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Entretien avec l’Ambassadeur de l’Algérie au Mali

L’ambassadeur de l’Algérie au Mali, son excellence, Abdelkrim Ghraeb, le facilitateur entre le gouvernement et l’Alliance, évoque dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder, le rôle important joué par son pays auprès des deux parties pour parvenir au désarmement.

Il y insiste beaucoup sur l’application correcte de l’Accord d’Alger et relève que son pays ne soutient pas Bahanga. Cependant, il a laissé entendre que même si ce dernier se trouve présentement en Algérie, il ne nous le dira pas.

L’Indépendant : Excellence, pouvez – vous nous parler du rôle joué par votre pays, l’Algérie, dans le processus de paix qui a abouti à la cérémonie de remise des armes par les membres de «l’Alliance du 23 mai pour le changement»?

jpg_a-4.jpgAbdelkrim Ghraeb : Le rôle de l’Algérie dans la question du Nord – Mali est consigné dans l’Accord d’Alger. Nous sommes des facilitateurs pour aider les deux parties (l’Alliance du 23 mai pour le changement et le gouvernement) à s’entendre et à appliquer toutes les dispositions de cet document tant sur le plan sécuritaire que sur le plan du développement. Et nous avons déjà commencé à être aux côtés de nos partenaires afin de les aider à concrétiser tout ce qui est convenu dans l’Accord d’Alger. Vous avez suivi mon allocution au cours de la cérémonie et j’ai beaucoup insisté sur le respect et l’application stricte de l’Accord d’Alger.

C’est parce qu’il y a eu des divagations et interprétations qui ont fait que certains se sont adonnés à des actes peu recommandables.

Vous comprenez alors que notre rôle consiste à veiller encore une fois à l’application stricte de l’Accord d’Alger. C’est pourquoi, nous avons œuvré pour la mise en route du processus notamment à travers le retour de 3000 personnes. Nous avons aidé les uns pour la réinsertion socio-économique et les autres à être recrutés au sein de l’armée notamment dans les unités spéciales (2007 et 2008) et pris en charge par l’Algérie.

Je pense que nous avons fait beaucoup de choses dans le cadre de l’application de l’Accord d’Alger jusqu’à la suspension des activités, consécutives aux évènements de mai dernier. Lesquels ont été suivis par le départ des éléments de l’Alliance qui estimaient qu’ils n’étaient pas en sécurité. Mais tout en étant dehors, ils sont restés dans le cadre du respect de l’Accord d’Alger.


L’Indép : Qu’est-ce que vous avez fait pour que les éléments de l’Alliance du 23 mai reviennent ?

A.G : Nous n’avons pas fait de gros efforts pour qu’ils reviennent parce qu’ils ont toujours proclamé leur attachement à l’Alliance du 23 mai et à l’Accord d’Alger. Donc, il fallait lever les obstacles de sécurité et recréer une confiance entre les deux parties. C’est ce qui a été fait et le résultat est là.

L’Indép : Vous insistez beaucoup sur l’application de l’Accord d’Alger. Dans ce document, il est prévu l’allègement du dispositif militaire. Est – ce qu’avec la situation actuelle, il est possible d’aller dans cette direction ?

A.G : Qu’on allège dans la paix. Mais en tant de conflit ou de guerre, on renforce le dispositif militaire. C’est ça notre position. Maintenant que toutes les fractions sont là, les uns et les autres sont dans de bonnes dispositions à accompagner la paix, j’espère que la situation va nettement s’améliorer et qu’il n’y aura aucun handicap à mettre les dispositions de l’Accord d’Alger en œuvre.

L’Indép : Ibrahim Ag Bahanga est le grand absent. Il est toujours dans le maquis. Ne représente t-il pas un danger pour la construction de la paix ?

A.G : Il ne peut pas menacer la paix parce que les principaux acteurs sont là. Bahanga est aujourd’hui esseulé. Il n’est soutenu par aucune partie. Ni l’Alliance ni le gouvernement ni les pays limitrophes ne le soutiennent.


L’Indép : L’Algérie ne le soutient pas ?

A.G : Non ! Nous, nous soutenons tous ceux qui sont dans l’Accord d’Alger et qui sont acceptés par le gouvernement et par l’Alliance du 23 mai.

L’Indép : Cela veut dire que Bahanga n’est pas en Algérie, contrairement à ce que certains soutiennent ?

A.G : Vous avez toujours fait des bonne investigations dans votre journal, continuez à le faire. Et, comme à chaque fois vous revenez à la raison, donc dans peu de temps, vous allez revenir à la raison.


L’Indép : Dites – nous si oui ou non Bahanga réside actuellement en Algérie ?

A.G : Même s’il est en Algérie, je ne vous le dirais pas. Pour moi, il est en dehors du cadre des négociations. Je sais ce que vous êtes en train de faire, ce que vous cherchez, parce que vous oubliez l’essentiel qui est la paix, vous êtes à la recherche d’anecdote pour en faire des manchettes pour vendre quelques papiers. Je vous le dis, je suis sévère avec vous. Vous êtes à côté de la plaque.

Donc, vraiment travaillez pour l’essentiel et aidez – nous à préserver l’unité de votre pays et à combattre ceux qui sortent du cadre de la République.


Entretien avec Hamada Ag Bibi, porte-parole de l’alliance : « Les combattants de l’Alliance sont revenus pour l’éternité »

Le porte – parole de l’Alliance du 23 mai pour le changement, Hamada Ag Bibi, par ailleurs député élu à Abeïbara, aborde dans cet entretien la problématique du développement de la région de Kidal et le rôle qu’il a joué dans le processus de paix. Il dit être sûr que ses collègues de l’Alliance sont revenus pour de bon, «  pour l’éternité  » pour reprendre sa propre expression.

L’Indép : Honorable Hamada Ag Bibi, vous êtes député à l’Assemblée nationale et porte-parole de l’Alliance du 23 mai pour le changement. Député en même temps que rebelle, ce statut hybride ne vous gêne pas ?

Hamada Ag Bibi : Pas du tout. C’est dans l’intérêt général du pays que je travaille actuellement. Je suis de l’Alliance du 23 mai pour le changement, j’ai œuvré pour la paix jusqu’à la signature de l’Accord d’Alger du 4 juillet 2006. Tout était rentré dans l’ordre. C’est bien après cela que j’ai été élu dans la circonscription électorale d’Abeïbara député à l’Assemblée nationale.

Et depuis, je travaille pour l’unité et la cohésion de notre peuple. Après il y a eu des blocages, en ma qualité de porte – parole de l’Alliance doublé de mon statut de député, j’étais obligé de m’impliquer auprès des trois parties : le gouvernement, l’Algérie et les éléments de l’Alliance afin de lever les obstacles à la paix. Avec beaucoup de volontarisme et la détermination des parties, nous sommes parvenus à ce résultat.

Donc, député et porte – parole de l’Alliance ne sont pas antinomiques. C’est pourquoi, je dis que ça ne me gêne pas du tout.


L’Indép : Pensez- vous que ce processus nous conduira à une solution durable ?

H.A.B : Je pense qu’il faudrait consolider le grand jour d’aujourd’hui (NDLR : mardi 17 février, date des remises des armes) en appliquant l’Accord d’Alger qui donne une stabilité totale à la région et cela dans l’unité nationale. Toutes les parties concernées par cet Accord doivent veiller ensemble à sa mise en œuvre et affronter ensemble les éventuels problèmes qui pourraient se dresser devant nous.

Ensemble nous devons lever les obstacles et éviter les accusations mal fondées. Avec la volonté maintes fois exprimée des uns et des autres pour aller vers une solution durable et ce qui vient de se passer, je pense que l’optimisme est permis et le processus là sera le bon pour l’ensemble du peuple malien et principalement pour les populations de Kidal.


L’Indép : Est – ce que vos hommes sont dignes de confiance ? Ils sont revenus pour de bon ou bien à la moindre difficulté, ils vont ressortir pour accuser encore le gouvernement de non respect de l’Accord d’Alger ?

H.A.B : Moi, je pense qu’ils sont revenus pour rester pour l’éternité. Je pense que tout le monde doit surmonter les éventuelles difficultés. Il faut, à mon avis, éviter de tomber dans les erreurs du passé qui jurent avec l’intérêt général.

L’indép: Maintenant, quel sera le reste du processus après cette étape ?

H.A.B : Il s’agira de s’attaquer aux chantiers du développement. Même l’Accord d’Alger prévoit dans plusieurs de ses dispositions le développement de la région. Nous avons besoin d’aéroport, d’écoles, de centres de santé, d’adduction d’eau, de routes et de périmètres cultivables. Sans oublier la réinsertion socio- économique des jeunes. Bref, il faut le développement.

Inchallah, je pense que la guerre est terminée, il ne reste que cette autre guerre, celle que nous devons tous mener contre le sous- développement.

L’Indép : Avez – vous un message à l’endroit des acteurs de l’Accord d’Alger ?

H.A.B : Je félicite les éléments de l’Alliance du 23 mai pour le changement et leur demande d’œuvrer pour le processus de paix. Ils ont prouvé qu’ils aiment ce pays. Je les exhorte à y rester pour de bon et à participer au développement du pays.

Quant aux autorités du pays, je leur demande de diligenter le développement des régions du Nord et particulièrement celle de Kidal. Qu’elles respectent leurs engagements et qu’elles disent la vérité aux uns et aux autres. Je sais que le président de la République a la volonté d’améliorer les conditions de vie des populations, notamment celles de Kidal. Que Dieu puisse nous donner à tous de la force afin de réaliser nos souhaits.

S’agissant de l’Algérie, je lui dis grand merci et je souhaite qu’elle continue de participer à la réalisation des différents projets de développement.

Propos recueillis par Chahana Takiou

l4indépendant du 19 Février 2009