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A la veille de la célébration du cinquantenaire de l’accession de notre pays à l’indépendance, comme si le temps des épanchements était venu, comme s’il s’était agi d’une sorte d’exorcisme, prélude à la catharsis nécessaire pour regarder l’avenir en face, les langues se délient, les témoignages se multiplient. Le Mali indépendant ouvre ses trappes et à dose homéopathique livre la face cachée de l’iceberg de son histoire récente.

Le capitaine commissaire Mamadou Belco Ndiaye vient de publier aux éditions Imprimeries du Mali Quand le pouvoir délire, un livre témoignage dont nous vous proposons des extraits. Portant sur la période d’ébullition de l’épisode kaki de notre noire vie politique, il se veut le prolongement de Dix ans au Bagne Mouroir de Taoudénit du sergent chef Samba Gaïné Sangaré, Le Chemin de l’Honneur de l’adjudant Guédiouma Samaké, Tranferts Définitifs du colonel Assimi Souleymane Dembélé, Ma Vie de Soldat du capitaine Soungalo Samaké et Le Salaire des Libérateurs, du vieux RDA, Amadou Seydou Traoré.

D’autres fils du pays, au nom du devoir de mémoire, se doivent de porter témoignage de ce que fut notre existence commune, dans une entreprise désormais aux allures de vérité – pardon et réconciliation. Dans la même veine que la célèbre pièce de théâtre des années de braise « Ni San cyenna Jate Kalo La » éditée ces jours chez Cauris Edition.

S.El Moctar Kounta

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Extraits :

Les dissensions au sein du CMLN

Les rumeurs des plus folles commençaient à circuler sur les contradictions ou mésententes au sein du Comité Militaire de Libération Nationale, Le référendum sur la nouvelle constitution venait d’être approuvé et il fallait préparer les prochains scrutins. Les membres du Comité Militaire avaient des points de vue différents, et déjà, l’opinion publique les avait classés en trois groupes : Ceux qui voulaient continuer à faire de la politique, Ceux qui voulaient partir et en finir avec la politique, et Ceux qui affichaient une position de neutralité. Des étiquettes étaient collées sur chaque groupe avec des commentaires qui prédisaient tous les jours l’explosion du Comité Militaire de Libération Nationale.

Les Administrations d’État, particulièrement l’Armée et les Services de Sécurité, évoluaient dans un climat de laisser-aller frisant la pagaille, C’est dans cette atmosphère particulièrement trouble que nous, les policiers de Bamako, souhaitâmes que la Direction Générale des Services de Sécurité acceptât de tenir une réunion d’information, comme elle avait l’habitude de le faire lors des grands évènements.

Le Directeur Général étant lui-même membre du Comité Militaire de Libération Nationale en la personne du Lieutenant-Colonel Tiékoro Bakayoko, nous souhaitâmes connaître sa version des faits au sein du Comité Militaire.

C’est ainsi que le 14 janvier 1978, une rencontre regroupant les chefs des divisions et tous les commissaires de la ville de Bamako s’est tenue dans la salle de réunion de la Direction Générale des Services de Sécurité.

Il était 15 heures, Le Directeur Général, Tiékoro Bakayoko, dans un franc-parler qui lui était habituel, nous a dépeint la situation dans laquelle se trouvait le Comité Militaire, Il confirma pratiquement toutes les rumeurs circulant sur cette institution.

En conclusion, il affirma qu’à la fin du mandat du Comité Militaire, tous les membres devaient cesser de faire de la politique : regagner les casernes ou basculer dans la vie civile.

Nous sommes restés silencieux pendant et après l’intervention du Directeur Général. Mais au sortir de la salle, nous avons compris que les rumeurs se confirmaient et qu’en même temps, la situation devenait inquiétante. Je regagnai mon commissariat, très déçu, mais avec l’espoir que l’horizon s’éclaircirait et que la tension finirait par baisser avec les multiples médiations.

Mais hélas ! Aucune médiation ne semblait aboutir et les rumeurs de mésentente et de division des membres du Comité Militaire continuaient à circuler : parfois, des événements étaient prédits, dates à l’appui, C’est dans cette atmosphère tendue que le 9 février 1978, une autre réunion s’est tenue à la Direction Générale des Services de Sécurité, sous la présidence du Directeur Général, Tiékoro Bakayoko.

Ce jour-là, nous nous sommes rendus compte de la gravité de la situation politique du pays puisque le Comité Militaire ne se réunissait plus en raison des dissensions entre ses membres, Le pays n’était plus gouverné, et au sortir de la salle, il était du devoir de chacun de nous policiers de savoir prendre des dispositions légales pour une meilleure surveillance de son secteur.

Dès mon retour dans mon bureau, je préparai un plan de maintien d’ordre et de défense de mon commissariat, Mais, contrairement à la rumeur publique, aucun évènement n’eut lieu jusqu’au 28 février 1978.

Les conclusions de la commission d’enquête

Pendant que nous nous trouvions dans cette situation de brouhaha, je reçus une convocation de la commission nationale d’enquête me demandant de me présenter devant elle. Pourquoi? Je n’en savais rien, Dès réception de la convocation, je me présentai devant la Commission Nationale d’Enquête.

Dans la salle où elle siégeait, la commission était au grand complet présidée par le chef de bataillon, Sori Ibrahima Sylla, entouré de plusieurs officiers et de deux civils remarquables qui étaient Madame Sira Diop de la Commission Nationale des Femmes et M. Boissé Traoré représentant l’UNTM.

La commission, par la voix de son président, me demanda de dire ce que je savais des évènements avant le 28 février et des deux réunions tenues les 14 janvier et 9 février dans la salle de réunion de la Direction Générale des Services de Sécurité et présidées par le Lieutenant-Colonel Tiékoro Bakayoko.

Pendant près d’une heure, je leur ai fait le récit, point par point, des déclarations faites par le Directeur Général des Services de Sécurité, Tiékoro Bakayoko. A la fin de ma déposition, j’ai été invité à rester dans la salle pendant que la commission devait se retirer pour délibérer. Une demi-heure plus tard, la commission est revenue, et par la voix de son président, déclara qu’elle n’avait rien à me reprocher et qu’en conséquence, je pouvais disposer.

J’ai donc regagné mon bureau un peu soulagé, mais complètement froissé à l’idée que le fait d’avoir assisté à deux réunions présidées par le Directeur Général des Services de Sécurité, réunions tenues à 15 heures, dans la salle habituelle des réunions des Commissaires de Police, aurait pu me coûter cher.

Quelle faute pénale ou administrative pourrait-on me reprocher pour avoir assisté à des réunions de service sur convocation du Directeur Général du Service, dans la salle de réunion habituelle, à 15 heures, heure habituelle de travail, en présence de tous mes collègues commissaires de Bamako, tous habitués à ces genres de réunions chaque fois que la situation l’exigeait ?

Aussi, les propos tenus par le Lieutenant Colonel Tiékoro Bakayoko, Directeur Général des Services de Sécurité, -car il l’était toujours- avait pour but d’informer ses collaborateurs que nous étions. En tant que policiers, la primeur du renseignement nous revenait.

Aucune décision n’avait été prise, aucun propos n’avait été tenu allant dans le sens d’une action à l’encontre du pouvoir central, Bien au contraire, nous étions désormais préparés à faire face à tout évènement qui surviendrait, car notre mission essentielle était de protéger les citoyens, leurs biens et aussi les biens de l’État. J’étais dans mon bureau, tout seul, en train de ruminer les raisons de ma comparution devant la commission nationale d’enquête, Pourquoi moi? Pourquoi ca ?

Le lendemain de ma comparution devant la commission nationale d’enquête, deux agents du Contrôle général d’État faisaient irruption dans mon bureau pour me dire qu’ils avaient mission de venir contrôler la situation financière de mon commissariat. La mission était dirigée par M, Tidiani Guittèye, inspecteur des postes et télécommunications, agissant en tant que contrôleur d’État.

Malgré la surprise qui m’était faite, je gardai tout mon calme, Je demandai aussitôt aux contrôleurs de s’installer où ils voulaient pendant que mon Adjoint et moi-même restions à leur disposition. Tous les documents qu’ils ont souhaité avoir, furent mis à leur disposition, Ils travaillèrent toute la journée et en fin d’après-midi, les contrôleurs quittèrent le commissariat en promettant de continuer leur mission, dès le lendemain, au Trésor.

Nous ne nous sommes plus revus, Aujourd’hui, je tiens à rendre hommage à M, Tidiani Guittèye qui effectua sa mission avec désintéressement et courtoisie.

Une fois de plus, j’étais perdu, Je ne comprenais plus rien, Cependant, je n’avais aucune inquiétude, car dans toute ma carrière de policier, jamais on ne m’avait reproché une mauvaise gestion financière. Il ne me venait jamais à l’idée d’utiliser l’argent ou les biens de l’État à des fins personnelles.

Deux jours après le départ des inspecteurs du contrôle général d’État, je reçus un appel téléphonique du Colonel Filifing Sissoko, Secrétaire Permanent du Comité Militaire de Libération Nationale, qui, de vive voix, me dit ceci : « N’Diaye, je te transmets les félicitations du Président de la République parce que les rapports te concernant, rédigés par la Commission Nationale d’Enquête et le Contrôle Général d’Etat, t’ont blanchi ».

Encore un honneur pour moi parce que je venais d’être félicité par la Présidence de la République, J’étais alors persuadé de pouvoir désormais exercer tranquillement ma profession de policier que j’aimais beaucoup.

Le lendemain matin, je reçus un autre appel téléphonique du Colonel Filifing Sissoko qui me dit ceci: « A l’occasion du match international de boxe devant se tenir dans quelques jours à Bamako, opposant notre compatriote Soungalo Bakayoko à l’Italien Adonis, le Président te charge d’assurer le maintien d’ordre pendant toute la durée de la manifestation. Des éléments de la gendarmerie et de la garde républicaine seront placés sous tes ordres au Stade Modibo Keita pour renforcer les effectifs de la police ».

Une heure après l’instruction du Colonel Filifing Sissoko, le capitaine Mahamane Dicko de la Gendarmerie et un autre capitaine de l’armée, envoyés par le Commandant Adolf Diakité, chef d’État Major de la Garde Républicaine, entrèrent dans mon bureau, Ils étaient venus se mettre à ma disposition pour les préparatifs du service d’ordre ayant trait au match de boxe Soungalo-Adonis, J’étais heureux de me trouver en face du capitaine Mahamane Dicko que je connaissais bien pour avoir souvent collaboré avec lui, Ce jour-là, mes deux collègues officiers et moi-même avons mis au point tous les détails du service d’ordre.

Le combat de boxe eut lieu dans de bonnes conditions car une fluidité était constatée dans l’enceinte du stade, J’étais satisfait du travail accompli, et bien sûr, les félicitations de la Présidence de la République me sont parvenues après.

Victime innocente du colonel Youssouf Traoré

Pendant que je me réjouissais de cette réussite, le Colonel Youssouf Traoré, membre du Comité Militaire de Libération Nationale et ministre de l’Education Nationale, faisait irruption dans mon commissariat à bord de sa voiture 505 de commandement. La voiture s’est dirigée vers le bâtiment des « violons » dans lesquels étaient gardés les prévenus avant leur transfert au Parquet.

Le Colonel Youssouf Traoré descendit de sa voiture tout en ordonnant au garde violon d’ouvrir les portes, Il cherchait un certain chauffeur de taxi qui aurait disparu de chez lui. Le garde-violon se mit au garde-à-vous et répondit au colonel Youssouf Traoré qu’il allait rapidement chercher l’inspecteur de police de permanence qui pourrait le renseigner.

L’inspecteur de Police, Diallo BA, arrive en vitesse se met au garde à-vous et dit au colonel Youssouf Traoré que le Capitaine Commissaire de Police se trouvait dans son bureau, qu’il allait tout de suite informer celui-ci de sa présence. Donc, l’Inspecteur Diallo BA fit irruption dans mon bureau en me disant que le colonel Youssouf Traoré, ministre de l’Education Nationale, se trouvait devant les violons dont il demande l’ouverture parce qu’il était à la recherche d’un chauffeur de taxi qui aurait disparu de chez lui depuis plusieurs jours.

Je posai alors la question à l’Inspecteur Diallo BA si le colonel Youssouf Traoré avait demandé à me voir. Il m’a dit: « non, mais que l’initiative était venue de lui-même afin que je donne l’autorisation d’ouvrir les violons ».

J’ai ordonné à l’Inspecteur Diallo BA de les ouvrir et de laisser le colonel Youssouf Traoré les visiter. Il est revenu plus tard me rendre compte de ce que le chauffeur de taxi ne se trouvait dans aucun des trois « violons », et que le colonel Youssouf Traoré avait quitté le commissariat.

Une demi-heure après son départ, le colonel Youssouf Traoré me téléphona pour me dire ceci: « N’Diaye, je viens de quitter ton commissariat où j’étais allé vérifier si le chauffeur de taxi, Seydou Diakité, se trouvait là-bas, Il a disparu de son domicile depuis plusieurs jours ». J’ai répondu au colonel que je venais d’être informé de son passage dans mon commissariat et que je pensai qu’il n’était pas nécessaire pour lui de faire ce déplacement, parce que de mon bureau où j’avais en face de moi la feuille des « violons », je pouvais le renseigner au téléphone avec toutes les précisions qu’il aurait souhaité avoir.

Je lui ai donc confirmé que le chauffeur de taxi en question était inconnu de mon service. Le colonel Youssouf Traoré me remercia, puis raccrocha le téléphone.

Pourquoi ce comportement du colonel Youssouf Traoré? Vu les hautes responsabilités qu’il assumait, il aurait pu se passer du déplacement. N’avait-il pas confiance en nous ou en moi? Pourquoi venir dans un service et faire fi de son chef alors que l’on dirige le ministère de l’Education Nationale, chargé de nous éduquer tous? De toute façon, pour moi l’affaire était close…

Le 9 Mars 1978, j’arrivai à mon bureau, comme d’habitude, le matin vers 7 heures 30 minutes. Rien de spécial ne m’attendait, et j’ai travaillé toute la journée avec une pause à midi comme tous les fonctionnaires de l’époque, Dans l’après-midi, le personnel et moi même avons travaillé jusqu’à 1 8 heures, heure de la fermeture des bureaux, Le soir, j’étais le dernier à quitter le commissariat.

En effet, le courrier que je devais signer, devait être disponible dès 7 heures 30 minutes le lendemain, pour éviter aux usagers une longue attente, C’est pourquoi, je ne quittai mon bureau qu’à 20 heures, Et c’était comme cela tous les soirs.

Mon arrestation

Mais ce soir-là, pendant que je me trouvais seul dans mon bureau, aux environs de 19 heures 30 minutes, le sous-officier de police de permanence, m’informa de la présence de deux véhicules militaires chargés d’hommes armés, en tenue de combat, qui venaient de débarquer dans la cour du commissariat.

Il ajouta que le chef de ce groupe de militaires avait demandé à me voir, Je donnai mon accord pour que celui-ci fût introduit dans mon bureau. A ma grande surprise, je vis entrer l’Adjudant chef de gendarmerie, Seydou Diakité dit « Waraba Tchiatcho » Celui-ci vint se mettre au garde-à-vous et me dis:

– Mon capitaine, le colonel Youssouf Traoré demande à vous voir, A quoi je répondis :

– Ah ! Oui, où se trouve le colonel Youssouf Traoré?

– Dans son bureau du Comité Militaire, me dit-il, avant de préciser qu’il avait reçu l’ordre de m’y conduire,

Je compris ce qui allait m’arriver, Je fermai les tiroirs de mon bureau, sortis avec l’Adjudant chef Seydou Diakité qui me conduisit à la permanence du Comité Militaire de Libération Nationale, dans le bureau du colonel Youssouf Traoré qui était absent. J’attendis seul et, vers 20 heures 30 minutes, le colonel Youssouf Traoré arriva, Après m’avoir dit bonsoir, il me demanda:

– N’Diaye, as-tu assisté aux réunions des 14 janvier et 9 février qui se sont tenues dans le bureau de Tiékoro ?

– Oui, mon colonel, répondis-je.

Je lui précisai ensuite qu’à ce sujet, j’avais déjà fait une déposition au niveau de la Commission nationale d’enquête devant laquelle j’étais passé, Sans mot dire, il sortit en me laissant seul. Une demi-heure plus tard, un capitaine de l’Armée que je ne connaissais pas, vint me dire ceci : « Mon capitaine, le colonel Youssouf Traoré, avant de rentrer, m’a ordonné de vous conduire au génie où vous devez passer la nuit », Je ne dis un mot.

Et je descendis par les escaliers en bas desquels, se trouvait un véhicule militaire où j’ai pris place, Mon collègue capitaine me conduisit au Bataillon du Génie Militaire, directement dans une petite chambre d’arrêt où se trouvait le Capitaine lsaac Ballo de l’Armée de l’Air. Quelle surprise pour nous de nous retrouver dans une telle situation. Le capitaine Isaac Ballo me dit qu’il était enfermé dans cette chambre depuis le matin sans être entendu par qui que ce soit. A mon tour, je lui fis savoir les circonstances de mon arrestation par le colonel Youssouf Traoré.

Un message pour Moussa Traoré

Si les colonels Youssouf Traoré et Joseph Mara ont aidé et assisté le Général Moussa Traoré à se maintenir au pouvoir, il devenait clair que ce dernier se préparait à une Présidence à Vie. La suite des évènements l’attestera, le général Moussa Traoré, après s’être mis à la tête d’un Parti unique, avait exclu toute alternance politique. Pour se maintenir, il lui fallait le concours de certaines forces de sécurité qui tireront sur la population lors des évènements de 1991.

Malheureusement pour lui, les officiers du genre Joseph Mara et Youssouf Traoré avaient disparu de la scène, le premier est mort d’une maladie après sa sortie de prison, Le second, a du rencontrer le Savant Français Louis Pasteur pour soigner sa rage !

Ce qui lui permit de retrouver son esprit et de s’éloigner rapidement de son ami, en allant se cacher dans un Etat voisin du Mali. Il avait vite compris qu’après Diby Syllas Diarra, Yoro Diakité, Malick Diallo, Kissima Doukara, Tiékoro Bakayoko, Karim Dembélé, les commissaires de police de Bamako, Sikasso, Kayes et tant d’autres, son tour pouvait arriver. Il a choisi de fuir et d’abandonner son ami Moussa Traoré qui finira par se retrouver devant les tribunaux de son pays.

Entre temps, le colonel Youssouf Traoré est rentré de sa fuite, il a rejoint les mouvements démocratiques qui furent à l’origine de la chute de son ami, il a créé un parti politique pour conquérir le pouvoir. Il réussira même à se faire élire Député de la circonscription de San, Mais ses collègues levèrent son immunité parlementaire, le mirent à la disposition de la justice qui l’enverra en prison.

Moussa Traoré, condamné par deux fois à la peine capitale, fut gracié par le Président Alpha Oumar Konaré, Il bénéficia ainsi des avantages que l’avènement de la démocratie a permis, Les Présidents Amadou Toumani Touré et Alpha Oumar Konaré, non seulement, n’ont pas appliqué la peine de mort à laquelle il était condamné, mais ils ont aussi assoupli les mesures de détention le concernant.

Monsieur le Président Moussa Traoré, quelle leçon pourriez-vous tirer du comportement de vos successeurs à votre égard?

Monsieur le Président Moussa Traoré, aujourd’hui, vous êtes libre, Vous avez tout le temps de prier et même de beaucoup prier pour le pardon…de vos offenses. Mais Dieu acceptera t-il de vous pardonner sans le pardon de vos victimes? Certaines sont encore sur cette terre et continuent à méditer sur leur sort.

En effet, les officiers, les inspecteurs de police et les sous officiers de l’Armée, de la Police Nationale et de la Gendarmerie, condamnés à des peines de travaux forcés, purgées dans les bagnes de Taoudénit, Inacounder et Kidal, n’ont pas été réhabilités, Ils attendent du Président de la République un geste fort de réhabilitation.

Le Général ATT fut témoin des souffrances infligées aux 47 officiers et sous-officiers arrêtés lors des évènements du 28 février 1978.

Il avait le grade de Lieutenant, et commandait la compagnie des parachutistes de Djicoroni où étaient internés les malheureux prévenus, C’est aussi dans ce camp des parachutistes que la commission nationale d’enquête s’était installée, dirigée par le colonel Joseph Mara qui, tous les soirs à 22 heures, procédait aux interrogatoires des prévenus Le Lieutenant ATT ne pouvait pas ignorer tous ces faits ignobles commis par des officiers zélés pour le maintien de Moussa Traoré au pouvoir.

C’est peut-être, au souvenir de toutes ces atrocités, que le Lieutenant ATT, devenu Lt Colonel plus tard, n’a pas hésité à se mettre aux côtés de l’UNTM, de l’AEEM et des Associations Politiques, pour mettre fin au pouvoir de Moussa Traoré.

Ainsi, il se mettait, lui-même à l’abri d’une éventuelle interpellation du régime de Moussa Traoré dont la collaboration devenait de plus en plus dangereuse pour tout officier manquant de zèle ou prônant la justice.

La Conférence Nationale qui eut lieu en 1991, par une résolution adoptée à l’unanimité, avait demandé à la Classe Politique de notre pays de poursuivre la réconciliation Nationale, Ce qui supposait que tous les faits de crimes et de tortures commis par les différents régimes politiques devraient être clarifiés pour permettre au peuple de savoir la vérité.

Où est la vérité ?

Le Comité Militaire de Libération Nationale avait mis en place une Commission pour enquêter sur la mort du Président Fily Dabo Sissoko et de ses deux compagnons, Les résultats de cette enquête n’ont pas été publiés. Pourquoi?

Le Comité Militaire de Libération Nationale pendant qu’il était lui-même aux affaires a ouvert le camp pénal de Taoudenit où plusieurs officiers de l’Armée et des détenus civils ont été torturés et tués, Il semble qu’aucune enquête n’ait été ouverte par le Comité de Transition pour le Salut du Peuple (CTSP) et par la 3e République pour connaître la vérité sur ces meurtres et exactions dont avaient été victimes ces officiers, sous officiers et détenus civils.

Aussi, le Président Modibo KEITA mourût pendant sa détention, Malgré les rumeurs de tous genres, aucune Autorité n’a ordonné l’ouverture d’une enquête sérieuse pour que le peuple sache la vérité sur sa mort. Pourquoi un tel comportement ? Pourquoi ne pas dire la vérité sur tous ces évènements qui ont endeuillé notre pays? Peut-on parler de Réconciliation Nationale sans que la vérité ne soit dite? Peut-on pardonner aux bourreaux qui continuent de se cacher ?

*Les intertitres sont de la rédaction

23 Avril 2010.