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Après l’élaboration par le gouvernement de sa feuille de route, le dialogue avec la classe politique est bien enclenché et dans les jours à venir, les forces vives seront conviées à un forum d’échange sur les grandes préoccupations de la Nation. La voie est également ouverte à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Nous vous proposons l’intégralité de l’adresse du chef du gouvernement, Cheick Modibo Diarra

jpg_une-888.jpg« Mes chers compatriotes,

De retour d’un long périple qui m’a conduit au Niger, au Sénégal et en France, j’ai estimé devoir m’adresser à vous, pour vous rendre compte et partager avec vous certaines réflexions. Il y a lieu de rappeler que ce déplacement est l’aboutissement d’une série de voyages que j’ai eu à effectuer au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Togo, en Algérie et en Mauritanie. Dans tous ces pays, il m’a été donné l’occasion d’échanger avec mes frères et amis, de la situation du Mali, de son devenir, des voies et moyens pour libérer le pays du joug des irrédentistes, des terroristes et autres narcotrafiquants.
Je voudrais ici adresser encore une fois mes vifs encouragements au colonel Gamou et à ses hommes qui depuis Niamey ont tenu à nous renouveler leur serment de toujours rester au service de la mère patrie une et indivisible et à nous réaffirmer leur détermination à consentir le sacrifice ultime pour l’intégrité territoriale du Mali.

Mes chers compatriotes,

Ce compte rendu, j’ai tenu naturellement à en accorder la primeur au président par intérim, Dioncounda Traoré. Je suis heureux de vous annoncer que l’état de santé du Président est, de l’avis même de ses médecins, satisfaisant. Je puis en témoigner pour l’avoir trouvé en excellente forme, avec un moral d’acier et une irrésistible envie de rentrer au pays. Sur ce point, tout est mis en œuvre pour créer les meilleures conditions de son retour et de sa protection en parfait accord avec lui-même pour que plus jamais nous ne revivions le cauchemar du 21 mai 2012. Mes chers compatriotes, Avec le président Dioncounda Traoré, la mise en place du gouvernement d’Union nationale a été abordée.

Mes chers compatriotes,

Il est bon de rappeler que le gouvernement actuel a été composé dans un contexte particulièrement difficile. Lors de ma nomination, le climat politique n’était pas à la sérénité. L’approche des réalités était viciée par une vision manichéenne qui faisait que les acteurs politiques se regardaient en chiens de faïence. Nous avons donc été amené à faire le choix d’une équipe gouvernementale qui tout en reflétant l’unité et la diversité de la Nation, se voulait en dehors des contingences partisanes. C’était de notre point de vue, la meilleure façon de traverser la zone de turbulence. Dans cet environnement particulier, le gouvernement qui bouclera ses trois mois, le 24 juillet prochain a assuré avec beaucoup de réussite, les tâches ingrates mais exaltantes de l’Etat. Il s’est attaché à l’adoption des mesures visant à apaiser les tensions sociales à travers divers projets de lois soumis à l’Assemblée nationale. Dans le cadre du dialogue sociopolitique, il a initié des rencontres avec les partis politiques et les organisations de la société civile pour évoquer les moyens de relever les défis de la Transition et leur faire part de notre intention de mettre sur pied un organe consultatif destiné à servir de cadre de dialogue. Cet organe qui regrouperait des représentants des partis politiques, de la société civile, des dignitaires religieux, des opérateurs économiques, des représentants des forces armées et de sécurité, serait le lieu d’échanges réguliers avec le gouvernement sur la marche de la Transition, notamment la restauration de l’intégrité territoriale et l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles. Le dialogue avec la classe politique est bien enclenché et dans les jours à venir, les forces vives seront conviées à un forum d’échange sur les grandes préoccupations de la Nation.

Chers compatriotes,

Au titre des préparatifs de la campagne agricole 2012-2013, le gouvernement a accordé une subvention sur les semences et les intrants afin de sauver la campagne en cours et éviter une nouvelle crise alimentaire l’an prochain. Il a aussi procédé au paiement aux fournisseurs d’engrais, des arriérés dus par l’Etat au titre des campagnes 2010 et 2011. S’agissant de l’action humanitaire le gouvernement a procédé à l’acheminement et à la distribution de vivres, de médicaments, de moustiquaires imprégnées à nos compatriotes déplacés, aux populations restées au Nord et à celles des communes déficitaires dans le sud du pays. En ce qui concerne le front social, malgré le contexte économique précaire, le gouvernement paie régulièrement et à temps les salaires des travailleurs. Les services de santé et les hôpitaux fonctionnent normalement. Les fournitures d’eau et d’électricité sont assurées correctement.

Les cours et les examens de tous les ordres d’enseignement se sont tenus dans les délais. C’est le lieu pour moi de rendre hommage aux parents d’élèves, aux enfants qui ont pris conscience et ont décidé de ne plus se laisser distraire pour des activités extrascolaires et de se tourner résolument vers leurs formation, mais aussi et surtout aux maîtres qui ont bien voulu accepter de mettre en veilleuse leurs revendications légitimes. Je voudrais ici donner l’assurance que leurs préoccupations seront examinées avec bienveillance dans la mesure du possible et du droit. En ce qui concerne la justice, un accent particulier est porté sur la présentation et le respect des droits de tous les Maliens tout en s’assurant qu’aucun citoyen ne se croit au dessus de la loi. A cet effet, les enquêtes relatives à l’agression du président Dioncounda Traoré se poursuivent normalement et les auteurs, commanditaires, et complices, quels qu’ils soient, où qu’ils se trouvent, seront poursuivis et traduits devant les tribunaux. Je saisi cette occasion pour déplorer et condamner avec la dernière rigueur, l’agression des journalistes dont Saouti Haïdara, directeur de publication de l’Indépendant. Des instructions fermes ont été données pour que les auteurs de ces forfaits ignobles soient recherchés et livrés à la justice. Nous souhaitons à Messieurs Haïdara et Kéïta prompt rétablissement.

Mes chers compatriotes,

Le gouvernement vient d’élaborer sa feuille de route. La primeur en a été réservée au Président. Elle a été transmise aujourd’hui même à l’Assemblée nationale et portée à la connaissance du corps diplomatique par le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. J’envisage de convoquer sans tarder une session extraordinaire de l’Assemblée nationale pour présenter aux honorables députés le contenu de la feuille de route et obtenir leur adhésion et leur contribution pour sa mise en œuvre. Cette session aura aussi à examiner la prorogation du mandat du Haut conseil des collectivités conformément à l’arrêt de la Cour constitutionnelle dont l’avis avait été requis.

Chers compatriotes,

Beaucoup reste encore à faire. Nous en sommes conscients. Nous constatons que le feu de la polarisation partisane est en train de baisser d’intensité. Il est désormais possible de mettre ensemble les talents et les engagements au service du pays et de former un gouvernement d’union nationale. Nous sommes convenus le président et moi d’engager les consultations avec toutes les parties concernées afin que toutes les énergies soient tendues vers le même idéal, celui de réconcilier le Mali avec sa grandeur faite de dignité et d’unité.

Chers compatriotes,

L’attention du gouvernement s’est singulièrement focalisée sur la reconquête des régions du Nord. Nous avons dit que nous sommes ouverts à la négociation avec la participation de toutes les communautés originaires du Septentrion. En même temps, nous nous préparons minutieusement à l’option militaire. La réorganisation de la chaîne de commandement, l’équipement et la formation des hommes ainsi que la prise de mesures pour la motivation des troupes sont en cours. Partout, lors de mes déplacements, j’ai tenu le même langage, le Mali souhaite l’assistance multiforme pour libérer le Septentrion. Le Mali veut l’appui des pays amis pour aider à la restructuration de son armée pour que cette armée soit mieux outillée dans l’accomplissement de ses tâches régaliennes.

Partout la réponse a été la même : les pays apporteront leur soutien au Mali en fonction de leurs moyens ou conformément à leur législation nationale. Je voudrais en votre nom et en celui du président par intérim, leur exprimer la gratitude du peuple malien. La Communauté Economique des Etats de l’Afrique (CEDEAO) a donné le ton avec l’envoi d’une mission d’experts militaires à Bamako. Nous attendons impatiemment leurs propositions pour nous permettre de faire une requête en vue de poursuivre la mobilisation de nos autres partenaires d’Afrique et du reste du monde en termes de besoins adaptés aux ambitions communes. Je voudrais réaffirmer ici haut et fort que nous n’abandonnerons jamais nos compatriotes du Nord et ce qui arrive dans les zones où ils vivent est une affaire nationale, ouest-africaine, africaine et même mondiale. Nous le savons et le reste du monde le sait. Nous n’avons d’autre option que de nous unir. Chaque génération a un devoir que lui impose l’histoire.

Le nôtre est de reconstruire le Mali que nous ont léguée nos devanciers pour que nous passions le flambeau à nos successeurs avec des frontières intactes. Notre devoir est un défi et son exécution un sacerdoce. Nous avons des valeurs de civilisation qui nous permettent de nous hisser à la hauteur du destin. Il nous faut revenir à l’unité avec la passion qui nous unit et que nous avons en partage ; à savoir notre amour pour un Mali un, indivisible, prospère et fort ».

La Rédaction

L’Essor du 18 Juillet 2012