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Après leur réunion de pré-concertation du 15 au 17 septembre 2013, les groupes armés nomades et sédentaires du nord Mali ont été reçus par le président Ibrahim Boubacar Kéita. C’est sur un ton ferme que le président qui vient de prendre fonction s’est exprimé : « sauf l’indépendance et l’autonomie, tout est négociable… tout, à part la séparation de ce pays », leur a-t-il dit. La réponse du Mouvement national de Libération de l’Azawad (MNLA) ne s’est pas fait attendre, car dès le lendemain, son porte-parole Mahamadou Djéri Maïga annoncera : « nous ne négocierons rien (d’autre) que l’autonomie de l’Azawad, ou il n’y aura pas de négociations avec les autorités maliennes ».

Le style ‘’IBK’’ sera-t-il fait de mesures de fermeté ou de pure négociation ? Ou va-t-il manier la carotte et le bâton ? Les Maliens et les observateurs suivent de près la méthode qu’adoptera le nouveau président investi de la légitimité populaire à travers une brillante élection.

Lors de la rencontre de « pré-concertation » dernière les représentants des groupes armés nomades et sédentaires ont signé une déclaration reconnaissant l’unité nationale et l’intégrité territoriale du Mali. Tous les groupes y étaient représentés : Mouvement National de Libération de l’Azawad (Mnla), Haut Conseil Unifié de l’Azawad (Hcua), Mouvement Arabe de l’Azawad (Maa), la Coordination des Mouvements et Front Patriotique de Résistance (Cm-Fpr).

Le message du président IBK a été compris par tous comme un discours de fermeté face à des groupes armés dont certains avaient affiché leur caractère indépendantiste, comme le Mnla. Avec ce propos du porte parole du Mnla, on peut craindre que Bamako et les groupes du nord ne soient pas en phase, ce qui présage des perspectives malheureuses si un souffle nouveau n’était pas insufflé au processus de pourparlers inclusifs de paix. La déclaration du Mnla dénote d’une menace qui planerait sur les futures négociations entre Bamako et les groupes armés rebelles. Surtout quand le porte parole de la rébellion indique comme une mise en garde : « nous appelons le président IBK à ne pas éluder la question de l’autonomie de l’Azawad mais à discuter sur le fond du problème pour un règlement définitif, sinon il risque de tomber dans les mêmes travers que ses prédécesseurs ». Mahamadou Djéri Maïga va jusqu’à remettre en cause les futurs assises nationales annoncées par le nouveau président. Selon lui, « si ces assises ne posent pas la question de l’autonomie de l’Azawad sur la table des discussions, elles sont vouées à l’échec à l’instar des précédentes assises ». Selon lui, la délégation du MNLA ayant participé aux rencontres de pré-concertation « n’était pas mandatée pour la signature d’un accord mais pour assister à une réunion du comité de suivi évaluation ».

Le gouvernement malien et les groupes armés ont signé un accord préliminaire le 18 juin à Ouagadougou, selon lequel ils se sont engagés à respecter l’intégrité territoriale du pays et la forme républicaine et laïque de l’Etat. Cet accord prévoit la tenue de « pourparlers de paix » soixante jours après la prise de fonction du président élu, afin de résoudre définitivement la crise du nord.

B. Daou

Le Républicain du 20 Septembre 2013