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Après plus de 30 ans de carrière, Mangala Camara n’a pas cessé de nous étonner. En témoigne son dernier album, « Minyé Minyé » (On est ce qu’on est) sorti en novembre 2006. Une œuvre qui va au-delà de la musique classique de ce talent incompris.

« Tôt ou tard, on connaît qui est qui. L’apparence peut tromper, mais pas pour longtemps parce qu’on ne change pas facilement sa nature » : tel est l’essence du titre générique du nouvel album de l’enfant de Kéniéba, Mangala Camara. Et sur cette œuvre, le géant de la scène malienne démontre magistralement qu’il a des potentialités encore insoupçonnées.

Du Mandé Groove (Yiri Doulen, Wililé, Minyé Minyé, Mima Soly et Ilé) à la salsa (Kumaninguè et Mbaoudé) en passant par le blues (Bamanké), le zouk manding (Nkônô Môrô) et un excellent pot-pourri (Anbè), Mangala fait swinguer jusqu’à atteindre une volupté rythmique irrésistible.

Des mélodies entraînantes qui lui permettent de célébrer l’amour, la beauté, la bravoure, la tendresse, la solidarité… Et comme on pouvait s’y attendre, il dénonce aussi la jalousie, l’hypocrisie, l’égoïsme, le mimétisme et bien d’autres fléaux sociaux.

Avec ce somptueux album, la carrière du Khasonké a sans doute amorcé un tournant décisif dans sa conquête du showbiz international et cela grâce à Syllart Production qui lui a ainsi donné l’opportunité de relancer sa carrière sur les conseils de Malick Konaté dit Jacques, producteur délégué de cette œuvre.

Pour la circonstance, Mangala a été entouré d’instrumentistes virtuoses comme Cheick Tidiane Seck (clavier), Toumani Diabaté (kora), Lansana Diabaté (balafon), Adama Diarra (djembé). Sans compter les voix envoûtantes des choristes talentueuses comme Ramata Diakité, Mbaou Tounkara et Djénéba Dansoko.

Mamoutou Camara dit Mangala est né en 1960 à Kéniéba (Kayes/Mali). Fils d’un commerçant/ancien militaire dans l’armée française et d’une comédienne-danseuse, il commence sa carrière musicale dès son enfance, malgré l’opposition de sa famille. En 1971, âgé de seulement 11 ans, il intègre l’Orchestre régional de Kayes.

En 1992, il participe à la création du groupe African Sofa avec un autre Malien, deux Guinéens, un Camerounais et un Capverdien. Repéré par Salif Kéita, il intègre « les Ambassadeurs » en qualité de batteur et de choriste. C’est avec le Rossignol de la musique mandingue qu’il fait sa première tournée en Europe en 1985. En 1986, il est lauréat du grand Prix « Découverte » de RFI.

Il fonde avec Alain Lecointe le groupe Donké (dansez en bambara). En 1988, ils produisent un premier album intitulé « Paris-Bamako ». Parallèlement, Mangala réalise un projet musical autour des musiques traditionnelles mandingues qui voit le jour avec la sortie de l’album « Complaintes mandingues blues » en 1993.

Revenu au bercail en 2001, après 18 années de carrière (5 albums) en France, Mangala est considéré comme l’une des plus belles voix du Mali. Et ce à juste titre puisqu’il le prouve, si besoin en est, sur son nouvel opus. Avec Toumani Diabaté dont il est le chanteur attitré à Bamako au sein du Symetric Orchestra, ou en solo dans un répertoire original en tant qu’auteur-compositeur, ces cordes vocales réactualisent l’héritage traditionnel pour un voyage spatiotemporel aux racines du blues avant de ratisser large à la recherche de sonorités envoûtantes.

Moussa Bolly

08 février 2007.