Partager

On a beaucoup dit et écrit sur la sortie du gouvernement de Madame Ba Fatoumata Néné Sy, officiellement annoncée le vendredi 4 avril sur les ondes de l’ORTM. En particulier qu’elle était incompétente, car maîtrisant mal ses dossiers et, conséquence fâcheuse de cet état de fait, qu’elle était obligée d’aller assiéger son prédécesseur et collègue Abu-Bacar Traoré, pour se faire dicter la conduite à tenir.

De fait, ce qu’il faut bien appeler lynchage médiatique a commencé bien avant le départ de Madame Ba Fatoumata Néné Sy du gouvernement. A peine appelée dans ce saint des saints, son exécution a débuté, comme si elle avait été programmée dans quelque tabernacle.

Ce qui est sûr, c’est que Mme Ba Fatoumata Néné Sy n’a pas été renvoyée du gouvernement comme la malpropre qu’on s’évertue à décrire. Non. Elle a démissionné, la lettre en faisant foi, datée du 3 avril, ayant été déposée entre les mains du Premier ministre, Modibo Sidibé.

Reste à savoir maintenant si elle a craqué devant l’infernale machine de démolition lancée à plein régime contre elle ou si elle a jeté l’éponge à cause de difficultés relationnelles avec son désormais ex-patron, Modibo Sidibé.

Pour ce qui concerne les attaques dont elle n’a eu cesse d’être l’objet durant les cinq mois qu’elle vient de passer au sein de l’exécutif, son entourage les balaye d’un revers de la main et les met au compte de la seule volonté de nuire, qui a fini par produire les effets souhaités.

Et, à l’appui de leur assertion, d’évoquer une liste de dossiers que Madame Ba Fatoumata Néné Sy a contribué à faire aboutir ou avancer. Cas du guichet unique pour accélérer la création d’entreprise, qui traînait depuis dix ans et du Projet d’appui aux ressources de croissance (PARC) pour lequel les contacts seraient poussés avec les ADP (Aéroports de Paris) pour la modernisation de l’Aéroport de Bamako Sénou et la faisabilité de la future zone industrielle du même secteur de Sénou.

Pour ce qui est des « idées« , l’ex-ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce en aurait eu à la pelle, contrairement à ce qu’affirment ses détracteurs. En voici quelques unes : le forum national sur les denrées de première nécessité, qui s’est tenu les 26 et 27 décembre 2007 et qui a été sanctionné par la création, le 31 mars dernier, d’un Conseil national des Prix (CNP) et l’élaboration d’un cahier des charges sur l’importation du riz, fixant le prix plafond de cette précieuse denrée à 310 F CFA le kilo, c’est elle.

Dans la même dynamique, pour relancer la consommation et stimuler la production, elle avait préconisé une hausse des salaires de base et des revenus dans la fourchette de 15 – 25%, laquelle serait compensée en partie par un relèvement des taxes sur des produits tels les cigarettes et les alcools.

L’élaboration d’une stratégie de développement d’une industrie du ciment, dont la finalité est la production de 2 000 000 de tonnes de ciment par an, pour faire face aux besoins nationaux et freiner l’hémorragie des devises, c’est elle aussi.

Et, en attendant l’adoption et la matérialisation de cette formidable idée, elle avait suggéré la suspension des droits et taxes sur l’importation du ciment et des matériaux de construction, ce qui aurait eu pour résultat d’insuffler un élan neuf au secteur du BTP et de créer de nombreux emplois dans ce secteur.

La réforme du sous-secteur des produits pétroliers, par la création d’une société mixte anonyme destinée à centraliser tous les achats, assurer un ravitaillement régulier du pays et disposer d’un réseau moderne de distribution des hydrocarbures, c’est elle également.

Dernière idée, mais pas forcément la moins intéressante : l’élaboration d’une politique visant à harmoniser l’aide publique au développement (ADP) afin de la rendre plus efficace.

Des ministres qui peuvent revendiquer un tel palmarès en un laps de temps si court, il ne doit pas y en avoir beaucoup dans la galaxie Modibo Sidibé.

Saouti Labass HAIDARA

09 avril 2008.