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C’est pour s’atteler à la tâche que la section malienne de la ligue africaine des journaliste pour l’Afrique a procédé au lancement de ses activités le week-end dernier à l’hôtel Bouna. La conviction des membres de la Ligue est que les défis qui interpellent la presse africaine en général et la presse malienne, en particulier, sont immenses. Cette presse a en effet connu au cours des quinze dernières années de nombreuses mutations, à la fois quantitatives et qualitatives. Celles-ci ont changé parfois de façon substantielle sa physionomie, sans toutefois parvenir encore à l’imposer à l’échelle internationale comme source d’information de référence sur l’Afrique, et encore moins à assurer une plus grande visibilité de l’information africaine sur le réseau internet.

C’est partant de ce double constat qu’en juillet 2003 à Paris, le journaliste camerounais Valentin Mboungueng du magazine international « Le Nouvel Afrique-Asie » invita les professionnels des médias des pays africains intéressés par l’actualité africaine à se regrouper au sein d’une association. Ainsi, la Ligue créée en 2003 à Paris ambitionne d’œuvrer pour une presse africaine libre et professionnelle, techniquement avancée et économiquement
viable, à même d’inverser le circuit unidirectionnel Nord-Sud traditionnellement suivi par l’information pour inaugurer une ère d’échanges plus équitable.

Aussi la LIJAF ambitionne de contribuer à sortir de la presse africaine de la précarité et l’amener par le biais de mutations culturelles, technologiques et déontologiques à jouer un rôle moteur dans la société de l’information en construction.

Pour cette implantation de la LIJAF au Mali, certains département ministériels, représentations diplomatiques étrangères, la cellule de communication de la Présidence de la République étaient présents au lancement.
Le président du comité international de la ligue internationale des journalistes pour l’Afrique, Valentin Mbougueng basé à Tunis a fait le déplacement pour assister à la cérémonie d’installation officielle de la section malienne.

Le président de la section malienne de LIJAF, Cheickna Hamallah Sylla, tout en inscrivant ses actions en droite ligne des objectifs de la LIJAF, dévoila la teneur de la feuille de route de la section malienne.
La priorité, a-t-il dit, c’est d’abord la formation des journalistes pour l’émergence d’une presse crédible et économiquement viable, la défense de la liberté et les droits fondamentaux.

La section malienne, dira-t-il, contribuera de manière assidue et efficace aux débats sur la démocratie et les droits de l’homme. Dans ce cadre, révéla le président de la section malienne, l’association envisage, entre autres activités, d’organiser une série de formations pour la professionnalisation des journalistes maliens, des tables rondes et déjeuners de presse sur tous les sujets touchant l’Afrique et particulièrement le Mali.

Information vraie et crédible

Parlant de la liberté de la presse, Cheickna Hamalah Sylla s’est réjoui du fait qu' »aucun journaliste malien ne séjourne dans une prison du Mali ».

Cependant, ajoute-t-il, des efforts restent à consentir dans le cadre de la dépénalisation des délits de presse.
Selon le président Sylla, l’aide à la presse instaurée depuis quelques années par les pouvoirs publics est d’un apport appréciable dans l’amélioration des conditions de travail des journalistes. Mais, suggéra-t-il, ceux-ci doivent orienter leur lutte vers l’instauration effective de la convention collective qui leur garantirait encore plus de liberté d’action dans leur quête perpétuelle de l’information vraie et crédible.

Pour le chef de cabinet du ministre de la communication et des Nouvelles technologies, Mohamed Soudha Yattara, qui a présidé la cérémonie, cette initiative est à saluer et à encourager. Au nom du ministre en déplacement, il dira que son département apprécie toute action tendant à renforcer les capacités des journalistes et à contribuer à l’émergence d’une presse libre. En effet, dira-t-il, une presse professionnelle et bien organisée est en même de prendre en charge les besoins des journalistes et de combler les attentes des lecteurs et des auditeurs.
En se fixant comme objectif de contribuer à la promotion des médias africains, conclut-il, la LIJAF peut compter sur le Ministère de la Communication et des nouvelles technologies pour toute action qu’elle aura initiée.
Quant au président du comité international de la ligue internationale des journalistes pour l’Afrique, Valentin Mbougueng, il a indiqué qu’il est temps que les médias de nos pays devenus plus viables économiquement et plus professionnels, rétablissent la vérité sur l’Afrique, et ainsi, mettent un terme à l’infantilisation du continent et au galvaudage récurrent de son image. Car ceux-ci affectent fortement le processus du développement de l’Afrique, notamment en distillant chez nos populations surtout chez nos jeunes, une culture négative du défaitisme qui inhibe leur confiance en soi et à l’avenir indispensable pour réussir le développement.

Selon lui, l’image systématiquement dévalorisante projetée de l’Afrique est également d’une conséquence fort négative sur les investissements étrangers en Afrique, et il n’est pas surprenant que de toutes les régions du monde, le continent africain arrive aujourd’hui en dernière position en termes de réception des investissements directs étrangers, dont chacun sait le rôle substantiel dans le décollage économique d’un pays.

« Notre conviction, au sein de la ligue, fera savoir Valentin Mbougueng, est que l’Afrique bouge, qu’elle est à un carrefour important de son processus de progrès, et qu’il nous appartient, à nous médias du continent de répercuter ce dynamisme, de traduire dans nos différents espaces ces mutations profondes, par un surcroît de professionnalisme qui nous mène moins du sensationnalisme débridé, de l’auto-flagélation inutile et du mimétisme médiatique porteurs de dépendance vis-à-vis des médias d’autres pays connus pour leur propension à la sur-valorisation de leurs cultures et au dénigrement des autres cultures jugées inférieures« .

Birama Fall/Le Républicain

24 juillet 2006