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Rarement, une déclaration présidentielle aura suscité autant de controverses au sein de l’opinion publique malienne. La phrase lancée par le président de la République “bè bi babolo” a eu l’effet d’une onde de choc qui ne finit pas de faire parler les Maliens. Colère, indignation, compréhension, autant de sentiments recueillis lors de notre micro trottoir


Ami Sacko, vendeuse de brochettes et frites à Dravéla : “ATT a très mal parlé

ATT a très mal parlé. Comment peut-il dire ‘’bé bi ba bolo ‘’ à des gens qui sont en difficulté. Je crains vraiment, qu’à cause de cette déclaration, il ne soit agressé par des gens. Toute la ville parle aujourd’hui de ces propos qui ne doivent pas sortir de la bouche d’un chef d’Etat. Cela veut dire qu’il ne se soucie pas des plus pauvres. Un guide doit savoir comment parler à toute une population.

Seydou Sacko, étudiant en 2ème année géographie : “ATT n’a pas été compris

Je me pose la question de savoir si les gens ont bien compris le sens des paroles d’ATT quand il a dit ‘’ bé bi ba bolo ‘’. Certains ont effectivement pensé qu’il n’a plus de solution. Mais, en revenant au contexte de cette parole prononcée le 8 mars, journée internationale de la femme, cela veut dire que les femmes doivent faire des efforts. Quand la femme, dans la maison, se conduit bien, c’est tout le foyer qui est sauvé, car les enfants se conduiront bien et le pays s’en trouvera mieux. A l’opposé, si les femmes sont mauvaises, les enfants feront n’importe quoi, de ce fait, les foyers et le pays seront à la dérive.

Mohamed Traoré, tailleur provenant de Ségou : “Tout le monde est comptable de la vie chère

La situation actuelle ne doit pas être mise au seul compte d’ATT. Tous les Maliens sont concernés. Le 26 mars, tout le monde était content de la chute de Moussa Traoré. ‘’ bé bi ba bolo ‘’ n’est pas un mensonge qu’il faut coller à ATT. La vie est chère, c’est vrai et ce n’est pas dû au seul président ATT mais à tous les Maliens. Quand il est arrivé au pouvoir, il a trouvé qu’il n’y avait pas d’argent au Trésor. Nous devons tous faire des efforts et des voeux pour que les choses s’améliorent.

Menuisier métallique à Dravéla Bolibana : “Les prix ont grimpé

Ma compréhension de cette parole, pour ce qui nous concerne, est que nos marchandises sont devenues plus chères. Hier et aujourd’hui, les prix ont grimpé. Nous sommes donc obligés de hausser nos prix, ce qui décourage nos clients. Ces propos d’ATT veulent dire que la vie est devenue chère partout, pas simplement ici mais c’est l’ensemble du pays qui est concerné. Il ne nous reste plus qu’à faire des vœux et des prières pour que les choses aillent mieux.


Femme anonyme devant la Bourse du travail : “C’est le sauve qui peut

‘’ Bé bi ba bolo ‘’ doit être compris que c’est la femme qui est la personne nourricière d’un foyer donc d’un pays. Si le comportement de la femme est digne, cela peut sauver la maison et le pays. Mais cette parole dite par un Chef d’Etat peut donner lieu à plusieurs interprétations car cela veut aussi dire qu’en période difficile, c’est le sauve qui peut. Chacun pour soi.


Fatoumata Diallo, partante volontaire à la retraite “Un capitaine doit-il abandonner son unité en période de combat ?

Je ne sais pas dans quel contexte cette parole a été prononcée. A ma compréhension, cela signifie qu’en période difficile, de vie chère, chacun doit se débrouiller. Ce qui n’est pas élégant venant de la bouche d’un Chef d’Etat. Un capitaine doit-il abandonner son unité en période de combat ? C’est du défaitisme. En tout cas, j’aurai mieux aimé comprendre le contexte de cette parole parce qu’un Chef d’Etat devrait mieux maîtriser sa communication et donner de l’espoir au peuple et non le décourager. Tout le monde compte sur lui en tant que Chef, ce serait donc déconcertant qu’il fuit ses responsabilités.


Youssouf Abdoul Sissoko, professeur enseignement secondaire : “On ne sait plus où aller

Chacun pour soi, Dieu pour tous. Que tout le monde se défende à sa manière. Le propos n’est pas bien venu en cette période, parce qu’en réalité, tout le monde se plaint, car ça ne va pas dans le pays. Si de tels propos viennent de la bouche du président de la République, c’est trop dur. C’est dire qu’on ne sait plus où aller.


Safiatou Koné, ménagère : “C’est la réalité

Le président dit que «Bè bi babolo». Cela a toujours été dit par les gens. C’est la réalité ce qu’il a dit. Nous ne devons pas nous fâcher pour ça quand même.


Baco Traoré, soudeur : “Nous sommes vraiment choqués par sa déclaration

Nous n’avons rien compris de cette déclaration d’ATT. Il ne devait pas parler comme ça aux Maliens. On aurait accepté cette déclaration venant de quelqu’un d’autre que du premier responsable du pays. En clair, il nous a dit de nous débrouiller. Qu’il sache que bien avant qu’il nous dise ça, on se débrouillait. Mais on ne va pas voler quand même. Qu’ATT nous dise «bè bi babolo» ne nous a pas plu. Nous sommes vraiment choqués par sa déclaration.

Baba Tall, élève : “ATT a montré ses limites

Cette déclaration du président de la République a un double sens pour moi. Peut-être qu’il ne peut plus rien faire pour son pays, c’est-à-dire qu’il a montré ses limites. Ou bien qu’il ne veut rien faire aussi. Les gens ont raison d’être fâchés pour sa déclaration, car un président de la République ne doit pas prononcer des choses comme ça. Il a tout simplement montré ses limites.

Baba Sanogo : “C’est une fuite de responsabilité

Je crois que le président a mal placé son mot. L’endroit n’était pas meilleur pour parler comme ça. Car le pays traverse actuellement d’énormes crises : école, denrées de première nécessité, hydrocarbures, etc. Donc si le premier responsable déclare que «bè bi babolo» à qui va t-on penser pour nous sortir de cette situation. Pas quand même à ses ministres ou aux autres responsables du pays. Donc cela est une fuite de responsabilité de la part d’ATT. Les Maliens méritent autre chose de sa part.

Mahamane Maïga, chômeur : “Il ne devait pas faire pareille déclaration à son peuple

Je crois que le président de la République ne sait pas ce qu’il dit. Il ne devait pas faire une déclaration pareille à son peuple. L’on dira tout simplement qu’il n’a pas de bons conseillers. On allait accepter ça de la part d’une autre personne, mais pas du président de la République. En réalité, les Maliens ont été choqués.

Propos recueillis par Baba Dembélé, Fakara Faïnké et Hadama B. Fofana

14 mars 2008.