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Beaucoup de Maliens se posent sans doute la question : qu’est-ce qui fait courir leur président ? Je suis tenté de leur répondre que ce sont les élections qui font courir à la frénésie le président sortant. Il court dans tous les sens à tel point que si on ne se limitait qu’à l’ORTM, on aurait juré qu’il dispose de dons d’ubiquité. Le signale-t-on à Bourem qu’on le voit surgir à Sofara ; arrive-t-il à Bamako que le lendemain on l’aperçoit à Nara ; mobilise-t-on les populations de Bougouni que celles de San se mettent en échauffement.

Le moins que l’on puisse dire est que le rythme qu’il s’est imposé est tout simplement époustouflant. C’est qu’ATT a décidé de marquer les futurs électeurs à la culotte ; il a décidé de ne leur laisser aucun répit et de ne pas leur donner une seule minute de penser à autre chose ou à quelqu’un d’autre qu’à lui seul.

Mais sa stratégie n’échappe plus à personne : il prend le temps de battre campagne avant de déclarer sa candidature. Et comme maintenant, la confusion des genres aidant, il peut faire le tour du Mali en un jour avec l’argent du contribuable, il ne se gêne pas. Aucun excès n’est de trop. Le candidat peut tout se permettre dès lors qu’il porte les habits du président.

Mais le président n’est pas le seul à courir. Il y a également toute la meute de ses partisans tous zélés les uns que les autres qui courent après lui. Ils disposent de l’agenda d’ATT. Ils affrètent cars et véhicules de transports avec comme bagages des jeunes habillés et drapés souvent avec comme seul mot d’ordre de faire du bruit et se rendre visibles au passage de ATT. C’est de bonne guerre. A chacun ses ambitions et ses objectifs.

Mais dans le lot, il y en a qui, apparemment, ont pris une longueur d’avance. Ils ne se contentent plus d’organiser des meetings de soutien à ATT et d’appeler à sa candidature. Ils ont trouvé mieux. Il s’agit désormais pour eux d’aider ATT à payer sa caution. On aura tout vu. C’est que l’autre jour, le Mouvement citoyen de Sikasso a fait cotiser ses femmes à hauteur de 500 000 francs et ont organisé une cérémonie solennelle de remise de la somme et ont supplié presque ATT d’accepter leur modeste contribution.

Moi j’en étais choqué et je suis sûr que je ne suis pas le seul. Passe encore d’instrumentaliser les femmes, mais vouloir les infantiliser à ce point, je pense qu’il y a des limites à ne pas franchir. Mais comme le dit l’autre, quand les bornes sont franchies il n’y a plus de limites. Or pour ce qui est du sujet qui nous intéresse, les bornes ont été franchies depuis fort longtemps. Et dire que la mascarade de Sikasso se passait dans la foulée des festivités du 8 mars où tout a été dit en faveur des femmes.

Le danger de ce genre de situation ubuesque est qu’il y a toujours une suite. On a pu voir à Hombori, des jeunes remettre la somme de 25 000 francs pour aider ATT à payer sa caution. Et c’est sûr que dans les jours à venir, on verra d’autres catégories de Maliens apporter leur soutien financier pour participer au paiement de la caution d’ATT. De mémoire de Maliens, on n’a jamais atteint un tel degré de fumisterie.

Mais dans cette atmosphère de bouffonnerie, il y a quand même quelques nouvelles rafraîchissantes. La première concerne le cantonnement des insurgés de Kidal. A mon avis, c’est un pas décisif qui a été franchi dans la stabilisation du Septentrion de notre pays. Maintenant, il s’agira, avec le Forum qui débutera la semaine prochaine à Kidal pour le développement des régions du Nord, de trouver les fonds indispensables pour l’intégration de ces zones.

La deuxième bonne nouvelle, concerne l’annonce de la candidature de Mme Sidibé Fanta Diallo à la présidentielle prochaine. Je souhaite qu’elle puisse aller jusqu’au bout. Parce qu’en 1992 et 2002, les femmes qui avaient annoncé leur intention l’ont abandonnée en rase campagne.

El hadj TBM

16 mars 2007.