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Tout en ayant la tête aux fêtes de fin d’année, les Maliens ne perdent pas de vue le mouton, l’indispensable mouton qu’il faut acquérir pour la Tabaski que certains annoncent pour le 10 janvier au plus tard. C’est donc dire qu’il y aura du sport.

Mais le mois de décembre ne sera pas éprouvant que pour le seul Malien lambda. Je crois que le gouvernement aussi cherche à exister après la tenue du Sommet Afrique-France. Fidèle au terrain, le Premier ministre a repris son bâton pour sillonner le pays. Même visiblement fatigué, il semble éprouver du plaisir à être avec les paysans et les producteurs pour prendre les nouvelles des récoltes et surtout recommander la constitution de banques de céréales afin d’éviter la réédition de la traumatisante crise céréalière vécue cette année.

Les ministres qui ne sont pas de la tournée primatoriale s’occupent comme ils peuvent et certains courent dans tous les sens. Tout semble bon à prendre, du plus petit séminaire à la plus anodine inauguration. Non sans quelque peine pour certains membres du gouvernement. Comme par exemple le cas du malheureux ministre de l’Economie et des Finances. Comme l’année dernière, il semble que Abou-Bakar Traoré doive en « découdre » avec les élus de la nation qui devaient voter la Loi des finances.

L’année dernière, le pauvre avait passé un mauvais quart d’heure entre les mains des députés qui ne comprenaient rien à son montage chiffré mais qui ne s’étaient pas gênés de lui faire une véritable leçon de grammaire. Il en était sorti bouleversé et retourné pour ne pas dire complètement traumatisé. Cette année également, il semble que les députés ont décidé de se faire entendre. Pas seulement par lui parce que les députés semblent être mécontents du changement de nom, rampant pour le moment, du Palais des congrès.

C’est vrai que dans cette affaire, il y en a qui font preuve d’un incompréhensible abus de langage quand d’autres rivalisent tout simplement d’un excès de zèle révélateur. Comme tous les Maliens, j’ai entendu que le gouvernement a adopté un projet de loi dans ce sens. En clair, tant que les élus n’auront pas donné leur aval, le Palais des congrès garde son nom. Mais de tous les ministres, celui qui a tiré le gros lot est sans doute le ministre de l’Artisanat et du Tourisme, Ndiaye Bah.

Non seulement il a « calé » le lancement de la saison touristique à Sikasso après le Sommet, mais en plus il semble qu’il soit parvenu à convaincre le président de la République de le présider. Pour ceux qui l’ont compris je poursuis mon listing des ministres qui mettent la République à mal et fragilisent l’Etat.

Le dernier ministre à avoir eu le déshonneur de ces colonnes est Oumar Hamadoun Dicko, ministre des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine. Ndiaye Bah est de ceux qu’on pourrait qualifier de lisses. Il est tellement lisse qu’on en arrive presque à oublier que c’est un homme politique. Pour ceux qui l’ont oublié, il est membre du bureau national du Cnid où il occupe le poste stratégique de secrétaire général. A sa « décharge », on ne peut même pas l’accuser d’adopter cette posture d’homme lisse à la faveur du consensus ambiant.

En effet, même avant l’avènement de ATT, l’homme était presque invisible. Quand ses autres camarades chauffaient les rues de Bamako, lui veillait tranquillement sur sa marmite à l’Imacy où il était directeur commercial. ATT a certainement dû se dire que notre homme, lisse comme il est, ne pouvait pas être mauvais et serait certainement d’un commerce agréable. Et je pense sincèrement qu’il ne l’a pas déçu.

Depuis qu’il occupe ce poste de ministre de l’Artisanat et du Tourisme, Ndiaye Bah n’est pas avare en matière d’activisme. En matière de tourisme surtout, il est devenu ce que j’appelle l’homme des saisons et des salons. Chaque année, il lance une saison touristique au moins : Mopti, Gao, Tombouctou, Koulikoro et maintenant Sikasso. Et il réussit la prouesse d’entraîner l’ensemble du gouvernement pour cause de présence du président. Comme ce fut le cas à Koulikoro où, pour agrémenter l’événement, il a offert en spectacle des skieurs sur l’eau. Comme ce sera l’occasion à Sikasso où il a réussi le tour de force d’y ramener le président qui vient de fêter avec fastes le 22 septembre dans cette même localité.

Je ne suis pas très sûr que les retombées soient à la mesure de la débauche de moyens et d’énergie mais de toute évidence l’homme tient à ses saisons. Tout comme il ne rate jamais un salon. Et j’avoue sincèrement que l’image de notre ministre, squattant presque un petit périmètre entre les étals est pathétique, en tout cas elle n’est pas réjouissante et est aux antipodes de l’idée de grandeur que je me fais de notre pays. Et dire que pour cela, il arrive à notre homme de s’absenter des jours durant.

Il dira toujours que notre pays gagne en visibilité mais le pari de transformer notre richesse touristique en retombées palpables qui sonnent et qui trébuchent n’est pas encore gagné. Surtout que les tares qu’il a trouvées restent intactes.
Je ne prends que celles se rapportant aux guides. Ils sont toujours aussi mal formés et encadrés. Je ne voudrais pas dire qu’ils sont agressifs mais ils n’inspirent toujours pas la confiance aux rares touristes qui viennent chez nous.

L’homme pour qui les saisons et les salons sont un excellent moyen de voyager et de voir du pays semble quelque peu oublier l’Artisanat. Mises à part les quelques expositions d’objets d’art, les problèmes qui minent ce secteur subsistent. Par exemple, je ne suis pas sûr que notre « étonnant voyageur » met autant d’ardeur à combattre le pillage systématique de nos richesses et de nos objets d’art. Pour preuve, il y a quelques jours, c’est à Montpellier, en France, que les douaniers français ont mis la main sur un important lot (plus de 200 kg) d’objets d’art frauduleusement sortis de notre pays.

J’espère seulement qu’il a pris les mesures pour leur rapatriement. Sauf si notre « étonnant voyageur » tient à aller les récupérer en personne. Par ces temps de ronronnement de l’actualité, cela mériterait en effet le déplacement.

TBM

16 décembre 2005.