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Laissés pour compte, sans assistance, les petits artistes sont les plus grands perdants du mauvais agencement du show-biz au Mali. C’est ce qui se dégage de notre micro trottoir réalisé en milieu artiste. Réactions.

Rokia Sidibé alias Sœur Sidibé (artiste) :

« Il y a longtemps que je ne fais plus rien parce que les affaires ne marchent plus comme avant. Les artistes sont devenus nombreux. Le plus grave est que les grands artistes n’aiment pas voler au secours des débutants.

Les petits artistes vivent dans des conditions misérables, surtout les hommes. Les femmes gagnent un peu au cours des cérémonies de baptême, de mariage… mais les hommes n’ont pas cette chance ».

Djelimadi Sissoko (artiste choriste) :

« Le show-biz est le business autour du spectacle. Le show-biz est l’image du pays.

Dans un pays développé, le show-biz est développé. Malheureusement, chez nous, aucune vedette ne peut faire 50 concerts à l’intérieur du pays par an. Nous sommes toujours dans l’amateurisme. Normalement, une star qui se respecte se doit d’avoir une programmation annuelle. Ici, cette politique n’existe pas. Généralement, l’artiste qui est en tête du top est sollicité dans les zones rurales.

Ce dernier fait beaucoup de tournées mais à combien ? Le problème est que nous sommes toujours dans l’informel. Le professionnalisme n’est pas dans cette affaire sinon les Maliens en général aiment la musique. Les petits artistes ont du mal à avoir des sponsors.

Ce qui fait qu’ils ont du mal à s’en sortir. Pis, les structures de l’Etat sont absentes alors qu’il doit y avoir une politique autour de cette affaire. Les petits artistes sont laissés à leur compte. Même les « grands » sont obligés, pour gagner leur vie, de faire 6 mois de tournée en Europe. Ceux qui n’ont pas cette chance vivent de façon misérable dans le pays. C’est triste.

En outre, c’est la piraterie qui tue encore les artistes. Quand on fait une cassette ou un CD, il faut se dire qu’il sera piraté. Les piratages sont l’œuvre non seulement de petits revendeurs mais de structures organisées. Un revendeur m’a dit un jour qu’il peut avoir le sticker à 100 F CFA. Si les commerçants ont accès au sticker, on est foutu à jamais.

A cause du piratage, les producteurs ne gagnent rien après avoir payé les frais à l’artiste. Pour lancer les artistes, les producteurs sont obligés de produire avec perte. Par conséquent, les artistes maliens doivent accepter d’être piratés afin qu’ils aient de contrat à l’extérieur ».

Fanta Sacko (épouse de Toumani Diabaté, artiste) :
« Etre artiste est une bonne chose quand on gagne. Je ne peux pas dire que les affaires ne marchent pas au Mali. Mes activités m’ont toujours beaucoup apporté ».


Propos recueillis par

Sidiki Doumbia

(stagiaire)

23 Mai 2008