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Pour connaître les vraies réalités socioéconomiques du pays, il est indispensable de sillonner l’intérieur du pays où le milieu rural, abandonné, croule sous le poids de la pauvreté.

« L’intérieur du pays souffre« , me dit mon compagnon de voyage lorsque notre convoi s’est arrêté dans un village en quatrième région. Comme lui, nous avons aussi fait le même constat après la visite de beaucoup d’autres villages et entendu la complainte des paysans.

A chaque arrêt, ils venaient à notre rencontre sourire aux lèvres et joyeux. De l’avis général des populations de ces contrées, peu de chose a changé dans leur vie ces dernières années et la situation va de mal en pis.

Des enfants sont vêtus en loques et des femmes marchent des dizaines de kilomètres, bébés sur le dos et panier en équilibre sur la tête pour aller à la foire acheter les condiments pour toute la semaine.

Les routes ou pistes dans leur ensemble sont dégradées au point que les usagers arrivent à destination avec des courbatures le lendemain, quel que soit le moyen de locomotion. Telle est la triste réalité de nos villages et campagnes en troisième et quatrième régions…

Au manque d’eau potable s’est greffée la cherté des intrants agricoles. Or, « nous tirons l’essentiel de nos revenus de l’agriculture principalement de la culture du riz ou du coton« , confie un paysan de Macina, qui ajoute que des familles n’ont pas les trois repas quotidiens chaque jour.

Là-bas, le riz, qui constitue la principale source de revenu, se vend au même prix que celui de l’engrais, soit 15 000 F CFA. Cette parité de prix entre sac d’engrais et sac de riz inquiète à plus d’un titre les riziculteurs qui se demandent maintenant l’utilité d’aménager des hectares et de cultiver du riz.

A Dioïla, faute de débouchés et d’usine de transformation des produits maraîchers, les femmes sont obligées de brader leurs productions de tomate ou de la laisser pourrir. Même si dans les capitales régionales (Ségou et Sikasso), la situation est meilleure, la pauvreté touche néanmoins la grande majorité des populations.

Autant dire que le rapport du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), qui classe notre pays au 175e rang sur 177, n’est pas totalement erroné. Dans le Mali profond, l’heure est plus que jamais à la lutte pour la survie.

Denis Koné

20 avril 2007.