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Après la Côte d’Ivoire, voilà Blaise Compaoré sur un autre front pour ramener la paix dans un pays voisin, en l’occurrence le Mali. Après l’irruption de la bande du capitaine Sanogo dans une République qui s’apprêtait à vivre des élections démocratiques, le président du Faso a été prié par ses pairs de la CEDEAO de jouer les médiateurs. Et qui n’a pas été fier (parce que les choses ne semblaient pas aussi simples) d’être Burkinabè quand un accord a été trouvé avec la junte malienne pour le retour à l’ordre constitutionnel ? Les prouesses de Blaise Compaoré ne remplissent certes pas le ventre des Burkinabè mais ils sont fiers quelque part que leur pays ait un tel rayonnement international. Aujourd’hui, le Burkina Faso est un pays qui compte parmi les autres.

jpg_une-652.jpgPetit pays enclavé aux ressources limitées, le Burkina ne peut prétendre jouer dans la cour des grands que par ses réseaux et sa renommée. Et Blaise Compaoré l’a bien compris, lui qui, en 20 ans de pouvoir, a lu et relu Machiavel. Il faut aussi dire que la récurrence des crises dans la sous-région a été pour beaucoup dans les motivations du « beau Blaise ». Au-delà des retombées personnelles, le président du Faso pouvait-il rester insensible aux difficultés de pays voisins ? Dans un même espace économique, l’inaction face à une crise se retourne contre soi parce que la paix et la stabilité sont les conditions premières du développement.

Blaise Compaoré a donc un devoir moral quand la paix sociale est menacée dans un pays voisin. D’ailleurs, la sagesse africaine enseigne qu’il ne faut pas rester les bras croisés quand la case du voisin brûle. Au total, Blaise Compaoré a hissé haut le drapeau du Burkina et il a fait des médiations en Afrique, une marque déposée burkinabè. De fait, cet atout est très important quand il s’agit de capter des financements pour le développement de son pays. Seulement, on se demande bien souvent si le Burkina a les moyens d’affréter des avions pour faire venir des protagonistes, de les loger et d’assurer leur sécurité. Si la facture est payée par la CEDEAO ou la communauté internationale, alors il faut le dire et jouer la transparence jusqu’au bout.

Mieux, si les Burkinabè se posent des questions sur les retombées des médiations de Blaise Compaoré, c’est que bien souvent, ils ont l’impression d’être oubliés par un président plus préoccupé par les problèmes des autres. Combien de fois des crises internes, politiques ou sociales, ont trouvé le « médiateur » hors de son Faso, laissant ses ministres gérer les angoisses comme ils pouvaient ? Combien de fois des Burkinabè se sont demandé finalement qui avait élu leur président et de qui il tenait sa légitimité ? Sans nier le bien-fondé de sa médiation en Côte d’Ivoire par exemple, de nombreux concitoyens ont gardé de lui, l’image d’un chef d’Etat « papa Noël » ou « sauveur » à l’étranger et apathique ou presqu’absent pour les problèmes de ses concitoyens.

Il n’y a qu’à analyser le déficit de gouvernance sur le plan social et économique au Burkina, qui fait le lit de la corruption généralisée et de la paupérisation des populations. Le sentiment du Burkinabè devant cette situation, c’est que Blaise Compaoré doit absolument résoudre les problèmes chez lui s’il veut donner des leçons aux autres. Une autre question importante est la conséquence de ces succès diplomatiques sur l’alternance au Burkina. Blaise Compaoré qui est désormais un sage africain pour de nombreux pays, saura-t-il se mettre au- dessus de la mêlée et renoncer à la présidence en 2015 ?

Pour le moment, des gens parlent à sa place et il faut craindre que son aura ne lui monte à la tête et qu’il choisisse le pouvoir à vie. Dans ce cas, la communauté internationale devra s’apprêter à trouver un médiateur pour le Burkina. La meilleure option, c’est que Blaise Compaoré devienne un jour un ancien président, expert en médiation et qui sera sollicité de par le monde entier. Cela aussi fera la fierté des Burkinabè.

SIDZABDA

Le Pays du 17 Avril 2012