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I. Introduction

1. Par lettre en date du 23 juillet 2008 adressée au Président du FDR, le Premier ministre a « convié les leaders du FDR à une rencontre en vue d’échanger autour des questions d’intérêt commun touchant à la vie de la nation.»

2. Opposition démocratique républicaine soucieuse de l’intérêt national et prenant toute la mesure des problèmes brûlants que le Mali traverse aujourd’hui, le FDR a décidé de répondre positivement à l’invitation du Premier ministre. Lors d’une réunion extraordinaire, la conférence des présidents du FDR a défini les axes principaux du présent mémorandum.

3.Le Mali continue de traverser en cette fin de juillet 2008, une crise multidimensionnelle. La dégradation des conditions de vie de la population, la vie chère, la crise des finances publiques, la crise avec l’Union Européenne sont venues s’ajouter à la persistance de la crise de l’école et de la crise du Nord.

Ces crises sont gérées par le Gouvernement actuel avec improvisation et amateurisme soumettant à rude épreuve la cohésion sociale.


II. La vie chère

4. Face à la flambée des prix des produits de première nécessité qui accable le peuple malien depuis plusieurs mois, le gouvernement donne l’impression d’une impuissance criarde. La lutte contre les spéculateurs qui s’enrichissent sur le dos de l’Etat et du peuple n’est pas menée avec esprit de suite. Une poignée d’opérateurs économiques continue de bénéficier d’exonérations au détriment du trésor public sans impact sur les prix à la consommation.

L’inégalité des opérateurs économiques devant le cordon douanier et fiscal choque tous ceux qui sont épris de justice et a un grave impact dans le milieu commerçant.


5. Initiative Riz

Conçue dans la précipitation et dans l’improvisation comme réponse à la crise des marchés céréaliers, l’initiative riz est en train de donner lieu à des dérives qui jurent avec les principes de la bonne gouvernance.

Ainsi le marché des engrais d’un montant de près de 12 milliards aurait été passé de gré à gré.

Si le Gouvernement avait été attentif aux avis des experts et aux propositions de l’opposition démocratique, il aurait différé d’une année la mise en œuvre de l’initiative Riz. Du coup, il aurait épargné au trésor public d’importantes saignées financières.


6. La crise des finances publiques

Le Mali traverse une crise de trésorerie sans précédent.
A la fin du mois de mai 2008, le trésor public cumulait plus de 200 milliards de FCA d’impayés. Entre la fin du mois de juin et la mi-juillet, ce chiffre dépassait 260 milliards. Si cette situation n’est pas maîtrisée, c’est toute l’économie nationale y compris le système bancaire qui risque d’être étouffé. Sur cette question, il est urgent de mettre fin à la politique de l’autruche et de faux-fuyants.

« Les services de l’assiette » doivent être mis en position de s’acquitter de leur mission. Il est urgent de desserrer l’étau de certains opérateurs économiques sur la douane et les impôts.


7. La réduction du train de vie de l’Etat

Malgré l’aggravation de la misère du peuple, malgré les difficultés ci-dessus évoquées, le citoyen ne perçoit aucun effort de l’Etat pour réduire son train de vie. Tout se passe comme si les gouvernants sont sourds et aveugles ; autrement, un certain nombre de mesures auraient été prises depuis longtemps.

Devant la grave situation financière que le Mali traverse, le FDR préconise :

* La réduction du train de vie de l’Etat (dépenses en carburants, électricité, eau et communication) ;

* La réduction au strict minimum nécessaire des missions effectuées par les membres du Gouvernement et de l’Assemblée Nationale, des autres institutions de la République et des démembrements de l’Etat ;

* La révision du taux des frais de missions des membres du Gouvernement, de l’Assemblée Nationale et des autres institutions ;

* La réduction des budgets de souveraineté des chefs des institutions de la République ;

* La moralisation des missions et des frais de missions : à titre d’exemple, récemment une délégation malienne conduite par un membre du Gouvernement a participé, à SANTIAGO du CHILI à une réunion internationale sur la baleine !!!
Cet exemple suffit à lui seul pour démontrer que certaines missions gouvernementales sont entreprises et exécutées en dehors de tout bon sens économique voire même de tout sens de l’intérêt de l’Etat ;

8. Les privatisations

La poursuite des réformes économiques engagées depuis quelques années vise à mettre à l’ordre du jour la question de la privatisation de la BIM SA, de la SOTELMA et de la CMDT. Le forcing du Gouvernement auquel nous assistons aujourd’hui pour mener à bien la privatisation, notamment de la CMDT ressemble à un diktat intolérable imposé au Mali.

Il est l’illustration entre autres du manque d’anticipation et de la politique du sur-place. Des dispositions auraient dû être prises pour mener le processus en évitant la précipitation actuelle qui est ressentie par nombre des Maliens comme étant une humiliation ;

9. La crise de l’école

La persistance de la crise de l’école conduit le Gouvernement à envisager un forum dans le but, semble-t-il, de s’attaquer aux racines du mal. Cette démarche aurait pu être louable si elle n’était pas accompagnée d’une politique caractérisée par l’intransigeance et l’autisme comme on peut le constater dans la gestion des conflits qui agitent l’espace scolaire.

Il n’est pas envisageable de construire une école digne de ce nom sans les enseignants. Comme il n’y a pas lieu de se réjouir d’avoir « sauver l’année scolaire » en organisant les examens sans les enseignants.

10. La crise du Nord

Elle continue de faire peser de sérieuses menaces sur l’unité et la cohésion nationales. Elle crée l’insécurité et l’instabilité. Les conséquences de cette crise font que nous ne contrôlons plus la totalité de notre territoire (cf la présence sur notre territoire d’otages occidentaux et de leurs ravisseurs.)

La question du Nord est une question éminemment nationale, elle concerne tous les Maliens. Sa solution requiert le concours de tous. La gestion confidentielle de la crise du Nord, avec l’exclusion des institutions de la République (jusques et y compris à l’Assemblée Nationale, cf huis clos sur le Nord), des partis politiques nationaux, de la société civile malienne, ne favorise pas sa résolution démocratique.


11. La crise avec l’Union Européenne

Le bras de fer naissant entre l’UE et le Mali à la suite de l’enquête de l’Office Européen de Lutte contre la Fraude (OLAF) sur le CDE (Centre de Développement des Entreprises) que dirigeait notre Ministre des mines, de l’Energie et de l’Eau, est une profonde source d’inquiétude pour le FDR. L’Union Européenne est à ce jour notre principal partenaire au développement. Ses concours financiers au Mali atteignent bon an, mal an, une centaine de milliards de nos francs.

En outre, au titre de la coopération bilatérale, plusieurs pays membres de l’UE assistent le Mali dans ses efforts de développement dans des secteurs aussi vitaux que l’eau, l’électricité et la santé. En conséquence, notre pays ne peut se permettre une crise durable avec ces partenaires.


III. Conclusion

Il faut se rendre à l’évidence que la conjonction de toutes ces crises conduit le Mali dans une grave impasse.
Ces crises conjuguées mettent en péril la cohésion et la stabilité du pays.

Il y a alors urgence à changer de politique, à changer d’approche dans la gestion des problèmes du pays.
Le Gouvernement et sa majorité qui gèrent aujourd’hui le pays n’en sont pas les propriétaires. Les actes qu’ils posent ou qu’ils ne posent pas, les décisions qu’ils prennent ou qu’ils diffèrent ont des conséquences sur le présent et l’avenir du pays. Bamako, le 25 juillet 2008

LE FDR

28 Juillet 2008