Partager

C’est hier mercredi 29 juin 2016 que le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté à l’unanimité le nouveau mandat, prorogé d’un an, c’est-à-dire jusqu’en juin 2017. Le nouveau texte fait de la Minusma une mission de lutte contre le terrorisme, même si le mot n’apparait pas dans la nouvelle résolution. L’organisation mondiale adhère ainsi à un vœu longtemps formulé par les autorités maliennes.

Avec l’adoption du nouveau mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) hier, il faut croire que le Conseil de sécurité à pris toute la mesure des enjeux, notamment sécuritaires sur le terrain. En effet, dans la nouvelle résolution, non seulement les effectifs sont revus à la hausse, avec 2 500 casques bleus et policiers supplémentaires, mais le mandat de la Minusma est aussi clarifié. Sa posture est beaucoup plus robuste, offensive et combative, avec des effectifs qui devront être portés à un maximum de 13 289 militaires et 19 20 policiers. Ce vote intervient dans un contexte ou les attaques se multiplient contre les casques bleus, faisant de la Minusma la mission la plus meurtrière de l’ONU. Ainsi, le Conseil note qu’il faut qu’elle agisse de manière pro-active en cas de menaces asymétriques. La France, avec son opération Barkhane, n’interviendrait qu’en soutien, en cas de menace grave et imminente.
La nouvelle résolution demande aux Etats membres qui en ont la capacité ou qui en ont déjà fait la promesse, d’aider la mission à lutter contre les menaces asymétriques, au niveau du renseignement, des formations et des équipements, y compris des blindés.
Mieux, les contingents sont encouragés à multiplier les patrouilles « efficaces et actives » dans le Nord et dans le Centre du pays. Ils auront mandat pour agir de façon préventive en cas de menace détectée contre les civils.
Il faut aussi noter que le nouveau mandat donne la priorité à la mise en place de l’Accord de paix. Sous ce chapitre, le redéploiement des forces maliennes et l’installation des autorités intérimaires dans le nord, prévu normalement au mois de juillet prochain, pourraient marquer un sérieux coup d’arrêt aux groupes djihadistes encore actifs sur le terrain.

Le plaidoyer du gouvernement a payé
En donnant une posture plus robuste et plus combative à la Minusma, le Conseil de sécurité des Nations Unies a ainsi donné une suite favorable à un vœu longtemps formulé par les plus hautes autorités maliennes. En droite ligne de ce plaidoyer, le Premier ministre Modibo Keïta, à la faveur de la présentation du rapport trimestriel du Secrétaire général de l’ONU, le 16 juin dernier à New York, avait exprimé la nécessité de renforcer le mandat de la Minusma.
«Le Gouvernement du Mali a toujours estimé que l’efficacité de la Minusma est à rechercher plutôt dans le renforcement de ses capacités opérationnelles qui, à notre avis, passe par une posture plus robuste et plus active; une redéfinition des règles d’engagement; un soutien aux forces armées du Mali accompagné d’une coordination opérationnelle; un soutien aux initiatives régionales de lutte contre le terrorisme, notamment celles du G5 Sahel, de la Cedeao et de l’Union africaine», avait-il fait savoir.
Le chef du gouvernement et sa suite avait profité de la même tribune pour présenter un mémorandum sur la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, un an après sa signature. Ainsi, ils ont souligné les avancées dans l’exécution du plan d’actions de mise en œuvre de l’Accord, lesquelles avancées s’apprécient sur les plans de la défense et de la sécurité, le développement économique, social et culturel et en matière de justice et de réconciliation, entre autres.

Défense et sécurité
En effet, tous les observateurs s’accordent à reconnaître que depuis la signature du document, les différentes parties signataires (Gouvernement, Plateforme et CMA) ont respecté de façon scrupuleuse le cessez-le-feu. Même si on a parfois assisté à de vives tensions entre les combattants de la Plateforme et ceux de la CMA, celles-ci n’ont toutefois jamais dégénéré. Ce point constitue d’ailleurs l’avancée la plus significative que le processus a enregistrée. A cela il faut ajouter un certain nombre d’efforts que la partie gouvernementale a effectués sur le plan des réformes politiques et institutionnelles. Au nombre de ces reformes on retient (le chef de l’Etat les a bien mentionnés dans son discours du 19 juin) la nomination et l’installation des Gouverneurs des régions de Taoudéni et Ménaka pour lesquelles une enveloppe de 1 milliard huit cent millions de FCFA a été affectée pour la réhabilitation, la construction et l’équipement d’infrastructures de l’Administration générale; la promulgation de la loi instituant les autorités intérimaires, puis l’adoption du décret fixant les modalités de mise en place desdites autorités; l’amorce du processus de révision de la Constitution, à travers la mise en place du groupe de relecture et l’élaboration du chronogramme de travail, notamment pour prendre en charge les dispositions de l’Accord relatives à la mise en place de la 2ème chambre du Parlement, le Sénat; la création du cadre institutionnel de la Réforme du secteur de la sécurité (RSS) avec la nomination d’un Commissaire à la RSS ainsi que la relecture en cours du décret créant le Conseil national de la RSS. S’y ajoutent la prise en charge par le Gouvernement des combattants des Mouvements signataires, en attendant le démarrage effectif du processus de DDR; l’identification des 24 sites de cantonnement à viabiliser et le début de la construction de 3 sites (Likrakar, Fafa, Inegar) et l’accord pour en construire cinq (5) autres supplémentaires; la réalisation en octobre 2015 de la première patrouille mixte (Forces armées maliennes et mouvements signataires) ainsi que la remise des listes partielles des ex-combattants des mouvements signataires de l’Accord, en vue de la constitution des premières unités du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC) et du démarrage des opérations de pré-cantonnement et de désarmement-démobilisation et réinsertion (DDR).

Développement économique, social et culturel
Des efforts ont été aussi faits sur le plan du développement économique, social et culturel. Ils sont porté sur la mise en place et l’installation des Agences de développement régional (ADR) dans toutes les régions et le district de Bamako avec une dotation budgétaire conséquente sur l’exercice 2016; l’organisation de la Conférence de Paris du 22 octobre 2015 pour la mobilisation des fonds nécessaires à la mise en œuvre de l’Accord (avec 3,2 milliards d’euros d’annonces faites); la réalisation de la Mission d’évaluation conjointe sur le Nord du Mali (Miec-Nord/Mali); la rédaction de la Stratégie spécifique de développement des régions du Nord du Mali (SSD/RN), etc.

Sur le plan de la justice, la réconciliation et les questions humanitaires, les actions les plus significatives entreprises par le gouvernement au cours des 12 derniers mois restent le démarrage effectif des travaux de la Commission vérité, justice et réconciliation (Cvjr); l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie et d’un plan d’actions de retour des réfugiés et des personnes déplacées internes. Ajoutez-y l’actualisation du Plan d’urgence et de relèvement pendant la période intérimaire 2016-2017; l’élaboration d’un avant-projet de document de politique sur la justice transitionnelle, assorti d’un Plan d’actions; l’élaboration du Plan national de mise en œuvre de la résolution 1325 de l’ONU, permettant de développer des stratégies de lutte contre les violences basées sur le genre et d’élargir la participation inclusive à la mise en œuvre de l’Accord, entre autres. En conclusion, la délégation avait estimé que le mandat et les règles d’engagement de la Minusma méritaient d’être adaptés à la nouvelle situation sécuritaire. Elle avait souhaité à cet effet que le Conseil de sécurité parvienne à un consensus ‘’salutaire’’ sur la nouvelle posture de la Minusma au Nord du Mali, face au terrorisme qui continue de planer sur l’espace sahélo-saharien.

Bakary SOGODOGO

Le Prétoire du 30 Juin 2016