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Nouveau succès diplomatique pour le Burkina Faso. Une fois de plus, le Ziniarus Zorro a fait montre de réussite dans une crise qui secoue un pays voisin. Une semaine après sa désignation comme médiateur dans la crise malienne, le Blaiso et son ministre des Affaires étrangères ont, en deux temps trois mouvements, permis au Mali de retrouver ses institutions démocratiques. Ainsi, le président de l’Assemblée nationale aura, conformément à la Constitution, la charge d’assurer la plus haute charge de l’Etat après la démission formelle de ATT le dimanche pascal. Bravo donc à l’enfant terrible de Ziniaré !

Mais ce succès diplomatique mondialement salué ne rassure pas pour autant les Burkinabè. Et pour cause ! Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, on peut craindre un développement inattendu de la guerre au Nord-Mali, qui va déborder sur les pays voisins, et le nôtre particulièrement. En effet, le pays des Hommes intègres peut se retrouver dans le viseur de groupes extrémistes. Ces derniers peuvent tenter de lui faire payer son audace et sa propension à être dans tous les problèmes. Avec l’enlèvement du personnel de son Consul au Nord-Mali, l’Algérie n’est-elle pas en train de payer d’une certaine façon pour ses médiations antérieures ?

Ce pays et la Libye ont effectivement, par le passé, été de tous les conflits entre Bamako et ses Touaregs. Le Faso a-t-il pris en compte cette donne pour prendre les dispositions sécuritaires qu’il faut pour mettre notre pays à l’abri d’éventuelles représailles de la nébuleuse Aqmi ?

La récente visite du chef d’état-major général des armées françaises peut laisser penser (à tort ou à raison) qu’il s’agit pour la France de faire du Burkina une base à partir de laquelle elle pourra traquer les barbus de l’Aqmi. Or, c’est bien connu, les amis de mes ennemis sont mes ennemis. Le Faso pourrait payer les pots cassés de cette tenace rancune que Aqmi a pour l’Hexagone. Dans une situation de double crise, avec les réfugiés qui affluent sur le territoire burkinabè et l’insécurité alimentaire qui menace une importante partie du pays, le Blaiso a-t-il vraiment les moyens de garantir la sécurité de ses concitoyens ?

Les frontières Nord du pays sont à un jet de pierre de Gao, une cité sous contrôle ou à tout le moins gérée en partie par des extrémistes religieux. Certes, pour l’instant en tout cas, ni le Mouvement national de libération de l’Azawad, ni aucun autre groupe politico-militaire n’ont revendiqué une quelconque partie de notre territoire, mais qui sait de quoi demain sera fait en la matière ? S’ils sont acculés, des jusqu’au-boutistes des mouvements rebelles peuvent étendre le champ du conflit à certaines zones de notre pays, juste pour troubler le sommeil du médiateur.

En outre, la France, qui nous fait office de couverture, ne semble pas jouer franc jeu. Personne ne peut dire avec certitude que l’ex-puissance coloniale est totalement étrangère à la situation trouble dans le Nord-Mali. Paris n’a pas convaincu de sa neutralité et agit comme pour protéger des intérêts inavoués. Il y a donc risque que, pour conserver ces mêmes intérêts, la France lâche le Burkina au milieu du guet et le laisse seul face aux barbus. La gestion déjà difficile des réfugiés maliens s’en trouvera plus complexe avec les craintes d’infiltration. Comme quoi, il est bien de jouer les médiateurs, mais encore faut-il protéger ses arrières.

Le chef de l’Etat se doit alors de mettre en place les dispositifs sécuritaires à même de rassurer les populations burkinabè, particulièrement dans le nord du pays, mais aussi dissuader tout agresseur éventuel. C’est cela la responsabilité première d’un État. C’est une tâche visiblement plus difficile que de faire la médiation.

Adam Igor

Journal du Jeudi

Source : Lefaso .net

13 Avril 2012