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Un mendiant est une personne dont l’activité principale consiste à quémander de l’argent ou de la nourriture par charité. Il peut s’agir d’une situation temporaire ou d’un quasi-métier avec son savoir-faire et ses usages. Le mendiant est habituellement sans domicile fixe et se déplace dans la campagne ou dans une ville.

Chaque année, les réseaux demendicité au Mali s’inventent de nouveaux tours. L’on savait qu’il existe des hommes et de femmes valides qui se déguisent en “mendiants“, des hommes en proie au chômage chronique qui font le tour des bureaux en tenant à la main une fausse ordonnance médicale et, qu’il existait aussi des gens qui se font passer pour des « sourds-muets ». Toutes ces “stratégies“ ont le même but : attirer l’apitoiement des donneurs d’aumônes. Ce que l’on ignorait par contre, c’est l’utilisation par les réseaux de la mendicité d’enfants jumeaux comme appâts pour apitoyer.

En effet, depuis un certain temps, à Bamako ou dans d’autres grandes villes du pays, les enfants jumeaux constituent particulièrement les meilleurs appâts pour des individus sans foi, ni religion. Le crime perpétré contre ces enfants jumeaux va même plus loin : ils sont loués souvent pour pratiquer la mendicité par certaines mendiantes n’ayant pas elles mêmes d’enfants jumeaux.

Selon des informations recueillies dans le milieu, le prix de la « location » d’un couple de jumeaux âgés de moins d’un an, varie entre 3 500 et 4 500 Fcfa. Les mêmes sources affirment que pour ces femmes « loueuses », les jumeaux rapportent plus d’argent quand ils n’ont pas franchi la barre des 12 mois d’âge. D’autre part, les croyances populaires africaines attribuent des dons surnaturels aux jumeaux. Par conséquent donner l’aumône aux jumeaux équivaut à une bénédiction immédiatement exaucée.

Au Mali, se trouvent notamment les enfants talibés, les enfants jumeaux, les enfants en rupture avec la famille au cœur de l’exploitation par la mendicité sans oublier les enfants qui guident les personnes handicapées mendiantes et les enfants de la rue.

D’après une étude menée par la direction nationale du développement social, il y a quelques années, 20 579 mendiants dont 5 020 enfants ont été recensés, à Bamako seulement. Plus récemment, en 2007, à travers une autre étude menée par la même structure auprès des adultes et enfants mendiants dans les régions de Ségou, Mopti et dans le District de Bamako, 6 664 enfants mendiants ont été recensés. Des chiffres inquiétants certes, mais il s’agit avant tout d’une situation assez grave et qui interpelle les pouvoirs politiques, administratifs et les organismes humanitaires.

Certaines dérives graves, comme la location d’enfants jumeaux, y compris des faux jumeaux, constatées en ce moment dans la pratique de la mendicité, nous amènent à penser qu’en l’absence de règlements normatifs sur la mendicité, les réseaux sont déterminés à franchir les limites acceptables en transformant du coup le visage et le sens donnés traditionnellement à la mendicité en tant que phénomène de société, toléré et entretenue par la société africaine.

Au vu des modifications de comportements intervenues récemment dans la pratique de mendier, le phénomène est indiscutablement devenu aujourd’hui un véritable crime avéré. Et comme tout crime, la mendicité (sous certaines formes), doit désormais être puni. Surtout celle qui s’organise autour d’enfants, qu’ils soient jumeaux, talibés ou enfants de la rue.

Par exemple depuis 2003, la France a durci la loi contre la pratique de la mendicité organisée autour d’enfant (s) mineur (s) par une personne s’appuyant sur son statut de parent ou de celui de tutelle. Ainsi, toute personne reconnue coupable de mendicité en utilisant un enfant encourre une peine d’emprisonnement d’au moins cinq ans et une lourde amende. En dehors de toute législation contre la mendicité, les pouvoirs politiques et administratifs pourront- ils par des moyens de droit empêcher que soient utilisés des enfants pour fin de mendicité ? Certainement, non. Mais par contre, l’occupation anarchique des voies publiques et des espaces publics constitue une infraction.

Alpha K. Diakité

06 Octobre 2008