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De l’entendement du public, la Médaille d’Or de l’Indépendance est la récompense des sacrifices endurés sous le régime colonial. Pour cela, ne mérite-t-elle pas la considération de tous? Nul doute qu’ici comme ailleurs, personne ne pourra répondre par la négative.

Mais en tenant compte du ressentiment amer d’un doyen qui renonce non seulement à la sienne, mais aussi à la cérémonie funéraire en l’honneur des Médaillés d’Or, il y a lieu de s’étonner, dans un pays où la solidarité ne doit pourtant pas un vain slogan. C’est pourquoi il paraît indiqué de rapporter la déclaration de ce Médaillé d’Or de …83 ans, M. Sididié Oumar Traoré.

Depuis quelques années, nos gouvernants considèrent le mois d’octobre mois de solidarité et de lutte contre l’exclusion. Cette solidarité se traduit au niveau des personnes âgées, selon nos constats, par des visites par les responsables au sommet de l’Etat, à une centaine de centenaires aux pieds desquels ils viennent s’incliner, contrairement à la conception de nos rois dont l’histoire glorifie la gestion.

A-t-on jamais appris, dans l’histiore, au temps du Manding, du Songhoï ou des Bambaras -pour ne citer que ceux-ci, dont nos Chefs d’Etat actuels doivent être les répondants, a-t-on jamais appris qu’eux ou leurs épouses venaient s’accroupir aux pieds de leurs administrés pour les assister moralement?

Le comportement de nos dirigeants dévalorise les postes occupés. La solidarité en faveur des personnes âgées et autres ayant-droits doit être laissée aux soins des affaires sociales, de même que les inaugurations, sauf à titre exceptionnel au niveau des ministres.

Dans mon entendement, la solidarité au niveau national doit être entretenue à une échelle beaucoup plus importante ; et son impact doit être perceptible. La solidarité, telle qu’elle se pratique, n’est qu’un simple saupoudrage qui ne trompe personne. Les députés de la première et deuxième Républiques font partie, à ce que je sache, des personnes âgées.

Pourtant, pour ce qui les concerne, la solidarité et l’exclusion ne les concernent point. La preuve est que le gouvernement a opposé un refus marqué à leur endroit. Et comme la misère a marqué certains d’entre eux, le bureau de leur association a sollicité le concours de l’Assemblée nationale. Et en réplique à leur démarche, il paraît qu’on envisage de leur faire aumône, au lieu de les mettre dans leur droits. Il paraît que le taux de cette aumône doit être discuté par le Premier ministre et le Président de l’Assemblée.

En ce qui me concerne, toute mesure, quelle qu’elle soit, si elle ne me met pas dans mon droit, est rejetée. Je ne mangerai pas de ce pain. La Médaille d’Or de l’Indépendance est la récompense des sacrifices endurés sous le régime colonial. Elle mérite la considération de tous les Maliens. Or nous constatons que ce sont les bénéficiaires des fruits de cette lutte qui, aujourd’hui, contestent à ses auteurs tous moyens de subsistance.

Hissés aux postes les plus élevés par les procédés que l’on sait, ils gèrent nos personnes et nos biens à volonté. Ils dilapident notre patrimoine foncier comme bon leur semble . Ils s’attribuent des milliards pour la satisfaction de tous leurs besoins, et nous contestent le droit d’accéder peut-être à des millions, par le canal de la pension parlementaire. Deux poids, deux mesures. Telle apparaît notre gestion.

Hier, la Médaille d’Or de l’Indépendance avait un sens et une considération. Elle ne représente plus aujourd’hui qu’un papier sans valeur, puisqu’elle ne met pas à l’abri de l’arbitraire. C’est la raison pour laquelle je rejette la cérémonie funéraire à l’honneur des Médaillés d’Or.

Comment comprendre qu’un pouvoir qui me rejette honore ma dépouille mortelle? C’est pa ce que j’ai trop vécu que j’assiste aujourd’hui à ces manquements. « Grand Dieu, sauve mon pays du mauvais comportement de ceux qui nous gèrent, et fais-moi mourir dans un Mali réconcilié et apaisé”.

Laya DIARRA

23 Octobre 2008