Partager

Le moins que l’on puisse dire est que nous avons été particulièrement gâtés par l’actualité, riche et variée, comme dirait l’autre. Il y a ce qu’on peut mettre incontestablement à l’actif de notre diplomatie comme la visite teintée d’émotion de la très honorable gouverneure générale du Canada ou celle de président du Parlement européen. Tous deux ont été émerveillés par notre pays au point que la gouverneure, quand elle ne dansait pas pleurait tout simplement.

Mais pendant le séjour de nos deux illustres, la vie continuait normalement et une autre actualité imprimait sa marque. Comme l’indignation du gouvernement contre le rapport du Pnud. Comme le meeting de l’Asma au cours duquel Soumeylou s’est déclaré totalement prêt et totalement disponible. Comme la rentrée des cours et tribunaux avec pour thème l’incivisme.

L’actualité la plus brûlante est bien entendue celle relative à Soumeylou Boubèye Maïga que le CE de l’Adéma a suspendu lors de sa dernière réunion tenue le mercredi soir en attendant son exclusion programmée pour la conférence nationale prévue pour le mois de janvier prochain.

Cette mesure fait suite à la démonstration de force réussie le week-end dernier par les amis du 1er vice-président de l’Adéma. Meeting au cours duquel le mouvement Convergence 2007 a été lancé. Meeting qui fut le démenti le plus cinglant à tous les ragots qui se colportaient autour de SBM et de ses amis.

En prenant la responsabilité de suspendre SBM et ses camarades, le CE perd de vue deux choses qui lui semblent même inaccessibles. Lors du meeting, qui de mémoire de Maliens restera dans les annales comme un modèle d’organisation et de mobilisation, SBM a déclaré qu’ils « sont des hommes et des femmes engagés mais affranchis et libres ». A ma connaissance, rien dans les textes du parti n’empêche un responsable ou un militant de créer et d’animer une association.

Autour de Dioncounda, ils sont nombreux à se battre plus pour des associations de soutien et à les financer que pour le parti. La deuxième chose, c’est que sauf à vouloir faire un procès d’intention à SBM, rien dans les textes du parti n’interdit à un militant d’avoir des intentions présidentielles. La dernière conférence nationale dont les recommandations ressemblent, pour certains, au Coran, a été très claire : transformer le soutien politique en soutien électoral, rendre conforme la recommandation aux textes du parti. Ce qui pour le moment n’est pas le cas.

Pour parler de manière prosaïque, SBM est suspendu parce qu’on le soupçonne de vouloir faire de l’ombre à ATT au sein du parti et pire de vouloir être candidat. Là également, les textes sont très clairs. Pour le moment, ATT pour lequel ils veulent vendre le parti n’est ni candidat ni investi par l’Adéma. Mais comme ce sont des violeurs en série en matière de textes, un viol ou pour être correct une violation de plus ne les gênerait pas le moins du monde.

Je comprends que la mobilisation du samedi les a un peu paniqués ; mais j’assure que si cela peut les consoler, ils ne sont pas les seuls. Mais le plus important à mes yeux reste que désormais, tous ceux qui pensent être trahis par les responsables de leur parti pourraient faire la même chose. Parce que c’est comme si l’Asma venait de « violer » un tabou.

En tout cas, je remarque que les amis de SBM ne sont pas les seuls à penser que la situation ne peut pas continuer comme si de rien n’était. En effet, lors de la rentrée des cours et tribunaux lundi dernier, le bâtonnier, Me Seydou Maïga, n’a pas manqué de relever que le pays est bloqué. L’analyse froide qu’il a faite est sans détour. Le consensus pour lui ressemble à un vaste complot contre les intérêts des populations.

Il s’insurge contre le phénomène actuel qui consiste à opposer l’homme politique, non vertueux, au citoyen. Il explique l’abandon des urnes par les citoyens qui ont la nette impression que l’urne ne sert plus à rien parce que les décisions se font et se défont ailleurs. Il condamne l’Etat qui attribue ses marchés à des opérateurs économiques peu vertueux qui refusent même de payer l’impôt.

Je suis presque sûr que dans certains bureaux et salons, le bâtonnier est assimilé à un opposant caché qui ne veut pas du bien pour ATT. S’il avait participé au meeting de samedi dernier, il aurait certainement été qualifié d’apatride. Mais bon, je pense que ceux qui estiment que c’est un crime que de faire le constat que des blocages plus graves guettent devraient avoir l’humilité de reconnaître que des voix s’élèvent, y compris les plus autorisées pour tirer la sonnette d’alarme.

Tel le rapport du Pnud. Le gouvernement a tellement mal pris ce rapport que c’est à peine si le Pnud n’a pas été désigné comme un nid d’opposants et de malfaisants œuvrant contre ATT. J’ai vu la sortie du porte-parole du gouvernement. A mon humble avis, c’était excessif. Je pense que des moyens plus appropriés auraient permis de s’expliquer entre grands gaillards. Maintenant, j’assure que je ne connais pas un seul Malien qui pense que l’espérance de vie a atteint les 68 ans et surtout en seulement deux ans. C’est bien de vouloir se flatter, mais il faut être crédible.

Mais le ridicule est ailleurs. Je ne parle même pas de l’auto-classement qui hisse notre pays à la 168e place parce qu’on connaît le procédé (l’évaluation trimestrielle des ministres ressemble plus un exercice pour ce vanter que pour coller aux réalités), je ne parle pas également de la vanité du procédé si chaque pays devait se noter et s’attribuer un rang, je parle de ce que pourrait être la réaction des bailleurs de fonds. Le Pnud en est un et il se bat pour nous trouver de l’argent parce qu’on est pauvre.

Les bailleurs pourraient se dire « mais puisque le Mali se porte tellement bien au point de frôler l’autarcie, autant le laisser s’en tirer seul ». Parce que c’est vrai que nous ne sommes pas dans la bonne gouvernance, mais sommes carrément dans la paranoïa. Mieux, je rappelle pour ceux qui l’oublient, que le Mali s’est battu pour se hisser, et de haute lutte, dans les rangs des pays pauvres bénéficiant des fonds PPTE (Pays pauvres et très endettés).

Des pays comme le Gabon qui avaient été recalés avaient manifesté leur mécontentement et surtout leur déception. Et voilà que nous nous levons nous-mêmes pour dire non on n’est pas pauvre. Comme je l’ai dit, c’est sûr que de méritoires efforts ont été consentis, mais on conserve notre rang. Parce que tous les pays cravachent dur pour améliorer leurs conditions de vie et peut-être leur classement. Nous nageons peut-être dans le bonheur intégral, mais notre rang peut ne pas changer.

La vanité fait partie des sept péchés capitaux. Je pense qu’au lieu de vouloir être reconnu comme bon, il faut boucher certains trous béants surtout que dans le même temps Transparency International nous attribue un rang qui ne nous honore pas non plus. Peut-être que la prochaine guerre sera déclenchée contre cette ONG.

El hadji TBM

1er décembre 2006.