans le groupe en tournée aux Etats-Unis en 1959.

La débutante va de plus en plus aborder des planches et côtoyer des vedettes telles l’acteur et cinéaste Marlon Brando, le jazzman Duke Ellington et la chanteuse et actrice Marilyn Monroe (elles ont fait un mémorable duo au mythique Madison Square pour un anniversaire du président Kennedy).

Aux Etats-Unis, les noirs ne sont pas mieux traités, mais le terreau est favorable à l’artiste engagée. Du haut de son talent, elle s’exprime en anglais en Zoulou, en Zhoxa et en Tswana.


A coté de rythmes Tanzaniens, la militante surfe du jazz sud africain à la soul américaine. La voix reste naturelle et présente.

Son premier album « Homeland ». «Pata-Pata » est écrit en 1956 et finit de faire le tour du monde en 1967, suivra une bonne quinzaine dont «Sangoma « et «Soweto Blues » en souvenir des douloureux affrontements de 1976.

Le ton du courage

En 1960 quand la mère de Miriam décède, le pouvoir blanc ne l’autorise pas à rentrer au pays pour rendre hommage à la défunte. Dans la foulée Pretoria pousse le cynisme au point de lui retirer la nationalité sud africaine et interdire sa musique « subversive ».

C’est ainsi que s’annonçât l’exil de 31 ans tour à tour aux Etats Unis et en Guinée du camarade Ahmed Sékou Touré. Le défunt président Guinéen ne manquait pas d’estime pour la jeune militante. Sa voix et son aura vont servir à travers le monde pour véhiculer un discours anti-apartheid et demander aux Nations Unies le boycott de l’Afrique du Sud de Pieter Botha et de Frederik W. De Klerk. Aussi vrai qu’elle ait été tolérée sur le territoire, quand elle se marie avec le leader des revendicateurs Blacks Panthers, Stokely Carmichael, les autorités américaines désapprouvent. Le divorce interviendra en 1973 et la combattante émigre en Guinée. Douze années plus tard, en 1985 nouvelle blessure de l’âme noire avec le décès de Bongie à 36 ans, sa fille unique .La mère éplorée retourne vivre en Europe.

En 1990, elle obtient la nationalité française qui coïncide avec la libération de Nelson Mandela, le 11 février 1990, après 27 ans de captivité. L’ex bagnard de Robben Island demande à la guerrière de retourner en Afrique du Sud. Elle a 58 ans. Les dix huit dernières années de son périple, elle va sillonner le monde pour prôner non pas la vengeance mais l’union des cœurs et la solidarité entre les hommes. Elle le fit autant en chansons qu’en diverses adresses à des publics toujours pendus à ses lèvres.

L’amazone peut se le permettre parce qu’un jour nouveau s’est levé sur la nation qui se veut Arc en Ciel. En avril 1994, l’ex prisonnier le plus célèbre du monde est élu président. La liberté est relativement conquise, mais il faut consolider la paix et réduire la souffrance humaine. Miriam Makeba a fermement tenu son bâton de pèlerin.

Sans avoir une dette avec le Mali, les nouveaux dirigeants sud africains (membres de l’historique A.N.C) se souviennent du soutien formel des régimes des présidents Modibo Keïta et Moussa Traore. Avec les bénédictions de la plus haute autorité de son pays d’origine Mama Africa, ambassadrice de l’UNICEF, était au Mali le 11 mars 2003 dans le cadre d’une tournée de sélection de personnalités maliennes devant figurer parmi les 50 dames représentatives du continent.

Après avoir été tour à tour orpheline, rebelle, épouse de révolutions, reine et souveraine, la Mama nous quitte alors qu’elle s’attelait récemment à l’insertion des jeunes filles des townships en difficulté en favorisant l’ouverture de maisons d’accueil. Sa vie a été un exemple. Une pacifique combativité qui doit inspirée jeunes et femmes du tiers monde.

Moïse TRAORE (Ortm)

13 Novembre 2008