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« Fèn min bi sé ki kunu, i ka na son a ki nèmu ». Voilà ce que nous enseigne notre bonne vieille sagesse. Traduction libre : « ne te laisse pas lécher par quelque chose qui pourrait t’avaler ». Je me réfère à cette sentence parce que ce qu’il est bien convenu de qualifier de crise au nord de notre pays ne veut visiblement pas nous lâcher. Les vacances gouvernementales n’y changent rien, tout comme les gesticulations en tout genre. Avec ou sans les ministres, l’actualité demeure marquée par cette crise.

Ainsi par exemple, soucieux de traduire en actes les résolutions de sa deuxième conférence nationale, le RPM ne rate aucune occasion pour pourfendre l’accord d’Alger et de dénoncer leur caractère anticonstitutionnel.

Les jeunes de ce parti, qui tenaient meeting le week-end dernier, évoquant certaines dispositions du désormais fameux accord, ont même parlé de putsch. C’est dire donc qu’en dépit des fanfaronnades, cette affaire est loin d’être pliée. Surtout que les nouvelles en provenance du front ne sont pas très bonnes.

Du côté des troupes, si l’on en croit un de nos confrères de la place, la cherté de la vie à Kidal risque d’avoir raison du moral des soldats envoyés pour sécuriser la zone. Payés au début à 1000 francs comme prime globale d’alimentation, les soldats ont vu ce montant se fondre comme beurre au soleil pour atteindre la somme de 700 francs.

Or il semble qu’avec cette crise, tous les prix ont pris l’ascenseur : 50 francs pour une lame de rasoir, 125 francs pour un rasoir et 2500 francs pour un kilo de viande.

Ces soldats qui ont foi dans leur mission de soldat sont sous-informés et sous-alimentés. S’il est vrai que la foi déplace des montagnes, il est également établi qu’un sac vide ne tient pas débout.

Il est inadmissible qu’on justifie la signature de l’accord par le coût d’une guerre et qu’on laisse dans le même temps nos militaires en proie à la sous-alimentation et aux maladies que cela pourrait engendrer. Un soldat préfère plutôt mourir sur un champ de bataille que de mourir de faim, les armes à la main, sans même combattre.

Mais c’est du côté de Iyad Ag Ghali et de ses compagnons que l’affaire se corse. Juste après la mise sur pied du Comité de suivi de l’accord, ils surenchérissent. Ils en sont à exprimer des exigences et à déplorer le retard des autorités dans la prise en compte des préalables qu’ils ont posés.

C’est ainsi qu’ils se plaignent de la non-levée à ce jour des barrages et de la présence des blindés dans la ville de Kidal ; ils demandent la libération des personnes détenues ; ils dénoncent la non-application encore des dispositions concernant la délocalisation des casernes.

Bien entendu le tout est ponctué de menaces à peines voilées du genre, « on pourrait abandonner le siège du Comité de suivi et regagner tranquillement notre base, dans les collines ».

Ce ne serait pas du chantage que cela y ressemblerait. Ils ont raison de hausser le ton parce que dans le même temps, ils mettaient sur pied un véritable regroupement politico-militaire, le premier du genre dans notre pays.

Dirigé par Iyad qui en est le secrétaire général, le regroupement formalise et structure son armée. A cet effet, Fagaga est nommé chef d’état-major et Ba Mossa, chef d’état-major adjoint. C’est-à-dire que des soldats maliens, des officiers maliens (jusqu’à preuve du contraire Fagaga, Ba Mossa et les autres n’ont pas été radiés des effectifs de l’armée malienne) dirigent une deuxième armée sur notre territoire.

De fait, nous avons un pays et deux armées. Et j’ai comme l’impression que cette situation ne dérange pas outre mesure nos « pacifistes » invétérés. On n’entend personne, ni les autorités politiques compétentes, ni les autorités militaires ni même la horde d’associations en tout genre pour dénoncer cette évolution sur le terrain.

Ceux qu’on accuse de va-t-en-guerre, dont nous sommes, attiraient l’attention sur le risque de ce genre de surenchères. C’est connu, l’appétit vient en mangeant. Et comme ces déserteurs ont gagné plus qu’ils ne demandaient, ils essayent de pousser leur avantage, un avantage gagné de haute lutte sur le terrain psychologique. Avec ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux, je crains que notre bonne vieille sagesse ne nous rattrape.

A savoir, que nos « pacifistes » à tout crin aient commis l’imprudence (pour ne pas dire plus) de se laisser lécher par quelque chose qui pourrait nous avaler tous. Si on n’y prend garde, le terrain pourrait définitivement nous échapper.

Ayant pris en otage toute une communauté, Iyad, Fagaga et consorts qui sont des activistes hors pair, pourraient être tentés de convaincre la fameuse communauté internationale d’intervenir pour des questions humanitaires. Je me rappelle qu’en 1995, quand la crise avait connu les dérapages que personne n’a oubliés, les responsables des MFUA avaient demandé des couloirs humanitaires. Mais l’Etat avait refusé tout net.

Aujourd’hui, avec notre Etat en vacances, faible, je ne jure de rien. Cela peut paraître inimaginable. Mais depuis le 23 mai jour de l’attaque de la ville de Kidal et les développements enregistrés, les Maliens se sont rendus compte que tout est possible. Je ne sais pas si c’est approprié, mais il y a un penseur qui a déclaré que « souvent la paix se trouve de l’autre côté d’un champ de bataille ».

El hadji TBM

25 août 2006.