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La situation du MIRIA était-elle meilleure encore, avant cette date ? Toujours est-il que de sa naissance -en Décembre 1994, des suites d’une dissension à l’ADEMA- à nos jours, le parti n’est plus parvenu à s’imposer réellement sur l’échiquier politique national. Et pour cause : le moment avait été très mal choisi pour porter ce parti sur les fonts baptismaux, tout comme la démarche empruntée par ses responsables, à l’époque, vis-à-vis de l’ADEMA avait été inopportune.

En effet, la création du MIRIA, et ce, au moment où feu Mamadou Lamine Traoré était le 1er vice-Président de l’ADEMA-PASJ, semble avoir été la première grande erreur du parti de l’Etoile Rouge.

Mamadou Lamine Traoré et l’ADEMA

Le rôle du feu Pr Mamadou Lamine Traoré, une figure emblématique de la lutte clandestine contre le régime dictatorial de Moussa Traoré, a été pour beaucoup dans l’avènement de la démocratie au Mali. Lié à la troisième république (1992-2002) par amitié, mais aussi par conviction politique partagée, Mala allait pourtant s’en séparer en 1994, et de décider de claquer la porte de la Ruche en emportant ses partisans.

La politique peut souvent être cruelle. En effet, nul ne pouvait imaginer un divorce aussi brusque que brutal entre l’ADEMA et le célèbre défunt Professeur qui avait pourtant bravé vents et marées pour déjouer les nombreux pièges des sbires du parti unique, jusqu’à la grande victoire de Mars 1991.

Hélas, en politique, lorsque les ambitions deviennent trop fortes (comme c’est plus souvent le cas), la conviction s’avoue vaincue. Mais il faut savoir quitter la table lorsque l’amour est desservi, chantait Charles Aznavour. Et le Pr Mamadou Lamine Traoré a fait sien cet trait d’esprit.

C’est que ses ambitions semblaient s’éloigner de jour en jour de l’objectif qu’il s’était assigné à l’ADEMA : il fallait alors se séparer, puisque la rupture était inévitable. Il a été très souvent dit que ce désamour entre lui et son ancien parti tirait ses racines de l’imposition d’IBK à la présidence de l’ADEMA.

Ce que Mamadou Lamine Traoré n’avait pu digérer. Mais connaissant le philosophe politique, un tel argument paraît trop léger l’inciter à abandonner le bâteau ADEMA dont il avait lui-même contribué à à la création, avec tant d’énergie et de détermination. Non, il fallait d’autres raisons plus sérieuses pour que Mamadou Lamine Traoré renonçat à la Ruche. Et des raisons, il y en avait, et en nombre. Mais ce qui avait réellement poussé le 1er vice-président de l’ADEMA de l’époque à démissionner du part, ce serait, selon lui, “la grande confusion créée à dessein entre la gestion du parti et la gestion de l’Etat”.

En effet,une fois tombée la fièvre de la victoire à la présidentielle de 1992, les adémistes auraient, par inexpérience ou par méconnaissance (la gestion démocratique étant à ses débuts), tout simplement confondu l’Etat au parti.

Du point de vue de Mala, à l’ADEMA, la plus simple et petite proposition, contraire était, à l’époque, assimilée à de la trahison. Aussi, voyant la démocratie naissante en péril, en l’absence de tout débat contradictoire, le Pr Mamadou Lamine Traoré aurait demandé à ce qu’on fasse une différence nette entre le parti et l’Etat.

De la façon dont il entrevoyait les choses, l’ADEMA courait le risque de s’éloigner des idéaux du 26 mars 1991, en essayant de confusquer le débat démocratique et en ramenant tout au parti. En agissant ainsi, Mamadou Lamine se jettait dans la gueule du loup (ou des loups) de l’ADEMA.

En effet, certains adémistes ne pouvaient cautionner “les airs un peu plus connaisseurs” du Pr Mamadou Lamine Traoré. Selon eux, il ne devait pas se faire passer pour un “donneur de leçon de démocratie” ? . Il fallait donc coûte que coûte trouver une solution à cette équation Mala.

Or, à l’ADEMA d’avant, trouver une solution à une telle situation renvoie généralement à des complots et combines. L’équation Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), président de l’ADEMA est du reste venu de là. Et elle fut appliquée sans coup férir, au grand désenchantement de Mala qui se voyait prédestiné à ce poste, surtout à cause de tout le combat qu’il a mené l’ADEMA-PASJ, de sa conception en Association à sa création en parti.

La fausse route du MIRIA?

Ayant donc constaté le fossé créé entre sa conviction et le scénario que préparait l’ADEMA à la tête de l’Etat, Mamadou Lamine Traoré démissionna pour créer le MIRIA. Ainsi, la création du parti était une affaire close, mais la démarche à empruntée en était une autre ouverte. Et c’est de là qu’est parti tout le malheur du MIRIA.

Au lieu d’une rupture dans la continuité ( cest-à-dire une collaboratio étroite avec le pouvoir), Mala et les siens préférèrent la rupture totale. Alors, l’ADEMA au pouvoir, avec tous les moyens de l’Etat, fera tout pour lui faire regretter cette option. Mais combatif, déterminé, et prenant toujours ses engagements comme une question d’honneur, le Pr Mamadou Lamine Traoré ne fléchira point, en dépit des menaces et intimidations de ses anciens camarades.

Son chemin politique a été long et parsemé d’embûches, mais il resistera quand même jusqu’à ce que l’actuel Président de la République lui tende la main en 2002. Cette marque de courage politique et d’engagement pour une conviction -sa “conviction pour le Mali”-, le Pr Mamadou Lamine Traoré l’emportera avec lui au delà.

Ses héritiers pourront-ils continuer le combat ?

C’est la grande question, car de nos jours comme du vivant de Mamadou Lamine Traoré, ce qui a manqué le plus au MIRIA, c’est le moyen financier. Certes, le parti a souvent bénéficié de l’aide faite aux partis politiques, mais ça n’a toujours été que des portions congrues, compte tenu des conditions d’éligibilité à cette aide et les modalités de son partage.

En effet, l’aide publique aux partis politiques a toujours arrangé les partis les plus nantis, en terme d’élus. Or, au Mali comme partout en Afrique, il faut débourser de l’argent pour se faire des élus. Comme pour dire, à l’instar de l’autre, “qu ‘en Afrique, surtout dans des pays pauvres comme le Mali, on vote , non par conviction, encore moins pour un projet de société, mais plutôt pour et par l’argent”. N’est-ce pas là l’une des plaies de la démocratie malienne ?

Toujours est-il que malgré l’engagement et la mobilisation de ses militants, le MIRIA à toujours peiné pour obtenir des conseillers communaux et des députés, excepté cette année où un seul de ses représentants siège à l’Assemblée nationale.

Conséquence de cette “pénurie“ d’élus : ceux des cadres et responsables du MIRIA en quête de lendemains meilleurs ont vite fait de renvoyer leurs convictions politiques aux calendes grecques, pour s’aventurer ailleurs.

Certains d’entre eux, qui étaient partis à l’ADEMA du vivant même de Mala, semblent avoir bien réussi, à l’instar de Tiémoko Sangaré, Mouhamadoun Dicko, pour ne citer qu’eux. Le premier est actuellement ministre de l’Agriculture, et le second, 5e vice-président de l’ADEMA.

Toutefois, au sein MIRIA, la volonté de poursuivre l’aventure commencée un certain 10 Décembre 1994 est toujours aussi présente que vivace. Une volonté réaffirmée lors de la rentrée politique du week-end dernier à Ségou. Mais connaissant les déboires économiques du parti de l’Etoile Rouge, durant combien de temps résistera cette volonté? D’autres cadres du MIRIA retourneront-ils au bercail ADEMA, comme le font aujourd’hui bien des responsables de partis, et même des partis tout court?

Dans tout les cas, la lutte politique du fondateur du MIRIA ne doit pas rester un vain mot pour le parti. Et pour cause : l’emblème de l’Etoile Rouge est si évocateur… et avertisseur.

Adama S. DIALLO

09 mai 2008