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C’est un truisme de dire que l’opinion publique malienne a atteint l’état mature lui permettant de discerner l’ivraie dans une botte de foin, comme cet accord vicieux que la France voudrait que les autorités maliennes adoubent en toute lucidité.

Aussi longtemps que dureront les négociations sur la signature de l’accord concerté sur la gestion des flux migratoires, les autorités maliennes garderont à l’esprit l’idée que loin des parapheurs, le peuple épie le moindre geste qui donnerait à la France l’impression que le Mali a abdiqué.

Pour l’heure, rien ne présage d’un quelconque fléchissement des autorités maliennes qui ont eu, il faut le dire tout net, le nez creux de botter en touche le cliché standard de cet accord de réadmission que l’ancienne métropole a réussi à faire passer au forceps dans d’autres pays.

Le Sénégal et le Burkina Faso, pour ne citer que ceux-là sont déjà passés à la trappe. Qu’en sera-t-il pour le Mali lorsqu’on connaît l’habileté des français dans les négociations, quitte à user de leur influence certaine pour contrer le Mali sur d’autres dossiers d’intérêt vital sur le théâtre européen. En clair, la France usera de tous les moyens pour obtenir cet accord. De même, les autorités maliennes useront de tous leurs vieux os pour ne pas mettre les nerfs des maliens à fleur de peau. Car les enjeux économiques sont énormes.

Ce sont près de 200 milliards de F Cfa que les immigrés maliens, tout statut confondu, mettent chaque année dans l’escarcelle de l’Etat. A l’aune de ce chiffre, que représentent ces 4 milliards d’appui financier que la France voudrait nicher dans cet accord ?

Des pays comme le Burkina Faso peuvent bien sauter sur l’occasion car l’apport des 5000 burkinabé vivant en France peut bien paraître infime dans le produit national brut. Il en va ainsi pour les six autres pays qui ont paraphé en conscience et en toute connaissance de cause cet accord sur la gestion des flux migratoires. Le Mali, lui, a des arguments de taille.

Aujourd’hui vivent en France près de 120 000 maliens. Seulement 20 000 d’entre-eux ont acquis depuis des lustres, la nationalité française. 60 000 peuvent se prévaloir d’un contrat de travail, faisant office de viatique leur permettant de justifier de leur présence chez le gaulois.

Ce sont donc, près de 40 000 maliens qui seraient abandonnés aux charters. Un véritable drame humain en perspective qui ne doit nullement être occulté par le millier de régularisations par an dont la France entend s’acquitter si le Mali venait à signer cet accord.

Mais la France pour la quatrième fois, a tourné le talon sous la forte pression de la société civile malienne qui a fait chorus avec ses autorités. Pour les habitués des arcanes de l’Elysée, les diplomates français sont loin de lâcher le morceau ; habitués qu’ils sont à avoir l’adversaire à l’usure. La recette est bien connue. Le Mali doit s’attendre au prochain round à se voir miroiter des mesures d’accompagnement spéciales et autres avantages dont les autres pays signataires n’ont pas bénéficié.

La France en a les moyens et elle ne s’en priverait pas lorsqu’elle se sent défier. Au Mali donc de négocier serrer, d’obtenir d’abord de la France la régularisation ipso facto des milliers de ses fils qui continuent d’y endurer la souffrance. Cinq mille régularisations par an, cela pourrait être mieux perçu que le millier que propose la France. Puisque 50 000 maliens pourront avoir leur sésame en l’espace de dix ans. Ce qui est considérable. Pour sûr, Brice Hortefeux reviendra à Bamako, la corbeille encore mieux garnie.

A nos autorités de redoubler de vigilance, car rien n’engagera l’exécutif français qui succédera à Sarkozy et ses sbires et qui pourront remettre en cause toutes clauses éventuelles concluent en sourdine entre les présents acteurs et n’apparaissant pas dans le document standard. Déjà, il est fort probable que dans le cas où la France voudrait octroyer plus de faveurs au Mali, que les autres pays signataires n’en viennent à la fronde et passer au bistouri le fameux contrat.

Mais au delà de toutes ces mic-mac de la France, on peut se demander à quelle fin cette politique d’immigration choisie a-t-elle été élaborée, surtout que les africains en général aiment mieux leur continent que tout autre. Ils sont 900 millions à y vivre contre seulement 2 millions à travers toute l’Europe, selon des estimations de l’OCDE. Si l’on sait que pendant la moitié du 19ème siècle, 60 millions d’européens fuyant les guerres et les famines ont migré vers l’Amérique qui les a accueillis à bras ouverts.

Près de la moitié de l’Irlande s’y est retrouvée et les Etats-Unis peuvent s’honorer d’avoir eu 11 présidents issus de cette immigration irlandaise. Aujourd’hui, c’est la France des droits de l’homme qui planifie des expulsions et voudrait faire porter le chapeau à nos dirigeants à travers un accord bancal qui ne vaut que son pesant de bronze.

Amadou Sangho

15 Janvier 2009