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1. Introduction:

Le 23 mai 2006, à l’aube, un coup de main opéré par des déserteurs de l’armée nationale se terminera par l’occupation de deux garnisons à Kidal.

Dans la même matinée, le Chef de bataillon de Ménaka a pris le maquis en emportant armes et munitions.
Les auteurs de ces actions ont tous appartenu, il y a une quinzaine d’années, à la hiérarchie de l’ex-Mouvement populaire de libération de l’Azawad (MPA). Avec leurs hommes, les armes, les munitions et les moyens logistiques emportés, ils se retranchèrent dans les montagnes de Tegharghar, déclenchant une crise dont le Mali n’avait nul besoin.

2. Rappel :

Peu après son accession à l’indépendance, le Mali a été confronté à une révolte dont le cercle de Kidal a été le principal théâtre.
Cette révolte conduite par des notables Kel Tamasheq a été matée en
1963-64 par les troupes de la jeune armée malienne. Une longue période d’administration militaire commença au Nord du Mali.

L’attaque contre Ménaka perpétrée en juin 1990 par un groupe de jeunes combattants Kel Tamasheq appartenant au MPA marque le point de départ de ce qui est convenu d’appeler “ la 2e rébellion touareg ”.

Cette 2e rébellion a entraîné de profonds bouleversements au Nord du Mali et provoqué la fragilisation de l’Etat central.

3. Le processus de paix et sa consolidation :

L’accord signé à Tamanrasset le 6 janvier 1991 sous l’égide de l’Algérie entre le Gouvernement du Mali et les représentants du MPA et du FIAA était censé mettre fin à la rébellion. Il n’a été qu’une accalmie avant la relance des hostilités contre les troupes d’un Gouvernement confronté par ailleurs à la montée de l’insurrection exigeant l’instauration de la démocratie dans le reste du pays.

Après le renversement de la dictature, les autorités de la Transition ont engagé, avec l’entremise de l’Algérie, de nouvelles négociations avec les groupes rebelles regroupés au sein des Mouvements et fronts unifiés de l’Azawad (MFUA), qui ont conduit à la signature du Pacte national de paix le 11 avril 1992 à Bamako.
Au moment de la signature du Pacte, quatre principaux mouvements représentaient la rébellion. Il s’agit de :

* Le Mouvement populaire de l’Azawad (MPA) composé majoritairement de jeunes Ifoghas et alliés et dirigé par Iyad Ag Ghali et Ahmada Ag Bibi ;

* Le Front islamique arabe de l’Azawad (FIAA) regroupant les Arabes et les Maures dont un des principaux animateurs était Zahaby Ould Sidi Mohamed ;

* L’armée révolutionnaire de libération de l’Azawad (ARLA), une scission du MPA, composée majoritairement de Touareg Imrad et dirigée par Abderahmane Galla, Sidi Mohamed Ag Ichrach et El Hadj Gamou ;

* Le Front populaire de libération de l’Azawad (FPLA), autre scission du MPA qui mobilisait, entre autres des jeunes Chemanamas, sous l’égide de Aghatam Ag Alhassane et de Zeïdane Ag Sidalamine et dont le Chef militaire fut Rhissa Ag Sidi Mohamed.

* Par la suite, à la faveur de difficultés d’application du Pacte, du retour de l’insécurité et de l’exacerbation des tensions entre communautés, le Mouvement patriotique Gandakoy verra le jour au sein des communautés sédentaires.

La mise en œuvre du Pacte a été un long processus qui a mobilisé l’Etat, les communautés du Nord, certains voisins et les partenaires du Mali.

• La cérémonie de la Flamme de la Paix organisée le 27 mars 1996 a été une
étape importante dans la consolidation du processus de paix et le retour de la confiance entre les protagonistes de la crise du Nord. Ce jour là, les MFUA ont annoncé leur auto-dissolution. Plus de 2500 combattants de l’ex-rébellion ont été intégrés au sein de l’armée nationale, dans les corps paramilitaires et dans l’administration d’Etat.

• Une loi portant amnistie a été promulguée le 7 mars 1997.

• Cette loi et le recul de l’insécurité ont favorisé le retour de près de
130 000 réfugiés, retour effectué parfois avec le concours du HCR.

• En 1996, un ministère chargé des zones arides et semi-arides a été créé
pour impulser des actions de développement notamment dans les régions du Nord.

• Des projets de développement tels que le PSARK, le projet Mali Nord, le
projet FIDA, mis en veilleuse du fait de l’insécurité, ont été relancés avec le retour progressif à la normale.

• De nouveaux projets ont été conçus pour soutenir le processus de paix.

* Le PAREM (Programme d’appui à la réinsertion des ex-combattants du Mali)
a été lancé avec le soutien des partenaires bilatéraux et multilatéraux dont l’enveloppe totale a été de 9 691 313 USD a pris fin le 31 décembre 1997.

* Le CAR-Nord (Consolidation des acquis de la réinsertion) a comme son nom
l’indique, pris le relais du PAREM de 1998 à 2003 avec une enveloppe de 5 millions de dollars.

* 866 projets individuels ou collectifs ont été financés. Des primes de
mobilisation d’un montant de 1 175 000 USD ont été payés aux ex-combattants.

* Le Programme d’appui au développement local (PADL) et le projet Mineka
ont été mis en œuvre vers la fin des années 90 avec chacun une enveloppe de plusieurs milliards de FCFA.

* L’Agence de développement intégré au Nord (ADIN) a été créée par la
suite pour impulser un développement intégré du Nord.

* Le programme intégré de développement des régions du Nord (PIDRN) a pris
récemment le relais de l’ADIN.

4. La fragilisation du processus de paix et du Nord
– Le Commandant Bilal Saloum, chef militaire du MPA, membre de la Commission de cessez-le feu a été assassiné en mars 1994 par des dissidents du processus de paix ;
– De 1999 à 2004, le Nord a été le théâtre d’affrontements sanglants et
meurtriers entre Arabes et Kounta.
Le contrôle du commerce illicite de certaines marchandises dont le tabac, la puissance économique des commerçants arabes, sont entre autres, les causes de ces combats fratricides qui ont menacé la paix au Nord ;
– En 2001, une dissidence animée par Ibrahim Ag Bahanga exprimait le désir
de la fraction Ifoghas des Ifrigoumissenes d’avoir leur commune dans le cadre de la décentralisation ;
– Le 19 août 2003, 14 otages européens enlevés en Algérie par les insurgés
du GSPC (groupe salafiste pour la prédication et le combat) dirigés par “ Abderazak-le Para ” sont libérés et remis au Palais de Koulouba aux plénipotentiaires allemands. Le Mali est intervenu pour des raisons humanitaires dans cette affaire à la demande des Gouvernements allemand, suisse et néerlandais.

La presse internationale évoquera par la suite le paiement d’une rançon par les gouvernements occidentaux concernés.
Certaines figures de l’ex-rébellion touareg auraient joué un rôle dans les contacts avec le GSPC.
– Au début de l’année 2005, des personnalités qataries qui chassaient
l’outarde dans le Tilemsi ont été prises en otages par des hommes armés, qui ont été par la suite neutralisés par un détachement militaire envoyé à la recherche des otages.
– En 2005, à l’occasion de la célébration de la révolution du Fateh (1er
septembre), le Guide Libyen invita et reçut à Tripoli une délégation de communautés arabes, touareg et songhoï.
Cette délégation a été précédée de deux autres délégations de notables et leaders touareg et arabes reçues par les autorités libyennes. L’idée de
projets conçus par les populations du Nord et financés directement par le
Guide libyen est partie de ces visites.
A leur retour, les visiteurs du Guide ont tenu plusieurs réunions avant de créer Air Nord.
– L’ouverture d’un consulat libyen à Kidal résulte de ces voyages et des
projets de financement libyen.

– Le Maouloud 2006 (avril)

Lors de sa visite à l’occasion du Maouloud à Tombouctou, le Guide libyen a eu des entretiens avec plusieurs notables et leaders arabes et touareg.
C’est ainsi que le Colonel Hassan Fagaga, alors en désertion, a été reçu sous la tente du Guide.
C’est un avion libyen qui est allé chercher et fait de la place aux cadets.

Les aspirations des cadets dans certains cercles contestant la main mise de la chefferie sur les organes de la démocratie (assemblées, mairies) sont parmi les causes de la crise actuelle.

5. Le mouvement associatif du Nord

• Le COREN (Collectif des ressortissants du Nord) : regroupe des membres des trois communautés, touareg, arabe et songhoy. Il est présidé par le Dr Almouzar Maïga.

• L’APDS (Alliance pour le développement et la promotion du Sahel), créée en 1996, regroupe les arabes et les maures. Elle est présidée par Mr Bady Ould Ganfoud.

• La CCAM (Coordination des communautés arabes du Mali), dirigée par Mohamed El Moctar. Cette association a tenu des assises à Gossi les 6 et 7 mai 2006. Elle regroupe, entre autres, des membres de l’ex-FIAA.

• L’UCAM (Union des communautés arabes du Mali). Le président de cette association est Lamine Ould Tahar. L’UCAM a tenu des assises concurrentes à Tombouctou les 6 et 7 mai 2006, avec à l’ordre du jour, le développement du Nord.

• L’AIR NORD : l’Alliance interrégionale du Nord créée en 2005, à la suite des visites à Tripoli de ressortissants du Nord. Elle a été encouragée par les libyens pour initier des projets de développement au Nord dont l’enveloppe s’élèverait à plusieurs dizaines de milliards du F CFA. Air Nord est présidée par Algabass Ag Intalla qui est secondé par Me Harouna Toureh.

6. Les solutions préconisées par le Parena :

* résoudre par le dialogue la présente crise ;

* éviter tout dérapage susceptible de légitimer la dissidence ;

* rendre hommage au soldat intégré mort en défendant le drapeau malien ;

* encourager les intégrés loyalistes ;

* sensibiliser la presse afin d’éviter tout discours de haine ;

* sensibiliser l’armée : éviter tout dérapage qui relancerait les
désertions et les départs vers les pays voisins ;

* impliquer les ressortissants des trois communautés dans les missions de
sensibilisation ;

* rencontrer les partis politiques pour les informer de la situation qui
prévaut dans le Nord, les informer des efforts en cours pour résorber la crise et recueillir leurs analyses et suggestions ;

* organiser un débat à l’Assemblée Nationale sur la crise dans la région
de Kidal ;

* renforcer la cohésion entre les communautés ;

* envoyer des missions de sensibilisation sur le terrain dans les trois
régions ;

* ne pas accorder plus d’importance à ceux qui ont pris les armes au
détriment de ceux qui sont restés pacifistes et fidèles à la République ;

* exercer l’autorité de l’Etat ;

* intensifier les relations avec tous les pays du Maghreb ;

* rechercher des solutions aux problèmes économiques ;

* réaliser la route Gao-Kidal (longue de 350 Km) ;

* réaliser la route Kidal-Abeibara-Boughessa ;

* ériger un aéroport international à Kidal ;

* pour réaliser un meilleur brassage des générations montantes:
– ouvrir un internat au lycée de Kidal et y envoyer des jeunes des régions
du Sud,
– envoyer des lycéens du Nord dans des internats au Sud ;

* créer auprès du président de la République une cellule stratégique de
réflexion et d’action sur l’unité et l’intégration nationales pour combler le vide créé par l’extinction du Commissariat au Nord.

* Créer un ministère chargé du développement des régions sahariennes et
sahéliennes ;

* Evaluer périodiquement le Pacte national et corriger les lacunes dans sa
mise en œuvre

7. Conclusion

La première rébellion était d’inspiration souverainiste, elle a donné lieu à une solution militaire.
La 2e rébellion avait la particularité d’impliquer à la fois les touaregs de toutes tribus ainsi que des arabes et des maures.
D’inspiration essentiellement économique et identitaire, elle posait surtout le problème du rapport au pouvoir central de Bamako.
Les problèmes politique, économique et identitaire ont trouvé leur règlement dans l’accord de Tamanaraset et dans le Pacte national avec le Nouvel Etat, post 26 mars, à l’avènement duquel, les mouvements rebelles ont apporté une large contribution.
Les événements du 23 mai posent un problème d’administration et non de revendication territoriale.
La compétition entre anciens et nouveaux pouvoirs (chefferies locales et chefs des ex-mouvements rebelles) se fait sur fond d’effacement de l’Etat qui offre le champ libre au banditisme armé, à la contrebande, au trafic d’influence, à la surenchère et au chantage etc…. Une stricte application des engagements pris de part et d’autre devrait résorber la crise naissante.

Bamako, le 4 Juin 2006

Elaboré par le Comité Directeur du PARENA

Approuvé par le Conseil National extraordinaire du Parti
réuni le 15 Juillet 2006 à Sikasso

18 juillet 2006